Pachinian pourrait bientôt se déclarer le nouveau Catholicos de tous les Arméniens
par Harut Sassounian
Chaque jour qui passe, le Premier ministre Nikol Pachinian porte un préjudice plus grand à l’Église apostolique arménienne et à la réputation de l’Arménie dans le monde en tant que première nation chrétienne. Ses agissements constituent une violation flagrante de la Constitution de la République d’Arménie.
Sans aucune autorité officielle, Pachinian a présenté la semaine dernière sur sa page Facebook une “ feuille de route pour le renouveau de la Sainte Église apostolique arménienne ”. Il a indiqué qu’“ après la destitution ” du catholicos Karékine II, la “ tâche principale ” du futur locum tenens sera “ d’organiser le processus d’adoption des nouveaux statuts de l’Église apostolique en Arménie ”. Il a même fourni des étapes détaillées pour les “ nouveaux règlements de l’Église ” qu’il propose :
— Règles de bonne conduite du clergé et garanties de leur mise en œuvre.
— Transparence financière de l’Église et garanties de sa mise en œuvre.
— Nécessité pour l’Église d’être apolitique et garanties de sa mise en œuvre.
— Respect par l’Église de la réglementation fiscale arménienne. Les impôts qu’elle payera lui seront remboursés !
— Les membres du clergé bénéficieront du fonds de pension et de l’assurance maladie publics.
— Élection d’un nouveau Catholicos de tous les Arméniens sur la base du nouveau règlement.
Pour parachever son ingérence dans l’Église, Pachinian a suggéré qu’à la demande du locum tenens, le gouvernement “ apporterait un soutien consultatif aux travaux d’élaboration du projet de règles [de l’Église] ”.
Lors de sa visite à Berlin la semaine dernière, il a dénigré l’Église arménienne et le Catholicos devant le prestigieux Conseil allemand des relations étrangères. Diffuser les querelles internes arméniennes auprès d’un public international est une grave erreur et contraire aux intérêts supérieurs de l’Arménie. Pachinian a soulevé plusieurs questions inappropriées liées à l’Église.
1) Il a accusé le clergé, et pas seulement le Catholicos, d’être “ plus vulnérable aux influences extérieures et, excusez-moi du terme, de pouvoir devenir un instrument de ces influences ”. Le Premier ministre a proféré cette grave accusation contre divers membres du clergé, y compris le Catholicos. Il a même déclaré la semaine dernière au Parlement arménien que le Catholicos obéissait à “ un haut responsable d’un service de renseignement étranger ” et faisait “ quotidiennement rapport à des lieutenants de ce même service ”. Cependant, la ministre de la Justice, Serpouhi Galyan, a contredit son supérieur en affirmant ne pas disposer de telles informations. L’allégation infondée de Pachinian dépasse la simple question de la moralité du clergé. Être un agent étranger constitue une violation grave du droit arménien. S’il possède des preuves, il a l’obligation de les soumettre à la justice. Porter une telle accusation sans preuve est diffamatoire, et le Catholicos devrait porter plainte contre Pachinian.
2) Pachinian a déclaré à l’auditoire allemand : “ Personne ne sait comment notre Église est financée, combien d’argent y entre, comment il est dépensé. ” Puisque le gouvernement est au courant de la vie privée du clergé, il connaît certainement les montants et les sources de ces fonds.
3) Pachinian a ensuite condamné “ certains chefs religieux ” pour vivre “ dans un luxe honteux, tandis que certains membres du clergé vivent dans la pauvreté ”. Si cela est vrai, cela ne regarde ni le Premier ministre ni le gouvernement. Une fois de plus, il viole le principe constitutionnel de séparation de l’Église et de l’État.
4) Pachinian a évoqué la nécessité de réformer l’Église, bien qu’il n’ait aucun droit d’intervenir dans ses affaires internes. L’Église dispose de procédures établies pour traiter de telles questions. La principale responsabilité du Premier ministre est de gouverner ; il n’a ni l’autorité ni le mandat de réformer l’Église. En tant que membre de l’Église, il peut exprimer son opinion personnelle, mais il est allé bien au-delà, il a lancé une campagne pour destituer le Catholicos, a proposé des réformes spécifiques de l’Église, dénigré le clergé et emprisonné plusieurs hauts dignitaires ecclésiastiques.
La semaine dernière, Pachinian a formulé une autre proposition pour le moins surprenante sur sa page Facebook. Il souhaite que les chorales des églises chantent l’hymne national de la République d’Arménie “ dans toutes les églises, à 10h55, juste avant la messe ”. L’expression “ toutes les églises ” ne permet pas de savoir s’il inclut les églises arméniennes catholiques et évangéliques. Il n’a pas non plus précisé s’il inclut les églises apostoliques arméniennes situées hors d’Arménie. On imagine aisément la réaction hostile du gouvernement turc si les chorales des églises arméniennes d’Istanbul chantaient l’hymne national arménien et non turc.
Si Pachinian est un nationaliste si fervent et un fidèle de l’Église arménienne, pourquoi ne commence-t-il pas ses réunions hebdomadaires du Cabinet par l’hymne national et une prière ? Pourquoi sa majorité parlementaire n’ouvre-t-elle pas chaque session par l’hymne national et une prière ? Je suggère qu’avant de donner des ordres à l’Église, il fasse bien d’instaurer ces changements au sein même de son gouvernement.
Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, Pachinian a suggéré que “ la question de l’emplacement du drapeau tricolore à l’entrée ou à l’intérieur des églises de la République d’Arménie devrait être débattue ”. Il ne se contente pas de vouloir changer le Catholicos, mais souhaite également dicter le répertoire de la chorale et le drapeau qu’elle arbore. Il s’agit là d’une ingérence totalement injustifiée dans les affaires internes de l’Église. Il ferait mieux de se concentrer sur sa véritable fonction : gouverner, une tâche qu’il a lamentablement échoué à accomplir.
Le Premier ministre Pachinian, un homme incapable même de gérer une niche pour chien, pourrait bientôt se proclamer Catholicos de tous les Arméniens.
De Harut Sassounian
The California Courier
www.TheCaliforniaCourrier.com
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