De la Syrie jusqu’aux fins fonds nordiques : un roman époustouflant !

L’historienne, Taline Ter Minassian, après un premier roman géopolitique, Les Galaxies Markarian, nous revient avec un second de la même de la même trempe, Hôtel Baron. Son écriture foisonnante, ses descriptions minutieuses, serties de références historiques entraînent le lecteur dans un voyage passionnant et palpitant. Interview.
PAR MARIE-ANNE THIL
France Arménie : Dans l’avant-propos de votre livre, vous écrivez : “ Roman géopolitique, fiction patrimoniale ou roman d’espionnage ”. En effet, Hôtel Baron est un roman en mouvement. Pourriez-vous définir le sous-titre de votre livre ? Qu’entendez-vous par “ roman géopolitique ” ?
Taline Ter Minassian :
Il faut en effet préciser ce qu’on peut entendre par “ roman géopolitique ” : c’est un genre contemporain issu de la littérature de voyage et proposant une lecture personnelle des grands enjeux géopolitiques de notre époque à travers des personnages mis en mouvement dans un certain espace géographique, fortement contextualisé. Ces personnages sont animés par des missions qu’ils remplissent pour certaines instances, généralement secrètes, mais ils poursuivent également des buts propres qu’ils soient politiques ou amoureux, dans un environnement géopolitique complexe. A vrai dire, il n’existe pas de définition tout à fait normée de ce nouveau genre littéraire ! Je suis très fière que mon éditeur, Bruno Teissier (BiblioMondes) ait choisi Hôtel Baron, comme le premier titre d’une nouvelle collection de “ romans géopolitiques ”. Contrairement à ce que le titre de mon livre pourrait suggérer, le lecteur ne restera pas confiné dans le célèbre Hôtel Baron à Alep durant la guerre civile syrienne, pas du tout ! Sans vouloir spoiler l’histoire, mes lecteurs doivent s’attendre à des déplacements considérables… jusqu’à l’archipel arctique du Svalbard !
Au travers du périple de Diane dont la mission pour l’ONG « Patrimoine sans frontières » (PSF) est l’évaluation de la destruction du patrimoine syrien pendant la guerre civile qui fait rage depuis 2011 à 2024, le roman met en scène de nombreux personnages, de nombreux lieux, de nombreuses institutions. Qu’est-ce qui les relie entre eux ?
Je me permettrai de ne pas répondre directement à cette question car y répondre reviendrait à spoiler complètement l’intrigue. Disons simplement que le principe est un peu le même que dans mon premier roman Les Galaxies Markarian (Le Félin, 2018) : mettre en rapport un élément de civilisation antique (dans Les Galaxies il s’agissait du zoroastrisme) avec un problème radicalement contemporain (dans Les Galaxies, il s’agissait du nucléaire iranien). De la même manière dans Hôtel Baron, je tends un fil entre le foyer agricole de la Mésopotamie antique avec un problème beaucoup plus contemporain. Je ne peux pas en dire plus mais je peux au moins déclarer ici que Hôtel Baron est aussi, à sa manière, une critique de la mondialisation. Par ailleurs, je me permets de faire quelques escales et de parsemer le récit de quelques-unes de mes marottes : le roman traite de la question du patrimoine, du trafic d’antiquités en Syrie. Sur son chemin, l’héroïne rencontre de mystérieuses “ idoles à lunettes ”. Elles proviennent du site de Tell Brak dans le Nord-Est syrien, un site archéologique qui fut fouillé durant les années 1930 par Max Mallowan, le mari d’Agatha Christie.
L’architecture complexe du roman est la traduction, notamment, des évènements qui ont eu lieu en Syrie à partir de la guerre civile depuis 2011. D’autres faits importants interviennent, entremêlés au récit. Pouvez-vous commenter votre choix de construction ?
Et bien il s’agit de poursuivre de la manière la plus divertissante possible un fil historique abordant de manière originale, voire inédite, un certain nombre de questions qui intéressent notamment l’histoire contemporaine des Arméniens. La construction, à vrai dire, n’en est pas une. L’idée est de laisser libre cours à l’arborescence d’un récit qui démarre dans une vraie chambre à remonter le temps, à l’hôtel Baron. Cet hôtel était très connu de tous les voyageurs en Syrie, Arméniens ou non, durant tout le vingtième siècle. Dans ce dispositif littéraire et même cinématographique « classique » qu’est un hôtel, on peut imaginer des récits empilés : j’utilise le flash-back lorsque par exemple j’ai envie d’évoquer la rencontre possible au printemps 1915 entre Djemal pacha et un agronome-espion juif dans le salon de l’hôtel Baron… Les lecteurs comprendront plus tard le rapport avec le cœur de l’intrigue.
