Bakou l'arménienne qui n'est plus

par Sahag SUKIASYAN 

L’arménophobie est l’un des éléments clef du récit national de l’Azerbaïdjan. Tous les moyens: l’épuration ethnique, la destruction du patrimoine matériel, le révisionnisme et l’instrumentalisation des mémoires, ont été utilisés à Bakou pour gommer jusqu’au souvenir des Arméniens qui ont pourtant joué un rôle majeur dans sa construction.

Si le sort tragique de ce patrimoine dans les provinces du Nakhitchevan et d’Artsakh est malheureusement bien renseigné et régulièrement dénoncé (1), une partie non négligeable du patrimoine arménien du reste de l’Azerbaïdjan demeure assez peu connu du grand public. Il s’agit en particulier de celui des territoires situés sur la rive gauche du fleuve Koura – de la province du « Poun aghvank » (la véritable Albanétie) - où des dizaines de villages étaient encore partiellement peuplés d’Arméniens et d’Oudis jusque dans les années 20 du 20e siècle, et celui des localités arméniennes de la plaine du Chirvan comprise entre le Karabagh, le fleuve Araxe et la mer Caspienne (2). Mais la partie la moins connue de ce très riche patrimoine est sans doute celui de la ville et de la région de Bakou.

L’histoire des Arméniens de Bakou et de sa région constitue un champ de recherche assez peu exploré en diaspora. En Arménie et en Russie, quelques historiens et chercheurs ont commencé à publier à partir des années 90 des articles et ouvrages sur la question. L’exode tragique de plus de 350 000 arméniens d’Azerbaïdjan, dont près de 220 000 originaires de la région et de la ville de Bakou, a été l’occasion pour découvrir ou redécouvrir l’histoire d’une communauté très particulière qui n’aura qu’une brève existence d’environ un siècle et demi. Parmi ces auteurs, figurent Alexander Grigoryan (3), Iskhan Kishmiryan, Hranouch Khalatyan et quelques autres (4). Même si certains de ces auteurs font remonter la présence arménienne au Haut Moyen-Âge, c’est surtout à partir de 1850 que les Arméniens s’installent massivement sur la péninsule d’Absheron où ils fondent plusieurs villages, avant de s’installer dans la ville portuaire qui connaît un essor très rapide. Cet essor est naturellement accéléré par la découverte d’immenses réserves pétrolières.

Conquise par les Russes en 1805-1806, la région était devenue le centre du gouvernorat de Bakou, l’une des régions de la vice-royauté du Caucase. La ville constitue alors un centre administratif, militaire, économique et culturel cosmopolite peuplé de Russes, de Tatars, de Juifs, d’Arméniens et de représentants de nombreux autres peuples de la région. Cherchant à la fois à échapper à l’insécurité qui règne dans des régions comme le Karabagh ou la plaine du Chirvan où ils étaient très nombreux dès le XVIe et XVIIe siècle, attirés par les nombreux emplois qui sont proposés par cette nouvelle métropole économique où l’artisanat et l’industrie prospèrent, les Arméniens représentent rapidement le groupe ethnique le plus important après les Russes. Au recensement de 1897, ils sont plus de 25 000 à Bakou intra-muros, 55 000 en 1926, 170 000 en 1959 et atteignent le nombre de 220 000 vingt ans plus tard. Dans les années 1880, Bakou est devenue la deuxième métropole arménienne (29 % de la population de la ville est arménienne), derrière Tiflis dont 36 % des habitants sont arméniens, mais devant Constantinople dont la population est arménienne à 18 %.

