Entre soutien de Bruxelles et avertissement de Moscou

par Varoujan Mardikian

Les dirigeants arméniens, qui s’enfoncent dans une traque sans relâche des opposants, pourraient se retrouver pris entre deux feux à l’approche des élections.  

La chronique de la répression politique des opposants va s’enrichir jusqu’aux élections législatives de juin prochain. Arrestations, inculpations, maintiens en détention, tabassages : tout y passe pour garantir un résultat conforme aux espérances des autorités.
Le procès de l’archevêque Bagrat Galstanian et de ses 17 partisans, poursuivis pour tentative de coup d’Etat, a connu de nouveaux rebondissements. Lidya Mantachian, la seule femme parmi les accusés, a vu le 20 novembre sa détention prolongée de trois mois pour la deuxième fois. “ J’ai l’impression d’être la suspecte la plus dangereuse dans ce dossier criminel fabriqué de toutes pièces ”, a-t-elle déclaré au tribunal. Elle paie le fait, à ses yeux, d’avoir divulgué des “ informations compromettantes sur certains responsables ”. L’accusation repose sur des enregistrements audio de conversations téléphoniques entre Mgr Galstanian et ses associés, dont des extraits ont été rendus publics fin juin. Les avocats de la défense ont accusé les forces de l’ordre d’avoir falsifié ces enregistrements et d’en avoir déformé le contenu.

L’opposition et les organisations de défense des droits humains ont jugé cette décision du tribunal d’autant plus choquante qu’un traitement spécial semble avoir été réservé à Lidya Mantachian. Il est reproché aux autorités de “ persécuter une femme de manière ciblée et systématique ”, alors que les hommes libérés par le juge font face aux mêmes accusations. En outre, seule la sœur de Lidya Mantachian a été autorisée à lui rendre visite, deux fois par mois, alors que l’archevêque Bagrat Galstanian peut recevoir des proches presque quotidiennement. L’accusée s’attendait à son maintien en détention : “ On m’a avertie que le juge n’avait pas reçu l’autorisation de Nikol Pachinian et de son entourage pour me libérer. Je le savais il y a une semaine ”, a-t-elle indiqué.
Mais le mouvement de solidarité a finalement porté ses fruits. Le 27 novembre, le juge Farkhoyan a accédé à la demande de son avocate, Tatévik Soghoyan, de libérer sa cliente sous caution, tout en restreignant sa liberté de mouvement. “ Je suis certaine qu’une telle décision n’aurait pas été prise sans la forte réaction de l’opinion publique, a souligné l’avocate. C’est le résultat de la pression populaire, et non une victoire pour la justice. ”

Dans une autre affaire, le maire de Gumri, Vardan Ghoukassian, accusé de corruption et de faux en écriture, restera trois mois de plus en prison. Motif invoqué par le procureur : s’il était libéré, il entraverait l’enquête, influencerait les témoins et abuserait de son autorité. Les garanties apportées par les députés de l’opposition n’ont visiblement pas suffi. Vardan Ghoukassian nie les faits qui lui sont reprochés et se dit victime d’une persécution politique.

Le passage à tabac est une « méthode » vieille comme le monde pour intimider les opposants. L’ancien parlementaire Mihran Hakobian a été agressé le 8 décembre, devant un centre commercial d’Erévan, par des hommes masqués qui lui ont cassé le nez et asséné des coups à la tête – ce qui lui a valu plusieurs jours d’hospitalisation.
Député de l’ancien régime, membre du Parti républicain de Serge Sarkissian, Mihran Hakobian, qui s’est retiré de la vie politique active, utilise les réseaux sociaux pour combattre la politique du gouvernement. Sur Facebook, il avait tourné en ridicule l’appel lancé le week-end précédent par Nikol Pachinian aux prêtres et aux chorales des églises arméniennes à interpréter l’hymne national avant chaque office. Rouben Mélikian, l’avocat de Mihran Hakobian, a rappelé qu’en 2021, une grenade avait explosé sous la voiture de son client, garée devant son domicile. Personne n’avait été alors poursuivi en justice. Cette fois-ci, l’enquête a conduit à l’arrestation de cinq individus, le 12 décembre, par les forces de l’ordre, qui ont confirmé le caractère prémédité de l’attaque sans livrer toutefois d’informations sur l’identité des agresseurs ni sur leur mobile. Mais les cinq hommes ont été libérés durant le week-end, quelques heures seulement après leur arrestation ! “ Ils peuvent attaquer quelqu’un en plein jour, comme des hyènes, et rester impunis ”, a réagi Mihran Hakobian.