Au cours du roman, vous introduisez des éléments qui, au fur et à mesure de la lecture, viennent assurer la continuité de l’histoire et l’aboutissement de l’intrigue. Par exemple, la Syrie, les terres agricoles, le blé, les semences... Faut-il être un lecteur particulièrement perspicace pour les détecter ?
Mais non, j’espère que non ! J’essaie de mettre le lecteur sur la piste tout le temps en parsemant les indices. Et il ne faut pas oublier que le roman a d’abord été publié sur le Carnet Hypothèses de mon séminaire, “Patrimoines et politiques mémorielles”, séminaire que j’assure depuis une quinzaine d’années à l’INALCO. Je ne cherche pas du tout à perdre le lecteur, mais au contraire, chemin faisant, à lui apprendre quelque chose. C’est un roman fortement documenté qui assume sa dimension didactique. Donc le but n’est pas de perdre le lecteur mais de synthétiser sous forme romanesque, l’état des connaissances sur une question. Normalement, le lecteur doit pouvoir s’y retrouver, c’est le but poursuivi.
Vous avez choisi l’écriture romanesque pour parler du monde et de crises qui le traversent en restituant les faits sans jugement de valeur. Est-ce à dire que cette manière de faire invite à être prudent dans notre lecture de l’information que la presse dispense ?
Si vous entendez par là, la lecture des crises contemporaines telle qu’elle est restituée dans les grands médias, oui absolument. Je cherche à aller au-delà, notamment en proposant une lecture décentrée, non occidentale, des grandes crises contemporaines. Par exemple, je mets en scène une mission humanitaire arménienne envoyée en Syrie en 2016. Envisager le problème syrien de cette manière permet d’aborder la guerre civile syrienne par le biais des minorités qui y vivent et aussi dans leur rapport avec l’Arménie, c’est-à-dire avec les républiques post-soviétiques. Cela donne une profondeur historique et une originalité dans l’approche que les médias occidentaux ne sont pas capables d’offrir.
Si le lecteur se souvient – par les nombreux articles de presse – de la guerre en Syrie, il est plongé pour la plupart d’entre nous dans un univers inconnu, notamment dans ce roman, avec les banques de graines du Svalbard en Norvège, et l’Institut Vavilov en Russie. L’intrigue qui en découle est-elle une fiction ou une réalité ?
Il s’agit d’une fiction inspirée de la réalité. L’institut Vavilov en Russie existe bel et bien depuis des décennies en Russie. Tout comme la Seed Vault du Svalbard, l’arche des semences supposée sauver l’humanité. En fait, tout est vrai dans ce roman. Ce sont les chaînes de causalité qui relèvent du romanesque. C’est là que se trouve la fiction, c’est-à-dire la scénarisation et la mise en relation d’éléments en apparence disjoints. Et la jubilation de l’auteur consiste donc à faire exploser l’intrigue de la manière la plus inattendue. J’espère que le résultat sera suffisamment exotique pour le lecteur !
La fin du roman laisse présager qu’il aura une suite. L’avez-vous envisagée ?
Il faut avouer qu’il s’est écoulé un certain temps entre le moment où j’ai achevé la première version du livre vers 2020 et le moment de sa publication. Il a fallu tenir compte du recul, et s’agissant du contexte syrien, de la chute du régime de Bachar al-Assad en 2024. Donc, pour le rendre crédible et actuel, il a fallu inventer un dispositif à la fin pour faire émerger le parcours de quelques-uns de mes personnages dans le laps de temps qui s’était écoulé. Déjà, le personnage de Diane est issu du premier chapitre des Galaxies Markarian. Mon nouveau livre Hôtel Baron, est donc une suite, une séquelle comme on dit dans l’univers des séries, de mon premier livre. Rien n’interdit de bâtir à partir d’Hôtel Baron, une suite ou bien une « préquelle » [Ndlr : une œuvre dont l’histoire précède celle d’une œuvre antérieurement créée] à partir de l’un des personnages. Laissez-moi le temps d’y penser, mais oui, l’idée d’une trilogie pourrait bien prendre forme. L’actualité géopolitique de la région est plus que mouvementée, je ne m’interdis pas par exemple de revenir sur le terrain de l’Arménie. Il y a de la matière pour un prochain roman géopolitique.