Dans cette ville en plein développement, les Arméniens sont des agents économiques dynamiques dans les domaines de l’artisanat, du commerce et rapidement dans l’industrie pétrolière dans laquelle ils occupent une place très importante aux côtés d'autres hommes d’affaires comme les Nobel ou les Rockefeller. Parmi la dizaine de « grands barons » arméniens du pétrole, on trouve les noms d’Ivan Mirzoyev, l’un des pères de l’industrie pétrolière de Bakou, Alexandre Mantachiants et Calouste Gulbenkian. Avec leurs collègues russes et tatars, ces richissimes industriels arméniens concourent au développement de la ville qui ne cesse de s’étendre durant tout le 19e siècle. Le « prolétariat arménien » vit essentiellement dans les quartiers du nord, nord-ouest de la ville, souvent aux côtés des musulmans, tandis que la grande bourgeoisie fait bâtir de somptueux hôtels particuliers dans de nouveaux quartiers qui se développent au-delà du vieux centre médiéval de « Isheir sheer ». Sollicités par les magnats de l’industrie pétrolière et par les grands commerçants, de nombreux architectes, principalement formés à Saint-Petersburg, s’installent à Bakou. Parmi ceux-ci, une quinzaine d’architectes arméniens comme Nicolas Bayev, Vartan Sarkissian, Hovhannès Katchaznuni (5) et Gapriel Ter-Mikaelyan (6). Leurs talents et les moyens financiers des grandes figures du monde économique de la ville mis à leur disposition font rapidement de Bakou une cité qui peut prétendre rivaliser avec des cités européennes de l’époque. Une grande partie de ce patrimoine regroupant tous les types d’architecture du moment, bâti par ces architectes et hommes d’affaire arméniens existe de nos jours encore, donnant à certains quartiers de la capitale de l’Azerbaïdjan des airs de « Barcelone orientale ».

 Une vie sociale, culturelle et intellectuelle d’une grande richesse 

Ces mêmes « barons » de l’industrie pétrolière et du commerce international (7) deviennent également des mécènes qui encouragent toutes les formes d’arts pour l’ensemble des habitants de la ville, indépendamment de leur appartenance ethnique ou religieuse. Parmi ces illustres mécènes, les frères Maylian occupent une place très particulière puisqu’ils ont financé la construction du premier grand théâtre de la ville qui est aujourd’hui l’opéra de Bakou. 

La vie communautaire arménienne est tout aussi animée et riche qu’à Tiflis ou Constantinople. Plus de 60 titres de journaux arméniens paraissent à Bakou entre 1875 et 1920, de nombreux livres y sont édités parmi lesquels Ernani de Victor Hugo. La ville a compté jusqu’à 5 églises arméniennes, dont 4 ont été détruites entre 1920 et 2000 (8). Les écoles arméniennes, les institutions communautaires, dont la prestigieuse société savante, Société philanthropique arménienne (Հայոց մարդասիրական ընկերութիւն), ont été confisquées, transformées ou simplement détruites.

Dès 1988, les 220 000 Arméniens de la ville ont pris le chemin de l’exil par vagues successives, au gré des pogroms. Quelques dizaines d’hommes et de femmes arméniens, la plupart mariés à des Azéris, vivraient encore à Bakou, en taisant leur origine. Le quartier de « Ermenikent » (Le village arménien) bâti à partir de 1920 au nord-est de la ville a été débaptisé et très peu de gens se souviennent de cette véritable épopée de l’avant-garde architecturale soviétique. Le monument de Sdepan Chahoumian, la figure tutélaire de la Bakou soviétique, a été abattu et son nom effacé du plan de Bakou. Il n’y a plus de place pour les Arméniens dans cette ville. Les trois cimetières arméniens de la ville ont été détruits effaçant jusqu’à leur souvenir. A Bakou, même les morts arméniens ont perdu le droit de cité… Vivants, ils avaient largement contribué à son édification.
Bakou l’arménienne, n’est plus. 

(1) https://www.djulfa.com/cemetery_history/
https://www.djulfa.com/nakhichevan-2005-the-state-of-armenian-monuments/
https://armenianbar.org/wp-content/uploads/2021/01/Armenian-Cultural-Heritage-Report-1.21-2021.pdf
https://monumentwatch.org/en/
https://caucasusheritage.cornell.edu
(2) Ces villages ont perdu la totalité de leurs habitants arméniens à la suite des pogroms anti-arméniens organisés par l’Azerbaïdjan entre 1988 et 1990.