L’appareil répressif déploie ses tentacules tous azimuts. Le bureau de la Procureure générale a donné instruction d’engager des poursuites contre les individus publiant sur les réseaux sociaux des messages de haine ou d’incitation à la violence à l’encontre du Premier ministre. Plusieurs personnes ont été arrêtées, ces derniers mois, pour outrage à de hauts responsables de l’Etat.
L’homme d’affaires Gaguik Tsaroukian fait l’objet de nouvelles accusations. La Procurature lui reproche d’avoir vendu récemment une usine en Bulgarie, en violation d’une décision de justice ordonnant le gel de ses avoirs. Fin 2023, les autorités avaient entamé une procédure de confiscation, sur le fondement d’une loi controversée permettant à l’Etat de saisir des sociétés, des biens et des fonds considérés comme acquis illégalement. Gaguik Tsaroukian, qui encourt une peine d’un an de prison, avait annoncé en octobre dernier sa participation aux législatives et ajouté qu’il était en négociations avec des personnalités et des groupes politiques intéressés par la formation d’une alliance électorale.

Affaire Samvel Karapetian : l'Avertissement de Moscou


Quant au bras de fer entre le pouvoir et Samvel Karapétian, rien ne semble ébranler la détermination de l’homme d’affaires et fondateur du mouvement Mer Dzevov (A notre façon), malgré l’annonce le 17 novembre du retrait de sa licence d’exploitation du réseau de distribution électrique et la décision rendue par le tribunal, le 18 novembre, de prolonger de deux mois sa détention provisoire. Samvel Karapétian a immédiatement lancé un appel à ses partisans, tout en égratignant les autorités. “ En bafouant les valeurs sacrées, en remplissant les prisons, en confisquant des biens et en tentant d’instaurer un climat de peur, vous [les autorités] parviendrez peut-être à vous maintenir au pouvoir six mois supplémentaires, tout au plus. Dans quelques mois seulement, nous nous féliciterons de la victoire de la justice, du rétablissement de la dignité, de la défaite du mal et de l’avènement d’une ère nouvelle de prospérité et de paix pour l’Arménie. ”

La “ petite clique ” au pouvoir à Erévan reste plus que jamais dans son viseur, comme en témoigne son message du 15 décembre : “ En nouant une «amitié» humiliante avec l’Azerbaïdjan et la Turquie, nous n’aurons pas de paix véritable ; en conspirant contre la Russie, nous ne nous sentirons pas en sécurité dans la région ; et en ignorant les intérêts vitaux de l’Iran et de la Géorgie, nous n’aurons pas d’amis dans les moments difficiles. ” A la mi-décembre, Mer Dzevov revendiquait l’adhésion de 12 000 membres.

Les autorités d’Erévan ont beau avoir recruté pas moins de 53 enquêteurs pour charger au maximum l’homme d’affaires, une nouvelle donne risque de compliquer leur tâche : la Russie sort de sa posture d’observateur attentif. Le 20 novembre, le ministère russe des Affaires étrangères déclarait, via sa porte-parole Maria Zakharova, “ [suivre] de près la situation concernant le réseau électrique d’Arménie et Samvel Karapétian ”. Elle rappelait que le groupe Tashir du magnat russo-arménien avait investi environ 700 millions de dollars dans le réseau électrique arménien et avait maintenu les prix de l’électricité quasiment inchangés depuis son rachat à une entreprise russe en 2015. Et d’ajouter : “ Des investissements de 795 millions de dollars étaient prévus pour la période 2024-2034. Nous espérons que les nouveaux dirigeants arméniens seront en mesure de présenter un modèle de gestion plus efficace. Mais ce jugement doit se fonder sur les résultats concrets du réseau électrique d’Arménie. ” Autrement dit, pas sur des considérations politiques.