Hôtel Baron, Taline Ter Minassian, éditions BiblioMonde, 275 pages,
18 euros.

Le 24 avril 2026, la France commémorera le 111e anniversaire du génocide des Arméniens, reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. À cette occasion, le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) appelle solennellement à une mobilisation massive de l’ensemble de la communauté arménienne, de ses amis et de tous les défenseurs des droits de l'Homme. Cent onze ans après l’extermination planifiée de plus d’un million et demi d’Arméniens par l’Empire ottoman, ce crime imprescriptible demeure, aujourd’hui encore, nié par son État héritier, la Turquie. Ce négationnisme d’État, persistant et organisé, constitue une violence supplémentaire faite à la mémoire des victimes et à leurs descendants. Il demeure un obstacle majeur à toute perspective de réconciliation fondée sur la vérité, la justice et la paix. Aucune réconciliation, ni stabilité durable ne saurait faire l’économie d’une reconnaissance pleine et entière de ce génocide, ainsi que de celui, concomitants des Assyro-Chaldéens et des Grecs qui ont fait des centaines de milliers de victimes. L’impunité fait le lit de la récidive : Ainsi plus d’un siècle après 1915, les menaces qui pèsent sur le peuple arménien n’ont pas disparu. Au contraire, elles se sont réactivées sous d’autres formes. Après le nettoyage ethnique de l’Artsakh, vidé de sa population arménienne dans des conditions qui ont bouleversé la conscience internationale en 2023, la République d’Arménie elle-même demeure confrontée à des pressions existentielles. Ces développements s’inscrivent dans une continuité idéologique inquiétante, nourrie par des logiques panturquistes et totalitaires qui prolongent, sous des formes contemporaines, les ambitions qui avaient conduit à l’anéantissement de 1915. La collusion manifeste entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, dans leurs politiques à l’égard des Arméniens, témoignent de cette continuité. Face à cette réalité, la commémoration du 24 avril ne saurait se réduire à un simple devoir de mémoire. Elle constitue aussi un acte de vigilance, un engagement pour l’avenir, un refus de l’oubli et de l’indifférence, un moment pour réaffirmer les droits imprescriptible des victimes à la vérité et à des réparations. Elle est un moment de rassemblement pour affirmer, avec force, que les crimes contre l’humanité ne peuvent rester impunis, ni se répéter dans le silence du monde. En France, cette commémoration revêt une dimension particulière. Instituée comme journée nationale de commémoration du génocide des Arméniens, elle engage la République et ses valeurs. Elle rappelle que la lutte contre le négationnisme, le racisme et les violences de masse est au cœur de notre pacte démocratique. En ce 111e anniversaire, le CCAF appelle : à honorer la mémoire des victimes du génocide ; à exiger la reconnaissance officielle et sans ambiguïté de ce crime par la Turquie ; à défendre le droit à la sécurité et à l’existence de la République d’Arménie ; à soutenir le droit au retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres ; à obtenir la libération immédiate des prisonniers et otages arméniens détenus en Azerbaïdjan ; à faire vivre, partout en France, les valeurs de justice, de dignité et de vérité. Le CCAF appelle l’ensemble des citoyens, les élus, les institutions, les associations et les forces vives de la Nation à se joindre massivement aux commémorations organisées sur tout le territoire le 24 avril 2026 . Le 24 avril, soyons unis, nombreux et déterminés.

Bienvenue sur le nouveau site Internet de France Arménie. Nous espérons qu'il vous plaira et que vous retrouverez ainsi toutes les informations de notre journal. Progressivement en tenant compte des remarques, nous allons l'améliorer et publié plus régulièrement des articles. Notre rubrique Archives qui renvoie vers les numéros gratuits et pour nos abonnés vers les anciens numéro sera complété prochainement par l'ensemble des numéros depuis la création de France Arménie en Avril 1982 dans le cadre du projet de numérisation que nous avons engagé et qui est en bonne voie. Vous pouvez aussi vous abonner en ligne ou faire un don pour aider France Arménie à continuer à se développer. Bonne lecture et encore merci de votre soutien !

