Vers des verdicts lourds, sans surprise

Par Varoujan MARDIKIAN

Le dénouement des procès truqués des prisonniers arméniens est proche. Au-delà des sentences prononcées, quels leviers pourraient être actionnés pour obtenir la libération de ces otages du régime azerbaïdjanais ?

C’est la dernière ligne droite au tribunal de Bakou. Après les réquisitions des procureurs – réclusion à perpétuité pour Arayik Haroutiounian, Lévon Mnatsakanian, Davit Manoukian, Davit Ichkhanian et Davit Babayan, peine de 20 ans contre Arkady Ghoukassian et Bako Sahakian, entre 16 et 20 ans contre les autres prisonniers (1) –, les avocats commis d’office pour « défendre » ces otages ont effectué leurs plaidoiries. L’acquittement a été réclamé pour l’ancien président de l’Artsakh Arkady Ghoukassian, présenté comme “ membre d’aucun groupe criminel ”, l’ancien ministre des Affaires étrangères Davit Babayan, qui “ s’est rendu volontairement ” aux autorités de Bakou, l’ancien commandant en chef adjoint de l’armée Davit Manoukian, un militaire ayant agi “ dans le cadre du règlement et de la discipline militaire ”, ainsi que pour trois autres militaires, Gourguen Stépanian, Vassili Beglarian et Rafik Madatian.

Ces pseudo-défenses ne dupent personne. Mû par des considérations tactiques, le pouvoir azerbaïdjanais sort un stratagème de son chapeau pour créer l’illusion d’un procès équitable. En réalité, il ne subsiste aucun suspense : la plupart des prisonniers seront condamnés à la perpétuité et les autres à des peines avoisinant les 20 ans. Comment pourrait-il en être autrement, au regard de toutes les irrégularités, manœuvres et accusations fabriquées de toutes pièces – maintes fois détaillées dans ces colonnes – qui ont émaillé le déroulement des procès, ainsi que des tortures et mauvais traitements infligés aux prisonniers durant leur détention !
Pour autant, la mobilisation en faveur de la libération des otages arméniens du régime de Bakou ne faiblit pas. En France, le groupe d’amitié France-Arménie à l’Assemblée nationale, présidé par Laurent Wauquiez, a manifesté sa volonté d’interpeller le gouvernement français sur cette question, de nombreux élus ont dénoncé cette mascarade judiciaire et réclamé l’envoi d’obervateurs internationaux, et 33 parlementaires membres du Cercle d’amitié France-Artsakh ont appelé la communauté internationale à œuvrer pour la libération des prisonniers arméniens.

On relèvera également le vœu présenté au Conseil de Paris par Rachida Dati, qui demande “ la protection et la libération immédiate des prisonniers politiques arméniens ” détenus en Azerbaïdjan… après avoir étalé au grand jour, sans vergogne, ses accointances avec le régime d’Aliev ! A trois mois des élections municipales en France, la candidate à la mairie de Paris se livre à une vulgaire manœuvre électoraliste. Irait-elle jusqu’à prêcher la bonne cause, à Bakou, en demandant à rencontrer les otages ? Histoire de faire mine de restaurer un semblant de crédibilité…

En France comme à l’étranger, de nombreuses ONG de défense des droits de l’Homme maintiennent cette question sur le devant de la scène. Sur le plan politique, le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères s’est insurgé le 9 décembre contre l’emploi par l’Union européenne (UE) du mot “ prisonniers ” dans le document détaillant l’accord sur l’Agenda stratégique pour le partenariat UE-Arménie (2), signé quelques jours auparavant à Bruxelles. Pour la diplomatie azerbaïdjanaise, faire de leur libération une priorité “ constitue une grave distorsion de la réalité et est inacceptable ”.

 A Erévan, le discours se décoince

A ce stade, tous les regards sont tournés vers l’Arménie. Accusés d’inaction, de toutes parts, sur la question des prisonniers, les dirigeants arméniens ont servi longtemps la même antienne : nous ne cessons d’œuvrer en coulisses sans nous répandre en déclarations publiques, pour ne pas nuire au sort des prisonniers.
Depuis quelques semaines, toutefois, leur attitude semble avoir quelque peu évolué. Le 20 novembre, le Premier ministre Nikol Pachinian révélait s’être entretenu trois jours auparavant avec la sous-secrétaire d’Etat américaine Allison Hooker, en visite à Erévan pour examiner les modalités pratiques liées au fonctionnement de la Route Trump. “ Durant cette rencontre, a-t-il souligné, j’ai spécifiquement abordé ce sujet [des prisonniers arméniens], en rappelant que le président Trump s’était engagé, y compris publiquement, à régler cette question. J’ai présenté nos actions menées sur cette question au niveau bilatéral et j’ai demandé à la sous-secrétaire d’Etat américaine de fournir des informations sur les efforts déployés par les Etats-Unis en ce sens. Je lui ai également demandé de maintenir cette question sous le feu des projecteurs. ” Rien, en revanche, n’a filtré sur la réaction d’Allison Hooker.

