Affaire Samvel Karapetian : l'Avertissement de Moscou
Quant au bras de fer entre le pouvoir et Samvel Karapétian, rien ne semble ébranler la détermination de l’homme d’affaires et fondateur du mouvement Mer Dzevov (A notre façon), malgré l’annonce le 17 novembre du retrait de sa licence d’exploitation du réseau de distribution électrique et la décision rendue par le tribunal, le 18 novembre, de prolonger de deux mois sa détention provisoire. Samvel Karapétian a immédiatement lancé un appel à ses partisans, tout en égratignant les autorités. “ En bafouant les valeurs sacrées, en remplissant les prisons, en confisquant des biens et en tentant d’instaurer un climat de peur, vous [les autorités] parviendrez peut-être à vous maintenir au pouvoir six mois supplémentaires, tout au plus. Dans quelques mois seulement, nous nous féliciterons de la victoire de la justice, du rétablissement de la dignité, de la défaite du mal et de l’avènement d’une ère nouvelle de prospérité et de paix pour l’Arménie. ”
La “ petite clique ” au pouvoir à Erévan reste plus que jamais dans son viseur, comme en témoigne son message du 15 décembre : “ En nouant une «amitié» humiliante avec l’Azerbaïdjan et la Turquie, nous n’aurons pas de paix véritable ; en conspirant contre la Russie, nous ne nous sentirons pas en sécurité dans la région ; et en ignorant les intérêts vitaux de l’Iran et de la Géorgie, nous n’aurons pas d’amis dans les moments difficiles. ” A la mi-décembre, Mer Dzevov revendiquait l’adhésion de 12 000 membres.
Les autorités d’Erévan ont beau avoir recruté pas moins de 53 enquêteurs pour charger au maximum l’homme d’affaires, une nouvelle donne risque de compliquer leur tâche : la Russie sort de sa posture d’observateur attentif. Le 20 novembre, le ministère russe des Affaires étrangères déclarait, via sa porte-parole Maria Zakharova, “ [suivre] de près la situation concernant le réseau électrique d’Arménie et Samvel Karapétian ”. Elle rappelait que le groupe Tashir du magnat russo-arménien avait investi environ 700 millions de dollars dans le réseau électrique arménien et avait maintenu les prix de l’électricité quasiment inchangés depuis son rachat à une entreprise russe en 2015. Et d’ajouter : “ Des investissements de 795 millions de dollars étaient prévus pour la période 2024-2034. Nous espérons que les nouveaux dirigeants arméniens seront en mesure de présenter un modèle de gestion plus efficace. Mais ce jugement doit se fonder sur les résultats concrets du réseau électrique d’Arménie. ” Autrement dit, pas sur des considérations politiques.
Le 16 décembre, Mikhaïl Kalouguine, un haut responsable du ministère des Affaires étrangères, a insisté sur le fait que “ Samvel Karapétian est détenu depuis six mois sans jugement ” en Arménie, et révélé que des diplomates russes en poste à Erévan lui ont rendu visite à plusieurs reprises. Il a souligné la “ prudence ” observée par des entrepreneurs russes quant à “ l’avenir de leurs projets en Arménie ”, car “ ils s’interrogent sur la stabilité du climat d’investissement dans le pays, ce qui ne contribuera probablement pas à maintenir la dynamique positive des échanges bilatéraux ”. Leur volume va chuter de 12,4 milliards de dollars en 2024 à 6 milliards de dollars en 2025. Ce mauvais résultat incite les dirigeants russes à rappeler à Erévan qu’il y a “ incompatibilité ” entre sa qualité de membre de l’Union économique eurasienne et une adhésion à l’Union européenne (UE).