En ce mois d’avril, France Arménie fête ses 44 ans, et reste le plus ancien journal arménien en activité de la Diaspora française. Au moment où vous allez ouvrir ce magazine chez vous, je vous invite, si vous avez un ordinateur, une tablette ou votre téléphone, à vous rendre sur le site france-armenie.fr. En effet, comme nous nous y étions engagés, notre site a fait peau neuve. Vous y retrouverez les articles parus depuis le début de l’année dans la version papier. Nos archives aussi ont été totalement numérisées grâce à votre soutien financier et vont s’insérer prochainement dans ce nouveau site. Tout en conservant notre version papier, vous pourrez retrouver sur le site france-armenie.fr, chaque jour, chaque semaine, des articles d’analyse et de décryptage de l’actualité arménienne faisant plus que jamais de France Arménie, le lien précieux entre tous les Arméniens. Mais, vous le savez, l’actualité de qualité a un coût et dans un contexte économique compliqué et la baisse des recettes publicitaires, plus que jamais nous avons besoin de vous car nous ne voulons pas voir s’arrêter la formidable aventure que constitue France Arménie. Face aux fake news, à l’IA, à tous les faux comptes sur les réseaux sociaux qui distillent quotidiennement la haine et le mensonge, les médias comme le nôtre sont, eux, périssables. Aussi, nous comptons sur vos abonnements, vos publicités et surtout sur vos dons pour pérenniser ce magazine et désormais sa version en ligne. Ce constat est d’autant plus vrai quand on regarde le climat délétère dans lequel l’Arménie sombre chaque jour, quand on voit les reculs de la Cause arménienne comme par exemple le licenciement d’Edita Gzoyan, la directrice du Musée du Génocide de Dzidzernagapert, pour avoir remis un livre sur l’Artsakh à JD Vance. Car dans cette Arménie, il ne faut plus prononcer le mot Artsakh, ne plus regarder l’Ararat, ne plus être fier de son histoire millénaire. Au contraire, il faut dénigrer son Eglise, sa Constitution, ses journalistes, ses chercheurs… Dans cette « Arménie réelle », on peut s’attendre à tout et notamment à un usage immodéré et partisan de la Justice pour régler des comptes avec ses opposants et se maintenir au pouvoir sous le regard bienveillant de l’Europe. On peut donc envisager, sans trop se tromper, que tout sera mis en œuvre pour assurer la victoire du pouvoir en place, au nom de la paix et de la démocratie. Tout cela pour plaire et complaire à la Turquie et à l’Azerbaïdjan pour une paix dont on sait qu’elle n’est pas garantie car aucun garant, pas même Trump et encore moins Macron, ne se portera au secours de l’Arménie si elle devait être menacée. L’Iran, le Liban, la Syrie, le Vénézuela, l’Ukraine, Gaza et la Palestine sont des exemples frappants que l’ordre mondial est en train de vaciller et qu’il faut se préparer à toutes les éventualités. En ce sens, l’Arménie et l’Artsakh ont servi de terrains de tests pour ce que nous voyons aujourd’hui. A partir du moment où l’Azerbaïdjan use de la force pour procéder à un nettoyage ethnique, un génocide, sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt, n’impose des sanctions et qu’elle se contente de promettre de l’aide humanitaire tout en faisant le commerce du gaz et du pétrole avec le bourreau d’un peuple, pourquoi en serait-il autrement pour ces autres pays, ces autres peuples ? Deux choix s’offrent désormais à nous, Arméniens de France : marcher la tête baissée, courber l’échine ou marcher la tête haute, continuer à revendiquer inlassablement « Justice pour le peuple arménien », être solidaire de sa Mère Patrie et œuvrer pour son indépendance et sa sécurité. Les commémorations du 24-Avril prochain nous donneront de nouveau l’occasion de répondre à ce choix. Il y aura ceux qui resteront chez eux à commémorer intérieurement et il y aura, nous l’espérons, la très grande majorité qui participera activement pour que vive la Cause arménienne.