(3) Grigoryan Alexander, Армянский Баку. Краткие зарисовки города до и после 1917 года. (Bakou arménienne, brèves esquisses de la ville avant et après 1917), Editions Spyurk, New York - Saint-Pétersbourg 2019.
(4) Un certain nombre de ces articles et ouvrages figurent sur le site de L’Union pan-arménienne Gartman-Chirvan-Nakhitchevan (Գարդման-Շիրվան-Նախիջեվան Համահայկական Միություն) qui regroupe des arméniens originaires de ces trois régions expulsés entre 1988 et 1990 et défend les droits de ces personnes exilées. http://gsn.armrefugees.am/hy/photo_gallery
(5) Il deviendra plus tard Premier ministre de la République indépendante d’Arménie.
(6) N. Bayev et G. Ter-Mikaelyan ont occupé le prestigieux poste d’architecte de Bakou et construit les plus remarquables bâtiments publiques de la ville comme la grande gare de chemin de fer de Sabundju ou la Philharmonie.
(7) La première grande chocolaterie de luxe de Bakou qui exportait ses produits dans tout l’empire russe a été fondée par un Arménien.
(8) Le dernier de ces sanctuaires, la cathédrale Saint-Grégoire-l’Illuminateur, construite en 1850, a été pillée et incendiée en décembre 1989. Après avoir été restaurée et privée des croix de son tambour central et de son clocher, elle a été transformée en annexe de la bibliothèque présidentielle. Son fond est constitué de plusieurs milliers de livres, manuscrits et documents d’archives volés, fruit d'une spoliation éhontée.
4 avril 2026
Le 24 avril 2026, la France commémorera le 111e anniversaire du génocide des Arméniens, reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. À cette occasion, le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) appelle solennellement à une mobilisation massive de l’ensemble de la communauté arménienne, de ses amis et de tous les défenseurs des droits de l'Homme. Cent onze ans après l’extermination planifiée de plus d’un million et demi d’Arméniens par l’Empire ottoman, ce crime imprescriptible demeure, aujourd’hui encore, nié par son État héritier, la Turquie. Ce négationnisme d’État, persistant et organisé, constitue une violence supplémentaire faite à la mémoire des victimes et à leurs descendants. Il demeure un obstacle majeur à toute perspective de réconciliation fondée sur la vérité, la justice et la paix. Aucune réconciliation, ni stabilité durable ne saurait faire l’économie d’une reconnaissance pleine et entière de ce génocide, ainsi que de celui, concomitants des Assyro-Chaldéens et des Grecs qui ont fait des centaines de milliers de victimes. L’impunité fait le lit de la récidive : Ainsi plus d’un siècle après 1915, les menaces qui pèsent sur le peuple arménien n’ont pas disparu. Au contraire, elles se sont réactivées sous d’autres formes. Après le nettoyage ethnique de l’Artsakh, vidé de sa population arménienne dans des conditions qui ont bouleversé la conscience internationale en 2023, la République d’Arménie elle-même demeure confrontée à des pressions existentielles. Ces développements s’inscrivent dans une continuité idéologique inquiétante, nourrie par des logiques panturquistes et totalitaires qui prolongent, sous des formes contemporaines, les ambitions qui avaient conduit à l’anéantissement de 1915. La collusion manifeste entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, dans leurs politiques à l’égard des Arméniens, témoignent de cette continuité. Face à cette réalité, la commémoration du 24 avril ne saurait se réduire à un simple devoir de mémoire. Elle constitue aussi un acte de vigilance, un engagement pour l’avenir, un refus de l’oubli et de l’indifférence, un moment pour réaffirmer les droits imprescriptible des victimes à la vérité et à des réparations. Elle est un moment de rassemblement pour affirmer, avec force, que les crimes contre l’humanité ne peuvent rester impunis, ni se répéter dans le silence du monde. En France, cette commémoration revêt une dimension particulière. Instituée comme journée nationale de commémoration du génocide des Arméniens, elle engage la République et ses valeurs. Elle rappelle que la lutte contre le négationnisme, le racisme et les violences de masse est au cœur de notre pacte démocratique. En ce 111e anniversaire, le CCAF appelle : à honorer la mémoire des victimes du génocide ; à exiger la reconnaissance officielle et sans ambiguïté de ce crime par la Turquie ; à défendre le droit à la sécurité et à l’existence de la République d’Arménie ; à soutenir le droit au retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres ; à obtenir la libération immédiate des prisonniers et otages arméniens détenus en Azerbaïdjan ; à faire vivre, partout en France, les valeurs de justice, de dignité et de vérité. Le CCAF appelle l’ensemble des citoyens, les élus, les institutions, les associations et les forces vives de la Nation à se joindre massivement aux commémorations organisées sur tout le territoire le 24 avril 2026 . Le 24 avril, soyons unis, nombreux et déterminés.