Le 16 décembre, Mikhaïl Kalouguine, un haut responsable du ministère des Affaires étrangères, a insisté sur le fait que “ Samvel Karapétian est détenu depuis six mois sans jugement ” en Arménie, et révélé que des diplomates russes en poste à Erévan lui ont rendu visite à plusieurs reprises. Il a souligné la “ prudence ” observée par des entrepreneurs russes quant à “ l’avenir de leurs projets en Arménie ”, car “ ils s’interrogent sur la stabilité du climat d’investissement dans le pays, ce qui ne contribuera probablement pas à maintenir la dynamique positive des échanges bilatéraux ”. Leur volume va chuter de 12,4 milliards de dollars en 2024 à 6 milliards de dollars en 2025. Ce mauvais résultat incite les dirigeants russes à rappeler à Erévan qu’il y a “ incompatibilité ” entre sa qualité de membre de l’Union économique eurasienne et une adhésion à l’Union européenne (UE).

 “ Menaces hybrides ”


Cette chute du commerce bilatéral arméno-russe et ces avertissements répétés de Moscou s’inscrivent dans une nouvelle phase de tension entre Bruxelles et Moscou autour de l’Arménie. L’UE, en effet, accuse la Russie de diffuser de la désinformation en Arménie à l’approche des législatives. Deux semaines après la signature, à Bruxelles, de l’accord sur l’Agenda stratégique pour le partenariat UE-Arménie, la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a annoncé le 15 décembre que l’Arménie avait sollicité “ une aide similaire à celle que l’UE a accordée à la Moldavie pour lutter contre l’ingérence étrangère malveillante ”. Concrètement, une partie de l’aide européenne de 15 millions d’euros, destinée à renforcer la “ résilience ” de l’Arménie, sera consacrée à lutter contre ces “ menaces hybrides ”.


Les responsables de l’opposition arménienne en ont déduit que Nikol Pachinian cherchait à s’assurer le soutien de l’UE, en vue de remporter les législatives à l’aide de fraudes ou de manœuvres déloyales. La référence de Kaja Kallas à la Moldavie, où deux partis d’opposition pro-russes se sont vu barrer la route des dernières législatives, remportées par la mouvance pro-occidentale à la tête du pays, les préoccupe fortement, et ils craignent que cela n’ouvre la voie à la disqualification de certains groupes d’opposition avant les législatives. Ichkhan Saghatélian, l’un des principaux dirigeants de l’alliance Hayastan, a dénoncé une “ ingérence directe de forces extérieures dans les affaires intérieures de l’Arménie ”, alors que le gouvernement “ sait qu’il ne bénéficie plus du soutien populaire ”.


Et pour cause, car cette répression menée à grande échelle ne saurait faire oublier les mauvais indices économiques. Le nombre de citoyens vivant sous le seuil de pauvreté, en léger recul (22 % à ce jour contre 23,7 % en 2024), n’aura pas chuté de moitié au terme de la législature, contrairement à l’engagement pris par le gouvernement en 2021, au moment où ce seuil s’élevait à 26,4 %. Aujourd’hui, 19 % des actifs vivent sous le seuil de pauvreté, et plus de 100 000 diplômés de l’université sont classés parmi les pauvres. Quant à la lutte contre la corruption, elle n’a connu “ aucun progrès lors de l’année écoulée ”, comme l’atteste le rapport du Centre anti-corruption du pays.


La poursuite des représailles exercées à l’encontre des Ar-tsakhiotes cristallise aussi le mécontentement populaire. Le 10 décembre, à Erévan, durant des audiences ayant réuni de hauts dignitaires artsakhiotes et des dirigeants de l’opposition arménienne, Achot Danielian, le dernier président par intérim de l’Artsakh, a fait part de sa détermination à continuer le combat pour le droit des Artsakhiotes à retourner sur leurs terres, en dépit de la décision du gouvernement arménien de clore cette question. Dès le lendemain, les forces de l’ordre arméniennes ont perquisitionné les bureaux de la Représentation permanente du Haut-Karabagh à Erévan, sans livrer d’explication sur les motifs de ce raid policier.

D’un côté, l’UE, galvanisée à l’idée de décrocher sa part du gâteau dans le projet de Route Trump, ferme les yeux sur la répression organisée par Nikol Pachinian. De l’autre, la Russie exprime son mécontentement pour ne pas laisser l’Occident s’accaparer sa « chasse gardée » du Sud-Caucase. L’Arménie prise entre deux feux, comme durant sa longue histoire ?