Le 3 février, l’Assemblée nationale française, à l’unanimité, a adopté une résolution demandant la libération des otages arméniens retenus à Bakou. Quelques jours plus tard, la plupart d’entre eux ont été condamnés pour l’exemple à la prison à vie. Le 17 février, Rouben Vartanian a été lui condamné à 20 ans de prison. Des otages dont le seul crime est d’avoir voulu défendre le droit à l’autodétermination des peuples, droit reconnu par la charte de l’ONU, droit qui est en train de s’effondrer sous les coups de boutoirs de Trump, Erdogan, Aliev ou Netanyahu. Il est évident pour tous que ces procès et ces peines de prison à vie sont des farces grotesques mises en place uniquement pour pouvoir justifier le nettoyage ethnique de l’Artsakh, faire chanter le gouvernement arménien et imposer le silence à la communauté internationale. Mais face à ce chantage, le gouvernement arménien pratique la politique de l’autruche et n’instaure aucune pression de peur que cela compromette le plan de paix négocié par Trump et les milliards de dollars annoncés. Or négocier, ce n’est pas n’avoir aucune exigence et céder sur tout. C’est avoir dans sa main des atouts que l’on met en avant dans la discussion pour équilibrer les points de vue. Affirmer le droit au retour des Arméniens en Artsakh, défendre la non-destruction du patrimoine arménien d’Artsakh, exiger la libération d’otages détenus illégalement, exiger le retrait du territoire souverain de l’Arménie, exiger des réparations pour le génocide commis en 1915 et le nettoyage ethnique de 2023 sont une partie des atouts que l’Arménie doit avoir dans sa main. L’atout le plus important étant le soutien des pays amis, comme la France ou les Etats-Unis, grâce au travail de fond mené par sa diaspora depuis plus de 50 ans. Mais voilà, le gouvernement arménien préfère se tromper d’ennemis. Au lieu de valoriser ses atouts, au lieu de les utiliser dans la négociation avec la Turquie et l’Azerbaïdjan en s’appuyant sur la France, la Russie ou les Etats-Unis, Nikol Pachinian préfère considérer comme des “ extrémistes ” mettant en péril l’indépendance de l’Arménie tous ceux qui défendent les droits légitimes du peuple arménien. Ainsi en est-il de l’Église arménienne et de son Catholicos qui est désormais empêché de quitter l’Arménie sous un prétexte fallacieux. Nikol Pachinian a récemment considéré les sermons prononcés dans les églises qui défendent l’unité avec l’Artsakh et les droits du peuple arménien comme comparables à “ l’islam radical ”. Tout cela pour justifier la répression politique engagée contre l’Eglise arménienne pour la réduire au silence, pour la mettre en position d’otage comme le sont déjà les minorités arméniennes en Turquie et dans le Moyen-Orient. Quant aux satrapes du pouvoir arménien, y compris ici en France, ils préfèrent qualifier tout soutien à la Cause arménienne, tout soutien à l’Église arménienne, d’agents de la Russie. Mais qui, si ce n’est leur champion, vient de se qualifier “ d’ami très proche de Poutine et de Michoutsine ” et d’indiquer au lendemain de la visite en Arménie de JD Vance “ que la Russie resterait un partenaire stratégique pour l’Arménie ” ? Ce qui serait acceptable pour Pachinian serait inacceptable pour ses opposants et devrait les conduire en prison ? Soyons sérieux ! Et puisqu’ils n’ont que la légitimité d’un “ gouvernement démocratiquement élu ” à la bouche, rappelons à ces nervis, qu’en 2018 et en 2021, Nikol Pachinian s’est fait élire sur un programme soutenant l’Artsakh et son droit à l’autodétermination, défendant comme à Sardarabad en 2018 la Cause arménienne, affirmant que chaque cm2 du territoire arménien serait défendu les armes à la main. Aussi, lorsqu’il accomplit chaque jour strictement le contraire, c’est lui qui trahit la confiance de ses électeurs et de son peuple, pas l’Église arménienne qui, depuis Khrimian Haïrig, reste fidèle à son rôle de défenseur de l’unité du peuple arménien autour de ses droits légitimes et ce, sous tous les régimes, qu’ils soient ottoman ou soviétique. Là est la vérité !