par Harout Mardirossian 3 avril 2026
Bienvenue sur le nouveau site Internet de France Arménie. Nous espérons qu'il vous plaira et que vous retrouverez ainsi toutes les informations de notre journal. Progressivement en tenant compte des remarques, nous allons l'améliorer et publié plus régulièrement des articles. Notre rubrique Archives qui renvoie vers les numéros gratuits et pour nos abonnés vers les anciens numéro sera complété prochainement par l'ensemble des numéros depuis la création de France Arménie en Avril 1982 dans le cadre du projet de numérisation que nous avons engagé et qui est en bonne voie. Vous pouvez aussi vous abonner en ligne ou faire un don pour aider France Arménie à continuer à se développer. Bonne lecture et encore merci de votre soutien !
par La Rédaction 20 mars 2026
Le sommaire de notre numéro 539 d'avril 2026
par Harout MARDIROSSIAN 20 mars 2026
En ce mois d’avril, France Arménie fête ses 44 ans, et reste le plus ancien journal arménien en activité de la Diaspora française. Au moment où vous allez ouvrir ce magazine chez vous, je vous invite, si vous avez un ordinateur, une tablette ou votre téléphone, à vous rendre sur le site france-armenie.fr. En effet, comme nous nous y étions engagés, notre site a fait peau neuve. Vous y retrouverez les articles parus depuis le début de l’année dans la version papier. Nos archives aussi ont été totalement numérisées grâce à votre soutien financier et vont s’insérer prochainement dans ce nouveau site. Tout en conservant notre version papier, vous pourrez retrouver sur le site france-armenie.fr, chaque jour, chaque semaine, des articles d’analyse et de décryptage de l’actualité arménienne faisant plus que jamais de France Arménie, le lien précieux entre tous les Arméniens. Mais, vous le savez, l’actualité de qualité a un coût et dans un contexte économique compliqué et la baisse des recettes publicitaires, plus que jamais nous avons besoin de vous car nous ne voulons pas voir s’arrêter la formidable aventure que constitue France Arménie. Face aux fake news, à l’IA, à tous les faux comptes sur les réseaux sociaux qui distillent quotidiennement la haine et le mensonge, les médias comme le nôtre sont, eux, périssables. Aussi, nous comptons sur vos abonnements, vos publicités et surtout sur vos dons pour pérenniser ce magazine et désormais sa version en ligne. Ce constat est d’autant plus vrai quand on regarde le climat délétère dans lequel l’Arménie sombre chaque jour, quand on voit les reculs de la Cause arménienne comme par exemple le licenciement d’Edita Gzoyan, la directrice du Musée du Génocide de Dzidzernagapert, pour avoir remis un livre sur l’Artsakh à JD Vance. Car dans cette Arménie, il ne faut plus prononcer le mot Artsakh, ne plus regarder l’Ararat, ne plus être fier de son histoire millénaire. Au contraire, il faut dénigrer son Eglise, sa Constitution, ses journalistes, ses chercheurs… Dans cette « Arménie réelle », on peut s’attendre à tout et notamment à un usage immodéré et partisan de la Justice pour régler des comptes avec ses opposants et se maintenir au pouvoir sous le regard bienveillant de l’Europe. On peut donc envisager, sans trop se tromper, que tout sera mis en œuvre pour assurer la victoire du pouvoir en place, au nom de la paix et de la démocratie. Tout cela pour plaire et complaire à la Turquie et à l’Azerbaïdjan pour une paix dont on sait qu’elle n’est pas garantie car aucun garant, pas même Trump et encore moins Macron, ne se portera au secours de l’Arménie si elle devait être menacée. L’Iran, le Liban, la Syrie, le