4 avril 2026
Le 24 avril 2026, la France commémorera le 111e anniversaire du génocide des Arméniens, reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. À cette occasion, le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) appelle solennellement à une mobilisation massive de l’ensemble de la communauté arménienne, de ses amis et de tous les défenseurs des droits de l'Homme. Cent onze ans après l’extermination planifiée de plus d’un million et demi d’Arméniens par l’Empire ottoman, ce crime imprescriptible demeure, aujourd’hui encore, nié par son État héritier, la Turquie. Ce négationnisme d’État, persistant et organisé, constitue une violence supplémentaire faite à la mémoire des victimes et à leurs descendants. Il demeure un obstacle majeur à toute perspective de réconciliation fondée sur la vérité, la justice et la paix. Aucune réconciliation, ni stabilité durable ne saurait faire l’économie d’une reconnaissance pleine et entière de ce génocide, ainsi que de celui, concomitants des Assyro-Chaldéens et des Grecs qui ont fait des centaines de milliers de victimes. L’impunité fait le lit de la récidive : Ainsi plus d’un siècle après 1915, les menaces qui pèsent sur le peuple arménien n’ont pas disparu. Au contraire, elles se sont réactivées sous d’autres formes. Après le nettoyage ethnique de l’Artsakh, vidé de sa population arménienne dans des conditions qui ont bouleversé la conscience internationale en 2023, la République d’Arménie elle-même demeure confrontée à des pressions existentielles. Ces développements s’inscrivent dans une continuité idéologique inquiétante, nourrie par des logiques panturquistes et totalitaires qui prolongent, sous des formes contemporaines, les ambitions qui avaient conduit à l’anéantissement de 1915. La collusion manifeste entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, dans leurs politiques à l’égard des Arméniens, témoignent de cette continuité. Face à cette réalité, la commémoration du 24 avril ne saurait se réduire à un simple devoir de mémoire. Elle constitue aussi un acte de vigilance, un engagement pour l’avenir, un refus de l’oubli et de l’indifférence, un moment pour réaffirmer les droits imprescriptible des victimes à la vérité et à des réparations. Elle est un moment de rassemblement pour affirmer, avec force, que les crimes contre l’humanité ne peuvent rester impunis, ni se répéter dans le silence du monde. En France, cette commémoration revêt une dimension particulière. Instituée comme journée nationale de commémoration du génocide des Arméniens, elle engage la République et ses valeurs. Elle rappelle que la lutte contre le négationnisme, le racisme et les violences de masse est au cœur de notre pacte démocratique. En ce 111e anniversaire, le CCAF appelle : à honorer la mémoire des victimes du génocide ; à exiger la reconnaissance officielle et sans ambiguïté de ce crime par la Turquie ; à défendre le droit à la sécurité et à l’existence de la République d’Arménie ; à soutenir le droit au retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres ; à obtenir la libération immédiate des prisonniers et otages arméniens détenus en Azerbaïdjan ; à faire vivre, partout en France, les valeurs de justice, de dignité et de vérité. Le CCAF appelle l’ensemble des citoyens, les élus, les institutions, les associations et les forces vives de la Nation à se joindre massivement aux commémorations organisées sur tout le territoire le 24 avril 2026 . Le 24 avril, soyons unis, nombreux et déterminés.
par Harout Mardirossian 3 avril 2026
Bienvenue sur le nouveau site Internet de France Arménie. Nous espérons qu'il vous plaira et que vous retrouverez ainsi toutes les informations de notre journal. Progressivement en tenant compte des remarques, nous allons l'améliorer et publié plus régulièrement des articles. Notre rubrique Archives qui renvoie vers les numéros gratuits et pour nos abonnés vers les anciens numéro sera complété prochainement par l'ensemble des numéros depuis la création de France Arménie en Avril 1982 dans le cadre du projet de numérisation que nous avons engagé et qui est en bonne voie. Vous pouvez aussi vous abonner en ligne ou faire un don pour aider France Arménie à continuer à se développer. Bonne lecture et encore merci de votre soutien !