En visite le 9 décembre en Allemagne, Nikol Pachinian a répondu à la question d’un participant à une table ronde : “ C’est une question délicate. Nous sommes convaincus qu’elle sera plus facile à aborder dans un climat de coopération et de paix que dans un climat de conflit. Mais à mesure que nous progressons vers une paix durable, il devient de plus en plus réaliste d’envisager une résolution progressive de ce problème. Instaurer la paix, c’est aussi résoudre d’autres problèmes. C’est notre vision. ”
Le flot des critiques qui se sont abattues sur les dirigeants arméniens a-t-il fini par infléchir leur attitude ? A moins que les suites du sommet de Washington (en particulier la décision d’Ilham Aliev de lever l’embargo sur le transit de marchandises vers l’Arménie) aient donné à Erévan des raisons d’espérer que le sort des prisonniers ne soit pas définitivement scellé, au-delà des verdicts rendus par le tribunal. Les propos tenus par Nikol Pachinian en Allemagne le laissent croire.
L’engagement pris par l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le 8 août à Washington, d’abandonner les recours auprès des tribunaux internationaux excluant toute perspective de règlement juridique, le sort des prisonniers risque fort de dépendre de l’évolution du processus de paix. Or, le mener jusqu’à son terme présuppose une situation politique intérieure suffisamment stable dans les deux pays. Si la question ne se pose pas en Azerbaïdjan, il n’en va pas de même en Arménie, où l’administration Pachinian déploie tout son arsenal répressif pour museler une contestation grandissante, à l’approche des législatives de juin 2026.
Une libération des prisonniers avant cette échéance serait pain béni pour Nikol Pachinian, dans l’optique de sa réélection. Ilham Aliev, lui, a tout intérêt à contribuer au maintien en poste de celui qui a accédé jusqu’à présent à toutes ses exigences. Le président azerbaïdjanais consentirait-il à grâcier les prisonniers pour aider son « partenaire » du processus de paix à rempiler ? L’hypothèse ne pourrait éventuellement prendre corps qu’au prix d’une nouvelle concession d’Erévan, à savoir l’adoption d’une nouvelle Constitution, programmée dans la foulée des législatives.

Et si Ilham Aliev rejetait catégoriquement toute idée d’amnistie ? La Russie, pour l’heure, demeure mutique sur cette affaire. L’UE se contente de rappels de principe. Mais surtout, nul ne sait si Donald Trump compte remplir son engagement pris le 8 août à Washington, devant Nikol Pachinian, d’intercéder auprès du président azerbaïdjanais sur cette question des prisonniers. Enverrait-il son émissaire Steve Witkoff – déjà mandaté sur les crises ukrainienne et moyen-orientale – jouer les Monsieur bons offices entre Erévan et Bakou pour régler ce dossier ?

Problème : le locataire de la Maison-Blanche a envoyé un bien mauvais signal, le 3 décembre, en grâciant le Représentant démocrate du Texas Henry Cuellar, qui avait été inculpé en 2024 pour avoir accepté environ 600 000 dollars de pots-de-vin de l’Azerbaïdjan en échange de la promotion des intérêts de Bakou au Congrès américain, au détriment des droits des Arméniens.
S’engager auprès des Arméniens en août, les trahir et les humilier en décembre. Signé Trump ! 

(1) Les auditions des “ témoins ” se poursuivent dans le procès de Rouben Vardanyan, jugé séparément des sept autres anciens dirigeants de la République d’Artsakh. 
(2) Lequel vise à consolider l’Accord de partenariat global et renforcé signé entre Bruxelles et Erévan en 2017.

par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.
par La Rédaction 27 juin 2026
Retrouvez le sommaire de notre numéro de Juillet Aout 2026
par La Rédaction 27 juin 2026
Notre numéro de juillet-aout 2026 est parti chez nos abonnés avec en couverture Simon Abkarian pour son rôle majeur dans le film De Gaulle. L'occasion de se poser la question si ce refus de la capitulation et ce choix de la résistance chez De Gaulle n'est pas l'exemple à suivre pour les Arméniens. Nous revenons aussi sur les élections législatives en Arménie et la victoire contestée de Nikol Pachinian, mais nous aurons aussi une large page culture et 2 reportages photos sur le Siunik à emmener aec vous sur les plages, la montagnes ou en Arménie cet été.
par ZMROUTHE AUBOZIAN 23 juin 2026
« Les Journées Adamov en Arménie » constituent un projet porté par la Cie Saté-Âtre afin de promouvoir le théâtre contemporain français en Arménie tout en valorisant la culture arménienne en France et à l’international. Redécouvrir l’œuvre d’Arthur Adamov s’inscrit pleinement dans cette démarche : dramaturge majeur du XX e siècle, il représente un véritable pont culturel entre les deux pays.