Vénézuela, l’Ukraine, Gaza et la Palestine sont des exemples frappants que l’ordre mondial est en train de vaciller et qu’il faut se préparer à toutes les éventualités. En ce sens, l’Arménie et l’Artsakh ont servi de terrains de tests pour ce que nous voyons aujourd’hui. A partir du moment où l’Azerbaïdjan use de la force pour procéder à un nettoyage ethnique, un génocide, sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt, n’impose des sanctions et qu’elle se contente de promettre de l’aide humanitaire tout en faisant le commerce du gaz et du pétrole avec le bourreau d’un peuple, pourquoi en serait-il autrement pour ces autres pays, ces autres peuples ? Deux choix s’offrent désormais à nous, Arméniens de France : marcher la tête baissée, courber l’échine ou marcher la tête haute, continuer à revendiquer inlassablement « Justice pour le peuple arménien », être solidaire de sa Mère Patrie et œuvrer pour son indépendance et sa sécurité. Les commémorations du 24-Avril prochain nous donneront de nouveau l’occasion de répondre à ce choix. Il y aura ceux qui resteront chez eux à commémorer intérieurement et il y aura, nous l’espérons, la très grande majorité qui participera activement pour que vive la Cause arménienne.
par Harout MARDIROSSIAN 25 février 2026
Le 3 février, l’Assemblée nationale française, à l’unanimité, a adopté une résolution demandant la libération des otages arméniens retenus à Bakou. Quelques jours plus tard, la plupart d’entre eux ont été condamnés pour l’exemple à la prison à vie. Le 17 février, Rouben Vartanian a été lui condamné à 20 ans de prison. Des otages dont le seul crime est d’avoir voulu défendre le droit à l’autodétermination des peuples, droit reconnu par la charte de l’ONU, droit qui est en train de s’effondrer sous les coups de boutoirs de Trump, Erdogan, Aliev ou Netanyahu. Il est évident pour tous que ces procès et ces peines de prison à vie sont des farces grotesques mises en place uniquement pour pouvoir justifier le nettoyage ethnique de l’Artsakh, faire chanter le gouvernement arménien et imposer le silence à la communauté internationale. Mais face à ce chantage, le gouvernement arménien pratique la politique de l’autruche et n’instaure aucune pression de peur que cela compromette le plan de paix négocié par Trump et les milliards de dollars annoncés. Or négocier, ce n’est pas n’avoir aucune exigence et céder sur tout. C’est avoir dans sa main des atouts que l’on met en avant dans la discussion pour équilibrer les points de vue. Affirmer le droit au retour des Arméniens en Artsakh, défendre la non-destruction du patrimoine arménien d’Artsakh, exiger la libération d’otages détenus illégalement, exiger le retrait du territoire souverain de l’Arménie, exiger des réparations pour le génocide commis en 1915 et le nettoyage ethnique de 2023 sont une partie des atouts que l’Arménie doit avoir dans sa main. L’atout le plus important étant le soutien des pays amis, comme la France ou les Etats-Unis, grâce au travail de fond mené par sa diaspora depuis plus de 50 ans. Mais voilà, le gouvernement arménien préfère se tromper d’ennemis. Au lieu de valoriser ses atouts, au lieu de les utiliser dans la négociation avec la Turquie et l’Azerbaïdjan en s’appuyant sur la France, la Russie ou les Etats-Unis, Nikol Pachinian préfère considérer comme des “ extrémistes ” mettant en péril l’indépendance de l’Arménie tous ceux qui défendent les droits légitimes du peuple arménien. Ainsi en est-il de l’Église arménienne et de son Catholicos qui est désormais empêché de quitter l’Arménie sous un