par La Rédaction 20 mars 2026
Le sommaire de notre numéro 539 d'avril 2026
par Harout MARDIROSSIAN 20 mars 2026
En ce mois d’avril, France Arménie fête ses 44 ans, et reste le plus ancien journal arménien en activité de la Diaspora française. Au moment où vous allez ouvrir ce magazine chez vous, je vous invite, si vous avez un ordinateur, une tablette ou votre téléphone, à vous rendre sur le site france-armenie.fr. En effet, comme nous nous y étions engagés, notre site a fait peau neuve. Vous y retrouverez les articles parus depuis le début de l’année dans la version papier. Nos archives aussi ont été totalement numérisées grâce à votre soutien financier et vont s’insérer prochainement dans ce nouveau site. Tout en conservant notre version papier, vous pourrez retrouver sur le site france-armenie.fr, chaque jour, chaque semaine, des articles d’analyse et de décryptage de l’actualité arménienne faisant plus que jamais de France Arménie, le lien précieux entre tous les Arméniens. Mais, vous le savez, l’actualité de qualité a un coût et dans un contexte économique compliqué et la baisse des recettes publicitaires, plus que jamais nous avons besoin de vous car nous ne voulons pas voir s’arrêter la formidable aventure que constitue France Arménie. Face aux fake news, à l’IA, à tous les faux comptes sur les réseaux sociaux qui distillent quotidiennement la haine et le mensonge, les médias comme le nôtre sont, eux, périssables. Aussi, nous comptons sur vos abonnements, vos publicités et surtout sur vos dons pour pérenniser ce magazine et désormais sa version en ligne. Ce constat est d’autant plus vrai quand on regarde le climat délétère dans lequel l’Arménie sombre chaque jour, quand on voit les reculs de la Cause arménienne comme par exemple le licenciement d’Edita Gzoyan, la directrice du Musée du Génocide de Dzidzernagapert, pour avoir remis un livre sur l’Artsakh à JD Vance. Car dans cette Arménie, il ne faut plus prononcer le mot Artsakh, ne plus regarder l’Ararat, ne plus être fier de son histoire millénaire. Au contraire, il faut dénigrer son Eglise, sa Constitution, ses journalistes, ses chercheurs… Dans cette « Arménie réelle », on peut s’attendre à tout et notamment à un usage immodéré et partisan de la Justice pour régler des comptes avec ses opposants et se maintenir au pouvoir sous le regard bienveillant de l’Europe. On peut donc envisager, sans trop se tromper, que tout sera mis en œuvre pour assurer la victoire du pouvoir en place, au nom de la paix et de la démocratie. Tout cela pour plaire et complaire à la Turquie et à l’Azerbaïdjan pour une paix dont on sait qu’elle n’est pas garantie car aucun garant, pas même Trump et encore moins Macron, ne se portera au secours de l’Arménie si elle devait être menacée. L’Iran, le Liban, la Syrie, le Vénézuela, l’Ukraine, Gaza et la Palestine sont des exemples frappants que l’ordre mondial est en train de vaciller et qu’il faut se préparer à toutes les éventualités. En ce sens, l’Arménie et l’Artsakh ont servi de terrains de tests pour ce que nous voyons aujourd’hui. A partir du moment où l’Azerbaïdjan use de la force pour procéder à un nettoyage ethnique, un génocide, sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt, n’impose des sanctions et qu’elle se contente de promettre de l’aide humanitaire tout en faisant le commerce du gaz et du pétrole avec le bourreau d’un peuple, pourquoi en serait-il autrement pour ces autres pays, ces autres peuples ? Deux choix s’offrent désormais à nous, Arméniens de France : marcher la tête baissée, courber l’échine ou marcher la tête haute, continuer à revendiquer inlassablement « Justice pour le peuple arménien », être solidaire de sa Mère Patrie et œuvrer pour son indépendance et sa sécurité. Les commémorations du 24-Avril prochain nous donneront de nouveau l’occasion de répondre à ce choix. Il y aura ceux qui resteront chez eux à commémorer intérieurement et il y aura, nous l’espérons, la très grande majorité qui participera activement pour que vive la Cause arménienne.
par Harout MARDIROSSIAN 25 février 2026