Notre numéro de mars est parti pour nos abonnés avec en une les otages arméniens détenus à Bakou dont les condamnations à vie viennent d'etre prononcées alors qu'en France l'Assemblée Nationale les a soutenu dans une résolution votée à l'unanimité. Ce numéro revient aussi sur le diner du CCAF, qui a été une nouvelle fois le rendez-vous de l'amitié franco arménienne. Vous trouverez aussi un très beau reportage sur les Arméniens du Dersim et toute l'actualité politique, diplomatique et culturelle de l'Arménie et des Arméniens.

Le 17 février, le révérend Jesse Jackson, figure du combat des droits civiques aux Etats-Unis est décédé à l'âge de 84 ans. Proche de Martin Luther King, premier candidat noir à la présidence des Etats-Unis, le révérend Jackson a utilisé sa voix non seulement sur la scène politique américaine, mais aussi sur la scène internationale. Ainsi, il s’est rendu en Arménie quelques jours après le tremblement de terre dévastateur de 1988 pour accompagner une partie de l’aide humanitaire récoltée par la communauté arménienne des Etats-Unis, en voulant marquer sa solidarité avec le peuple arménien. En février 1989, à la cathédrale arménienne Saint-Vartan à New York, il a participé à une cérémonie œcuménique en compagnie de Sa Sainteté Vasken Ier, Catholicos de tous les Arméniens, et de Sa Sainteté Karekin II Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, réunis pour lever des fonds en faveur de l’Arménie. Lors de cette cérémonie, avec son charisme et son éloquence légendaire, le Révérend Jackson a exhorté les dirigeants mondiaux à mettre de côté les rivalités de la Guerre froide et à répondre avec compassion et soutien humanitaire à l’Arménie. L’Église apostolique arménienne lui a rendu hommage à l’occasion de son décès.

Le monde selon Trump, Poutine, Erdogan, Netanyahu, Khamenei ou Aliev fait peur. Un monde où la loi du plus fort s’impose au mépris de la volonté des peuples, de leurs histoires et de leurs droits. Un monde où il suffit de menacer la planète entière d’une guerre, d’augmenter les droits de douanes, de bombarder un Etat i

Le 17 novembre 2025, médiatisée par les télévisions et les journaux, on apprenait la pose d’une rétine artificielle sur trois patients atteints de la DMLA sèche, atrophique, par le Professeur Laurent Kodjikian, opthalmologue à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Plus d’un million de patients en France sont concernés par cette maladie qui est incurable. Outre la prouesse technologique, c’est un grand espoir pour ceux qui en sont atteints. Rencontre avec le Professeur. France Arménie : Professeur Kodjikian, qu’est-ce que la DMLA sèche, atrophique ? Professeur Kodjikian : La DMLA, dégénérescence maculaire liée à l’âge, atrophique, c’est-à-dire très usée, touche les plus de 60 ans. Elle se caractérise par un point noir au centre mais ce qui est autour se perçoit. La personne n’est pas aveugle, elle peut marcher seule mais elle ne peut plus lire ou rendre la monnaie chez l’épicier. Dans cette maladie, la rétine centrale ou macula, ne comporte plus les photorécepteurs grâce auxquels on peut voir. Ces photorécepteurs sont des cellules qui vont transformer l’image lumineuse en signal électrique qui va du nerf optique au cerveau. Le cerveau dit : “ Je vois une chaise rouge ” ou tout autre chose. Pour ce qui concerne la DMLA humide, elle se soigne par des injections dans l’œil. En quoi consiste l’implant ? L’implant mesure 2mm sur 2 (comme une tête d’aiguille), et a l’épaisseur de 3 microns (la moitié d’un cheveu). Il est glissé sous la rétine à l’endroit de la macula où il n’y a plus de photorécepteurs, lesquels sont remplacés par 378 électrodes qui agissent comme tels. Le dispositif complet est constitué d’une paire de lunettes équipées d’une caméra. Le tout est connecté à un processeur miniature. La caméra va filmer ce que le patient doit lire. Un fil sur le processeur, ou ordinateur de poche, envoie l’information captée et celui-ci procède à la transformation de l’image qui repart dans le fil de la caméra. La caméra envoie dans l’œil en infrarouge pour ne pas l’éblouir, le signal lumineux traité qui retourne dans l’implant et le transforme en signal électrique. Lequel ira jusqu’au cerveau qui l’interprète grâce au nerf optique. L’opération a duré environ une heure et demie, sous anesthésie locale. J’opère seul avec un interne. Quels bienfaits pour le patient ? 