prétexte fallacieux. Nikol Pachinian a récemment considéré les sermons prononcés dans les églises qui défendent l’unité avec l’Artsakh et les droits du peuple arménien comme comparables à “ l’islam radical ”. Tout cela pour justifier la répression politique engagée contre l’Eglise arménienne pour la réduire au silence, pour la mettre en position d’otage comme le sont déjà les minorités arméniennes en Turquie et dans le Moyen-Orient. Quant aux satrapes du pouvoir arménien, y compris ici en France, ils préfèrent qualifier tout soutien à la Cause arménienne, tout soutien à l’Église arménienne, d’agents de la Russie. Mais qui, si ce n’est leur champion, vient de se qualifier “ d’ami très proche de Poutine et de Michoutsine ” et d’indiquer au lendemain de la visite en Arménie de JD Vance “ que la Russie resterait un partenaire stratégique pour l’Arménie ” ? Ce qui serait acceptable pour Pachinian serait inacceptable pour ses opposants et devrait les conduire en prison ? Soyons sérieux ! Et puisqu’ils n’ont que la légitimité d’un “ gouvernement démocratiquement élu ” à la bouche, rappelons à ces nervis, qu’en 2018 et en 2021, Nikol Pachinian s’est fait élire sur un programme soutenant l’Artsakh et son droit à l’autodétermination, défendant comme à Sardarabad en 2018 la Cause arménienne, affirmant que chaque cm2 du territoire arménien serait défendu les armes à la main. Aussi, lorsqu’il accomplit chaque jour strictement le contraire, c’est lui qui trahit la confiance de ses électeurs et de son peuple, pas l’Église arménienne qui, depuis Khrimian Haïrig, reste fidèle à son rôle de défenseur de l’unité du peuple arménien autour de ses droits légitimes et ce, sous tous les régimes, qu’ils soient ottoman ou soviétique. Là est la vérité !
24 février 2026
Notre numéro de mars est parti pour nos abonnés avec en une les otages arméniens détenus à Bakou dont les condamnations à vie viennent d'etre prononcées alors qu'en France l'Assemblée Nationale les a soutenu dans une résolution votée à l'unanimité. Ce numéro revient aussi sur le diner du CCAF, qui a été une nouvelle fois le rendez-vous de l'amitié franco arménienne. Vous trouverez aussi un très beau reportage sur les Arméniens du Dersim et toute l'actualité politique, diplomatique et culturelle de l'Arménie et des Arméniens.
par Armenag BEDROSSIAN 19 février 2026
Le 17 février, le révérend Jesse Jackson, figure du combat des droits civiques aux Etats-Unis est décédé à l'âge de 84 ans. Proche de Martin Luther King, premier candidat noir à la présidence des Etats-Unis, le révérend Jackson a utilisé sa voix non seulement sur la scène politique américaine, mais aussi sur la scène internationale. Ainsi, il s’est rendu en Arménie quelques jours après le tremblement de terre dévastateur de 1988 pour accompagner une partie de l’aide humanitaire récoltée par la communauté arménienne des Etats-Unis, en voulant marquer sa solidarité avec le peuple arménien. En février 1989, à la cathédrale arménienne Saint-Vartan à New York, il a participé à une cérémonie œcuménique en compagnie de Sa Sainteté Vasken Ier, Catholicos de tous les Arméniens, et de Sa Sainteté Karekin II Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, réunis pour lever des fonds en faveur de l’Arménie. Lors de cette cérémonie, avec son charisme et son éloquence légendaire, le Révérend Jackson a exhorté les dirigeants mondiaux à mettre de côté les rivalités de la Guerre froide et à répondre avec compassion et soutien humanitaire à l’Arménie. L’Église apostolique arménienne lui a rendu hommage à l’occasion de son décès.