Le 3 février, l’Assemblée nationale française, à l’unanimité, a adopté une résolution demandant la libération des otages arméniens retenus à Bakou. Quelques jours plus tard, la plupart d’entre eux ont été condamnés pour l’exemple à la prison à vie. Le 17 février, Rouben Vartanian a été lui condamné à 20 ans de prison. Des otages dont le seul crime est d’avoir voulu défendre le droit à l’autodétermination des peuples, droit reconnu par la charte de l’ONU, droit qui est en train de s’effondrer sous les coups de boutoirs de Trump, Erdogan, Aliev ou Netanyahu. Il est évident pour tous que ces procès et ces peines de prison à vie sont des farces grotesques mises en place uniquement pour pouvoir justifier le nettoyage ethnique de l’Artsakh, faire chanter le gouvernement arménien et imposer le silence à la communauté internationale. Mais face à ce chantage, le gouvernement arménien pratique la politique de l’autruche et n’instaure aucune pression de peur que cela compromette le plan de paix négocié par Trump et les milliards de dollars annoncés. Or négocier, ce n’est pas n’avoir aucune exigence et céder sur tout. C’est avoir dans sa main des atouts que l’on met en avant dans la discussion pour équilibrer les points de vue. Affirmer le droit au retour des Arméniens en Artsakh, défendre la non-destruction du patrimoine arménien d’Artsakh, exiger la libération d’otages détenus illégalement, exiger le retrait du territoire souverain de l’Arménie, exiger des réparations pour le génocide commis en 1915 et le nettoyage ethnique de 2023 sont une partie des atouts que l’Arménie doit avoir dans sa main. L’atout le plus important étant le soutien des pays amis, comme la France ou les Etats-Unis, grâce au travail de fond mené par sa diaspora depuis plus de 50 ans. Mais voilà, le gouvernement arménien préfère se tromper d’ennemis. Au lieu de valoriser ses atouts, au lieu de les utiliser dans la négociation avec la Turquie et l’Azerbaïdjan en s’appuyant sur la France, la Russie ou les Etats-Unis, Nikol Pachinian préfère considérer comme des “ extrémistes ” mettant en péril l’indépendance de l’Arménie tous ceux qui défendent les droits légitimes du peuple arménien. Ainsi en est-il de l’Église arménienne et de son Catholicos qui est désormais empêché de quitter l’Arménie sous un prétexte fallacieux. Nikol Pachinian a récemment considéré les sermons prononcés dans les églises qui défendent l’unité avec l’Artsakh et les droits du peuple arménien comme comparables à “ l’islam radical ”. Tout cela pour justifier la répression politique engagée contre l’Eglise arménienne pour la réduire au silence, pour la mettre en position d’otage comme le sont déjà les minorités arméniennes en Turquie et dans le Moyen-Orient. Quant aux satrapes du pouvoir arménien, y compris ici en France, ils préfèrent qualifier tout soutien à la Cause arménienne, tout soutien à l’Église arménienne, d’agents de la Russie. Mais qui, si ce n’est leur champion, vient de se qualifier “ d’ami très proche de Poutine et de Michoutsine ” et d’indiquer au lendemain de la visite en Arménie de JD Vance “ que la Russie resterait un partenaire stratégique pour l’Arménie ” ? Ce qui serait acceptable pour Pachinian serait inacceptable pour ses opposants et devrait les conduire en prison ? Soyons sérieux ! Et puisqu’ils n’ont que la légitimité d’un “ gouvernement démocratiquement élu ” à la bouche, rappelons à ces nervis, qu’en 2018 et en 2021, Nikol Pachinian s’est fait élire sur un programme soutenant l’Artsakh et son droit à l’autodétermination, défendant comme à Sardarabad en 2018 la Cause arménienne, affirmant que chaque cm2 du territoire arménien serait défendu les armes à la main. Aussi, lorsqu’il accomplit chaque jour strictement le contraire, c’est lui qui trahit la confiance de ses électeurs et de son peuple, pas l’Église arménienne qui, depuis Khrimian Haïrig, reste fidèle à son rôle de défenseur de l’unité du peuple arménien autour de ses droits légitimes et ce, sous tous les régimes, qu’ils soient ottoman ou soviétique. Là est la vérité !
24 février 2026
Notre numéro de mars est parti pour nos abonnés avec en une les otages arméniens détenus à Bakou dont les condamnations à vie viennent d'etre prononcées alors qu'en France l'Assemblée Nationale les a soutenu dans une résolution votée à l'unanimité. Ce numéro revient aussi sur le diner du CCAF, qui a été une nouvelle fois le rendez-vous de l'amitié franco arménienne. Vous trouverez aussi un très beau reportage sur les Arméniens du Dersim et toute l'actualité politique, diplomatique et culturelle de l'Arménie et des Arméniens.
