Sensible et engagée, Camille Cottin dans Le Pays d’Arto
par Almasd LELOIRE KERACKIAN

Face à la caméra de Tamara Stépanyan et sa cheffe opératrice, Claire Mathon, Camille Cottin porte avec sensibilité le rôle de Céline, veuve d’Arto, décédé en France et laissant deux enfants. Elle apprendra au cours de son séjour qu’il a été soldat pendant la guerre du Haut-Karabagh. Acclamée dans la série Dix pour cent et interprète dans des productions internationales, Camille Cottin nous confie son plaisir de travailler avec la réalisatrice Tamara Stépanyan, et Zar Amir dans le rôle d’Arsiné dans le long métrage Le Pays d’Arto, dans les salles de cinéma le 31 décembre 2025.
France Arménie : Comment avez-vous rencontré Tamara Stépanyan pour la première fois ? Connaissiez-vous l’Arménie avant cette rencontre ?
Camille Cottin
: Zar Amir a suggéré mon nom pour le rôle de Céline auprès de la réalisatrice. En rencontrant Tamara et Zar, j’étais vraiment sous le charme. La façon dont Tamara Stépanyan voulait parler des blessures de son pays. Son envie de partager l’histoire avec les yeux de cette Française m’ont touchée. Je trouvais que c’était bien que ce film existe. Zar Amir est une comédienne que j’admire énormément. La perspective de travailler avec Tamara avec les intentions qu’elle souhaitait imprimer dans cette fiction m’ont plu. La naissance de l’amitié entre Céline et Arsiné, jouée par Zar Amir, m’a confortée dans le projet. Ensuite, j’ai su que Claire Mathon, la cheffe opératrice, allait tourner avec nous. Une belle équipe ! Mon premier lien avec l’histoire de l’Arménie s’est construit pendant les conversations avec un ami de mon père, l’architecte Alain Daronian.
Avez-vous effectué des voyages de repérage avant le tournage ?
Pas du tout ! Je suis arrivée à Gumri. J’ai été un petit peu propulsée. Je ne m’étais pas aperçue qu’il n’était pas possible de rentrer en France pour le week-end. Mes enfants m’ont rejointe pendant leurs vacances scolaires. Gumri est une ville très particulière parce qu’il y subsiste des ruines du tremblement de terre dont on parle au début du film. Je me suis ancrée dans la réalité historique du pays très rapidement.
Comment s’est déroulé ce tournage en tenant compte de la barrière linguistique car tous les membres de l’équipe ne maîtrisent pas l’anglais ou le français ?
Notre communication passait par les regards, par exemple avec Shant qui joue le chauffeur ou Anouk, qui est censée être l’ex-petite amie de mon mari. Les émotions circulent donc, même si effectivement on ne pouvait communiquer. Mais par les yeux, un échange s’établissait.
Quelles étaient vos impressions alors quand vous étiez en Arménie, à Gumri, ou dans d’autres localités à côté de Gumri ?
J’ai trouvé le paysage vraiment sublime. Cependant, on sent la menace d’une guerre qui pèse. C’est quand même dur. Les plaies ne sont pas cicatrisées et l’avenir est incertain. Par exemple, la troisième assistante de mise en scène, Luciné, est professeure à l’université. Elle étudie le Génocide arménien en littérature française. Donc elle est totalement bilingue. Elle me disait : “ Je sais qu’il va y avoir une autre guerre. Etant bilingue, je pourrais aller m’installer en France, mais comme ma famille ne pourra pas partir, je ne les abandonnerai pas ”. C’est une situation tragique !
C’est la première fois que vous travaillez avec Zar Amir. On sent une grande harmonie entre vous. Comment s’est construite votre collaboration
?
Je suis tout à fait sous le charme de Zar Amir. C’est une grande actrice. J’ai adoré travailler avec elle. Zar est expatriée car d’origine iranienne. Elle porte cet amour d’un pays blessé. J’étais touchée aussi par tout ce qu’elle pouvait apporter au film et son récit personnel.
Est-ce un film de femmes avec la réalisatrice, le rôle principal de Céline, celui d’Arsiné ?
L’environnement féminin me séduit beaucoup. Je m’y sens très bien. J’aime aussi travailler avec les hommes, mais c’est vrai que, là… je me disais que ce n’est pas commun : une réalisatrice, une cheffe opératrice et une histoire portée par deux femmes. Vous me demandiez ce qu’il y avait d’original dans ce projet. Finalement ! Des femmes occupent des postes clés. La charpente est 100 % féminine. Les moyens financiers sont très restreints. Il faut se battre, mais c’est possible.
Peut-on dire que la présence masculine est remarquable par son absence ?
Il y a des histoires d’amour avec les hommes. L’amour est présent. Ces hommes sont des combattants, des soldats, voués à se battre.
Arto apparaît en filigrane dans des moments de rêve où Céline se sent bouleversée. Comment avez-vous préparé spécifiquement ces scènes ?
L’enjeu du personnage de Céline est de porter le souci de quelqu’un. Le séjour se déroule environ entre 6 ou 8 mois après le suicide de son mari. Elle a envie de comprendre tout en évoluant dans cette réalité extrêmement tragique. Elle porte ce deuil déjà très lourd. Il y a aussi une forme de lumière dans sa relation à Arsiné, jouée par Zar, dans son amitié avec elle, dans tout ce que son personnage porte aussi. Ce lien apportera une énergie positive. Cette rencontre va lui permettre de comprendre et comprendre devient salvateur.
Je trouvais poétique la conversation qui peut continuer avec une personne disparue. Elle essaye même d’être un pont entre son mari et ses enfants par l’intermédiaire de cette histoire de nationalité, de papiers, d’identité. Comment peut-on continuer à dialoguer avec quelqu’un qu’on a profondément aimé après son décès ? Comment la présence perdure et comment peut-on continuer à la nourrir ? Un des premiers titres du film était Sauver les morts. Personnellement, cette dimension me semble profondément poétique et belle. Poursuivre une conversation au-delà d’un événement puissamment émouvant. Cet échange n’est pas du tout morbide ! Il est même porteur de vie !

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