image edito
par Harout MARDIROSSIAN 10 février 2026
Le monde selon Trump, Poutine, Erdogan, Netanyahu, Khamenei ou Aliev fait peur. Un monde où la loi du plus fort s’impose au mépris de la volonté des peuples, de leurs histoires et de leurs droits. Un monde où il suffit de menacer la planète entière d’une guerre, d’augmenter les droits de douanes, de bombarder un Etat i
France
par Varoujan MARDIKIAN 9 février 2026
La Croix Bleue des Arméniens de France a lancé en Arménie un programme innovant qui permettra à des familles réfugiées d’Artsakh de s’installer dans de bonnes conditions. Pour s’inscrire dans la durée.
par Zmrouthe AUBOZIAN 7 février 2026
Le 17 novembre 2025, médiatisée par les télévisions et les journaux, on apprenait la pose d’une rétine artificielle sur trois patients atteints de la DMLA sèche, atrophique, par le Professeur Laurent Kodjikian, opthalmologue à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Plus d’un million de patients en France sont concernés par cette maladie qui est incurable. Outre la prouesse technologique, c’est un grand espoir pour ceux qui en sont atteints. Rencontre avec le Professeur. France Arménie : Professeur Kodjikian, qu’est-ce que la DMLA sèche, atrophique ? Professeur Kodjikian : La DMLA, dégénérescence maculaire liée à l’âge, atrophique, c’est-à-dire très usée, touche les plus de 60 ans. Elle se caractérise par un point noir au centre mais ce qui est autour se perçoit. La personne n’est pas aveugle, elle peut marcher seule mais elle ne peut plus lire ou rendre la monnaie chez l’épicier. Dans cette maladie, la rétine centrale ou macula, ne comporte plus les photorécepteurs grâce auxquels on peut voir. Ces photorécepteurs sont des cellules qui vont transformer l’image lumineuse en signal électrique qui va du nerf optique au cerveau. Le cerveau dit : “ Je vois une chaise rouge ” ou tout autre chose. Pour ce qui concerne la DMLA humide, elle se soigne par des injections dans l’œil. En quoi consiste l’implant ? L’implant mesure 2mm sur 2 (comme une tête d’aiguille), et a l’épaisseur de 3 microns (la moitié d’un cheveu). Il est glissé sous la rétine à l’endroit de la macula où il n’y a plus de photorécepteurs, lesquels sont remplacés par 378 électrodes qui agissent comme tels. Le dispositif complet est constitué d’une paire de lunettes équipées d’une caméra. Le tout est connecté à un processeur miniature. La caméra va filmer ce que le patient doit lire. Un fil sur le processeur, ou ordinateur de poche, envoie l’information captée et celui-ci procède à la transformation de l’image qui repart dans le fil de la caméra. La caméra envoie dans l’œil en infrarouge pour ne pas l’éblouir, le signal lumineux traité qui retourne dans l’implant et le transforme en signal électrique. Lequel ira jusqu’au cerveau qui l’interprète grâce au nerf optique. L’opération a duré environ une heure et demie, sous anesthésie locale. J’opère seul avec un interne. Quels bienfaits pour le patient ? 38 personnes dans le monde ont déjà été opérées avec succès, 80% ont récupéré une acuité visuelle importante, c’est-à-dire voir plus de 10 lettres, la moyenne en voit plus de 25, avec un gain de 1/10e ou 2/10e. Le meilleur patient mondial est un de mes 3 patients qui a gagné 59 lettres. Les éléments visuels apparaîtront en noir et blanc, les lignes formant des lettres et les lettres des mots. Ce n’est pas un miracle mais c’est un progrès majeur. L’implant ne va pas permettre de lire du jour au lendemain (une longue rééducation est