par Armenag BEDROSSIAN 19 février 2026
Le 17 février, le révérend Jesse Jackson, figure du combat des droits civiques aux Etats-Unis est décédé à l'âge de 84 ans. Proche de Martin Luther King, premier candidat noir à la présidence des Etats-Unis, le révérend Jackson a utilisé sa voix non seulement sur la scène politique américaine, mais aussi sur la scène internationale. Ainsi, il s’est rendu en Arménie quelques jours après le tremblement de terre dévastateur de 1988 pour accompagner une partie de l’aide humanitaire récoltée par la communauté arménienne des Etats-Unis, en voulant marquer sa solidarité avec le peuple arménien. En février 1989, à la cathédrale arménienne Saint-Vartan à New York, il a participé à une cérémonie œcuménique en compagnie de Sa Sainteté Vasken Ier, Catholicos de tous les Arméniens, et de Sa Sainteté Karekin II Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, réunis pour lever des fonds en faveur de l’Arménie. Lors de cette cérémonie, avec son charisme et son éloquence légendaire, le Révérend Jackson a exhorté les dirigeants mondiaux à mettre de côté les rivalités de la Guerre froide et à répondre avec compassion et soutien humanitaire à l’Arménie. L’Église apostolique arménienne lui a rendu hommage à l’occasion de son décès.
image edito
par Harout MARDIROSSIAN 10 février 2026
Le monde selon Trump, Poutine, Erdogan, Netanyahu, Khamenei ou Aliev fait peur. Un monde où la loi du plus fort s’impose au mépris de la volonté des peuples, de leurs histoires et de leurs droits. Un monde où il suffit de menacer la planète entière d’une guerre, d’augmenter les droits de douanes, de bombarder un Etat i
France
par Varoujan MARDIKIAN 9 février 2026
La Croix Bleue des Arméniens de France a lancé en Arménie un programme innovant qui permettra à des familles réfugiées d’Artsakh de s’installer dans de bonnes conditions. Pour s’inscrire dans la durée.
par Zmrouthe AUBOZIAN 7 février 2026
Le 17 novembre 2025, médiatisée par les télévisions et les journaux, on apprenait la pose d’une rétine artificielle sur trois patients atteints de la DMLA sèche, atrophique, par le Professeur Laurent Kodjikian, opthalmologue à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Plus d’un million de patients en France sont concernés par cette maladie qui est incurable. Outre la prouesse technologique, c’est un grand espoir pour ceux qui en sont atteints. Rencontre avec le Professeur. France Arménie : Professeur Kodjikian, qu’est-ce que la DMLA sèche, atrophique ? Professeur Kodjikian : La DMLA, dégénérescence maculaire liée à l’âge, atrophique, c’est-à-dire très usée, touche les plus de 60 ans. Elle se caractérise par un point noir au centre mais ce qui est autour se perçoit. La personne n’est pas aveugle, elle peut marcher seule mais elle ne peut plus lire ou rendre la monnaie chez l’épicier. Dans cette maladie, la rétine centrale ou macula, ne comporte plus les photorécepteurs grâce auxquels on peut voir. Ces photorécepteurs sont des cellules qui vont transformer l’image lumineuse en signal électrique qui va du nerf optique au cerveau. Le cerveau dit : “ Je vois une chaise rouge ” ou tout autre chose. Pour ce qui concerne la DMLA humide, elle se soigne par des injections dans l’œil. En quoi consiste l’implant ? L’implant mesure 2mm sur 2 (comme une tête d’aiguille), et a l’épaisseur de 3 microns (la moitié d’un cheveu). Il est glissé sous la rétine à l’endroit de la macula où il n’y a plus de photorécepteurs, lesquels sont remplacés par 378 électrodes qui agissent comme tels. Le dispositif complet est constitué d’une paire de lunettes équipées d’une caméra. Le tout est connecté à un processeur miniature. La caméra va filmer ce que le patient doit lire. Un fil sur le processeur, ou ordinateur de poche, envoie l’information captée et celui-ci procède à la transformation de l’image qui repart dans le fil de la caméra. La caméra envoie dans l’œil en infrarouge pour ne pas l’éblouir, le signal lumineux traité qui retourne dans l’implant et le transforme en signal électrique. Lequel ira jusqu’au cerveau qui l’interprète grâce au nerf optique. L’opération a duré environ une heure et demie, sous anesthésie locale. J’opère seul avec un interne. Quels bienfaits pour le patient ? 