38 personnes dans le monde ont déjà été opérées avec succès, 80% ont récupéré une acuité visuelle importante, c’est-à-dire voir plus de 10 lettres, la moyenne en voit plus de 25, avec un gain de 1/10e ou 2/10e. Le meilleur patient mondial est un de mes 3 patients qui a gagné 59 lettres. Les éléments visuels apparaîtront en noir et blanc, les lignes formant des lettres et les lettres des mots. Ce n’est pas un miracle mais c’est un progrès majeur. L’implant ne va pas permettre de lire du jour au lendemain (une longue rééducation est nécessaire). Il n’est pas fait pour regarder la télévision ou conduire sa voiture. Outre les lettres, la rétine artificielle peut aider à visualiser un visage ou des objets. Vous avez déjà opéré trois personnes. Quels résultats chez elles ? Martine, 72 ans, opérée en 2021, a pu percevoir des formes pour la première fois grâce à l’implant rétinien. Les 3 patients vont bien mais Maurice est le seul à utiliser encore quotidiennement ce dispositif. Toutefois, il lit 6 à 7 fois plus lentement que la normale. Son acuité visuelle est remontée à 5/10e. Les deux autres sont trop âgés ou fatigués pour poursuivre des séances d’orthoptie à raison d’une fois par semaine sur un minimum d’un an. Il faut être motivé pour rééduquer l’oeil, lui réapprendre à lire. Quel avenir pour ce genre d’implant ? Les résultats des essais cliniques de cet implant ont été publiés dans The New England Journal of Medicine en octobre 2025. Ils sont suffisamment probants pour que la société qui l’a fabriqué demande une autorisation de commercialisation en Europe. Cette commercialisation permettra éventuellement, plus tard, que son coût, probablement plus de 100 000 euros (totalement gratuit pour les 3 patients lyonnais car inclus dans un essai clinique), soit pris en charge par la Sécurité sociale. Il faut savoir que d’autres essais cliniques sont en cours dans le service du Professeur Kodjikian, aussi bien pour la DMLA atrophique que pour la DMLA humide. Il emploie 4 attachés de recherche clinique pour l’aider et a déjà conduit personnellement le nombre impressionnant de plus de 120 études cliniques en tant qu’investigateur principal. L’intelligence artificielle (IA) permettra-t-elle des avancées ? La société a prévu des implants plus gros, avec plus d’électrodes, une amélioration de la caméra avec un processeur intégré et non plus relié par un fil et enfin l’IA qui devrait permettre d’améliorer le processus du traitement de l’image. Professeur Kodjikian, pouvez-vous nous parler de vous ? Je suis né à Valence d’où mes parents sont originaires. Mes grands-parents, rescapés du Génocide, étaient de Kharpet. J’étais membre de l’UMAF mais j’ai dû en partir car ma carrière me prenait trop de temps. Mais je fais partie de Santé Arménie où j’organise des RCP - réunions de concertation pluridisciplinaires -, avec des ophtalmologues d’Arménie qui exposent leurs cas difficiles. Pour la deuxième année, j’ai pu faire venir deux internes qui ont travaillé dans mon service trois mois, et pour lesquels j’ai réussi à leur faire allouer une bourse de 7 500 euros. J’aide à ma façon l’Arménie. Je me sens arménien et j’ai réussi à transmettre cette arménité à mes enfants. Mon fils de 20 ans est déjà parti deux fois en Arménie. Il adore. Je dois moi-même m’y rendre très prochainement à l’invitation d’un médecin arménien que j’ai reçu à mon congrès national LOR (Lyon-œil-rétine). Laurent Kodjikian est : - Professeur des Universités, praticien hospitalier, classe exceptionnelle, échelon 2, c’est-à-dire l’échelon maximal, - Chef de service adjoint du service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse, CHU de Lyon, - Responsable de l’enseignement de l’ophtalmologie à la Faculté de médecine Lyon-Est de l’Université de Lyon, - Président/Coordonnateur du collège d’ophtalmologie de Lyon -Ancien Président de la Société française d’ophtalmologie (2018-2020). Ses titres sont trop nombreux pour être tous cités. Il est âgé de 53 ans. Il a été nommé Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur en 2021.