nécessaire). Il n’est pas fait pour regarder la télévision ou conduire sa voiture. Outre les lettres, la rétine artificielle peut aider à visualiser un visage ou des objets. Vous avez déjà opéré trois personnes. Quels résultats chez elles ? Martine, 72 ans, opérée en 2021, a pu percevoir des formes pour la première fois grâce à l’implant rétinien. Les 3 patients vont bien mais Maurice est le seul à utiliser encore quotidiennement ce dispositif. Toutefois, il lit 6 à 7 fois plus lentement que la normale. Son acuité visuelle est remontée à 5/10e. Les deux autres sont trop âgés ou fatigués pour poursuivre des séances d’orthoptie à raison d’une fois par semaine sur un minimum d’un an. Il faut être motivé pour rééduquer l’oeil, lui réapprendre à lire. Quel avenir pour ce genre d’implant ? Les résultats des essais cliniques de cet implant ont été publiés dans The New England Journal of Medicine en octobre 2025. Ils sont suffisamment probants pour que la société qui l’a fabriqué demande une autorisation de commercialisation en Europe. Cette commercialisation permettra éventuellement, plus tard, que son coût, probablement plus de 100 000 euros (totalement gratuit pour les 3 patients lyonnais car inclus dans un essai clinique), soit pris en charge par la Sécurité sociale. Il faut savoir que d’autres essais cliniques sont en cours dans le service du Professeur Kodjikian, aussi bien pour la DMLA atrophique que pour la DMLA humide. Il emploie 4 attachés de recherche clinique pour l’aider et a déjà conduit personnellement le nombre impressionnant de plus de 120 études cliniques en tant qu’investigateur principal. L’intelligence artificielle (IA) permettra-t-elle des avancées ? La société a prévu des implants plus gros, avec plus d’électrodes, une amélioration de la caméra avec un processeur intégré et non plus relié par un fil et enfin l’IA qui devrait permettre d’améliorer le processus du traitement de l’image. Professeur Kodjikian, pouvez-vous nous parler de vous ? Je suis né à Valence d’où mes parents sont originaires. Mes grands-parents, rescapés du Génocide, étaient de Kharpet. J’étais membre de l’UMAF mais j’ai dû en partir car ma carrière me prenait trop de temps. Mais je fais partie de Santé Arménie où j’organise des RCP - réunions de concertation pluridisciplinaires -, avec des ophtalmologues d’Arménie qui exposent leurs cas difficiles. Pour la deuxième année, j’ai pu faire venir deux internes qui ont travaillé dans mon service trois mois, et pour lesquels j’ai réussi à leur faire allouer une bourse de 7 500 euros. J’aide à ma façon l’Arménie. Je me sens arménien et j’ai réussi à transmettre cette arménité à mes enfants. Mon fils de 20 ans est déjà parti deux fois en Arménie. Il adore. Je dois moi-même m’y rendre très prochainement à l’invitation d’un médecin arménien que j’ai reçu à mon congrès national LOR (Lyon-œil-rétine). Laurent Kodjikian est : - Professeur des Universités, praticien hospitalier, classe exceptionnelle, échelon 2, c’est-à-dire l’échelon maximal, - Chef de service adjoint du service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse, CHU de Lyon, - Responsable de l’enseignement de l’ophtalmologie à la Faculté de médecine Lyon-Est de l’Université de Lyon, - Président/Coordonnateur du collège d’ophtalmologie de Lyon -Ancien Président de la Société française d’ophtalmologie (2018-2020). Ses titres sont trop nombreux pour être tous cités. Il est âgé de 53 ans. Il a été nommé Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur en 2021.