38 personnes dans le monde ont déjà été opérées avec succès, 80% ont récupéré une acuité visuelle importante, c’est-à-dire voir plus de 10 lettres, la moyenne en voit plus de 25, avec un gain de 1/10e ou 2/10e. Le meilleur patient mondial est un de mes 3 patients qui a gagné 59 lettres. Les éléments visuels apparaîtront en noir et blanc, les lignes formant des lettres et les lettres des mots. Ce n’est pas un miracle mais c’est un progrès majeur. L’implant ne va pas permettre de lire du jour au lendemain (une longue rééducation est nécessaire). Il n’est pas fait pour regarder la télévision ou conduire sa voiture. Outre les lettres, la rétine artificielle peut aider à visualiser un visage ou des objets. Vous avez déjà opéré trois personnes. Quels résultats chez elles ? Martine, 72 ans, opérée en 2021, a pu percevoir des formes pour la première fois grâce à l’implant rétinien. Les 3 patients vont bien mais Maurice est le seul à utiliser encore quotidiennement ce dispositif. Toutefois, il lit 6 à 7 fois plus lentement que la normale. Son acuité visuelle est remontée à 5/10e. Les deux autres sont trop âgés ou fatigués pour poursuivre des séances d’orthoptie à raison d’une fois par semaine sur un minimum d’un an. Il faut être motivé pour rééduquer l’oeil, lui réapprendre à lire. Quel avenir pour ce genre d’implant ? Les résultats des essais cliniques de cet implant ont été publiés dans The New England Journal of Medicine en octobre 2025. Ils sont suffisamment probants pour que la société qui l’a fabriqué demande une autorisation de commercialisation en Europe. Cette commercialisation permettra éventuellement, plus tard, que son coût, probablement plus de 100 000 euros (totalement gratuit pour les 3 patients lyonnais car inclus dans un essai clinique), soit pris en charge par la Sécurité sociale. Il faut savoir que d’autres essais cliniques sont en cours dans le service du Professeur Kodjikian, aussi bien pour la DMLA atrophique que pour la DMLA humide. Il emploie 4 attachés de recherche clinique pour l’aider et a déjà conduit personnellement le nombre impressionnant de plus de 120 études cliniques en tant qu’investigateur principal. L’intelligence artificielle (IA) permettra-t-elle des avancées ? La société a prévu des implants plus gros, avec plus d’électrodes, une amélioration de la caméra avec un processeur intégré et non plus relié par un fil et enfin l’IA qui devrait permettre d’améliorer le processus du traitement de l’image. Professeur Kodjikian, pouvez-vous nous parler de vous ? Je suis né à Valence d’où mes parents sont originaires. Mes grands-parents, rescapés du Génocide, étaient de Kharpet. J’étais membre de l’UMAF mais j’ai dû en partir car ma carrière me prenait trop de temps. Mais je fais partie de Santé Arménie où j’organise des RCP - réunions de concertation pluridisciplinaires -, avec des ophtalmologues d’Arménie qui exposent leurs cas difficiles. Pour la deuxième année, j’ai pu faire venir deux internes qui ont travaillé dans mon service trois mois, et pour lesquels j’ai réussi à leur faire allouer une bourse de 7 500 euros. J’aide à ma façon l’Arménie. Je me sens arménien et j’ai réussi à transmettre cette arménité à mes enfants. Mon fils de 20 ans est déjà parti deux fois en Arménie. Il adore. Je dois moi-même m’y rendre très prochainement à l’invitation d’un médecin arménien que j’ai reçu à mon congrès national LOR (Lyon-œil-rétine). Laurent Kodjikian est : - Professeur des Universités, praticien hospitalier, classe exceptionnelle, échelon 2, c’est-à-dire l’échelon maximal, - Chef de service adjoint du service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse, CHU de Lyon, - Responsable de l’enseignement de l’ophtalmologie à la Faculté de médecine Lyon-Est de l’Université de Lyon, - Président/Coordonnateur du collège d’ophtalmologie de Lyon -Ancien Président de la Société française d’ophtalmologie (2018-2020). Ses titres sont trop nombreux pour être tous cités. Il est âgé de 53 ans. Il a été nommé Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur en 2021.