Siranush Sahakian : “ Punir le Karabagh en condamnant ses dirigeants à la perpétuité ”

Par Vahé TER MINASSIAN - Envoyé spécial à Erevan

 Ancienne juge ad hoc auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) à Strasbourg, l’avocate Siranouch Sahakyan, dirige à Erevan le Centre de droit international et comparé (I.C. Law). Elle assure la défense de plusieurs des 23 prisonniers arméniens officiellement détenus par l’Azerbaïdjan parmi lesquels Lyudvig Mkrtchyan et Ruben Vartanyan.

France Arménie : Où en sont les procès des prisonniers arméniens détenus à Bakou ?
Siranouch Sahakyan : Presque sur la fin. Les avocats commis d’office ont commencé leurs plaidoiries. On en arrivera bientôt à l’étape des délibérations. Je pense que les deux procès en cours seront terminés d’ici la fin de l’année 2025. Je n’ai aucun doute sur leurs résultats. Les procureurs ont réclamé la perpétuité contre Arayik Harutunyan et David Babayan. Vingt ans de prison contre Bako Sahakian et Arkady Ghougassian. Et des peines allant de 16 à 19 ans de prison pour les autres.

A l’issue des condamnations quels seront les recours ?
Dans un pays comme l’Azerbaïdjan, saisir la Cour d’appel et la Cour de cassation n’a aucun sens. A mon avis, le cas de ces prisonniers devrait être porté directement devant une juridiction internationale comme la CEDH (Cour européenne des droits de l’Homme).

Comment est organisée la défense des 23 prisonniers arméniens ?
Mon cabinet représente l’un des détenus devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Le cas des 22 autres est traité dans le cadre des plaintes déposées par l’Etat arménien contre l’Azerbaïdjan devant la Cour internationale de Justice (CIJ) et la CEDH. A cela s’ajoutent les affaires concernant les 210 anciens prisonniers arméniens d’Azerbaïdjan. Ces derniers sont défendus pour moitié par mon équipe et pour moitié par le gouvernement arménien.
Toutes ces procédures sont en attente de jugement. Malheureusement, comme vous le savez, l’article 15 du projet de traité de Paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan prévoit un retrait de toutes les plaintes déposées par Erevan devant les juridictions internationales. C’est très grave et totalement inacceptable. Si cela arrive, des dizaines de milliers d’habitants du Karabagh vont se retrouver privés de recours.

Qui sont les prisonniers ?
On peut distinguer deux groupes. Le premier est constitué de cinq personnes capturées en 2020 dont les procès se sont terminés par des condamnations à 15 ou 20 ans de prison. Deux d’entre eux, Lyudvig Mkrtchyan (que je représente) et Aliocha Khosrovian, étaient des engagés volontaires, et deux autres, Kévork Susyan et Davit Davtyan, des civils, interpellés après la signature du cessez-le-feu alors qu’ils acheminaient de l’aide humanitaire à Stépanakert. A cela s’ajoute le cas de Vicken Euljekjian, un citoyen arméno-libanais que Bakou essaie de présenter comme un mercenaire étranger mais dont le seul tort a été d’être allé récupérer des effets personnels à Chouchi alors que la ville était passée sous le contrôle des forces azerbaïdjanaises. Pourquoi ces gens n’ont-ils pas été libérés quand d’autres l’ont été dans le cadre des échanges de prisonniers entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ? Je pense qu’il faut invoquer des raisons politiques. En s’en prenant à Alyosha Khosrovian et à Lyudvig Mkrtchyan, des anciens combattants de la première guerre du Karabagh (1992-1994), Bakou cherche à humilier les forces armées arméniennes. Les manipulations autour du cas de Vicken Euljekjian visent à contrer les accusations d’emploi de mercenaires syriens par le gouvernement azerbaïdjanais. Quant à Kévork Susyan et Davit Davtyan, il semble qu’ils aient multiplié les critiques à l’encontre de Mehriban Aliyeva, l’épouse du président Aliev sur les réseaux sociaux. Pour éviter de les renvoyer en Arménie, les autorités azerbaïdjanaises leur ont retiré le statut de prisonniers de guerre et les ont poursuivis pour des crimes internationaux inventés de toutes pièces. Ces jeunes gens sont victimes de la vengeance des hauts dignitaires du régime.

Et le second groupe ?
Il réunit les 18 personnes arrêtées en 2023. Parmi elles, deux furent capturées pendant le blocus de l’Artsakh et condamnées pour avoir prétendument participé à des massacres de civils au cours de la première guerre du Karabagh de 1992-1994. Il s’agit de Vagif Khatchadrian, un malade interpellé le 29 juillet dans le couloir de Latchine alors qu’il était sous la protection du CICR. Et de Rashid Beglaryan, un habitant d’un village enclavé qui avait franchi par mégarde les lignes azerbaïdjanaises.
Les seize autres personnes dont les procès sont sur le point de s’achever à Bakou ont été interpellées après l’attaque du 19 septembre 2023 lancée par les forces azerbaïdjanaises contre l’Artsakh. Huit sont de simples citoyens qui ont participé, comme volontaires, aux opérations d’autodéfense du territoire (1). Et les huit autres sont d’anciens dirigeants de la République du Karabagh. Il s’agit des trois ex-chefs de l’Etat Arayik Harutunyan (2020-2023), Bako Sahakian (2007-2020) et Arkady Ghoukasian (1997-2007), du président du Parlement Davit Iskhanian (août-octobre 2023), des ex-ministre des Affaires étrangères et chef du gouvernement David Babayan (2021-2023) et Ruben Vartanyan (novembre 2022-février 2023) ainsi que des anciens commandant et vice-commandant de l’armée d’autodéfense de l’Artsakh, Lévon Mnatsakanyan et Davit Manukian.
Tous font face aux mêmes chefs d’accusation mais Ruben Vartanyan fait l’objet d’une procédure judiciaire séparée. On n’en voit pas bien la raison sinon qu’il est le seul des seize à avoir fait appel à un avocat privé. Ces procès se déroulent à huis clos devant des tribunaux militaires. Et à part les représentants des médias d’Etat azerbaïdjanais personne ne peut y assister. Le premier défenseur de Ruben Vartanyan a été le seul à fournir des informations. Du moins au début, puisqu’il a depuis été remplacé par un autre avocat, puis encore un autre qui vient d'être limogé.

Pourquoi le gouvernement azerbaïdjanais fait-il de la publicité autour de ces procès ? Quel est l’objectif de cette mise en scène ?

Il s’agit de présenter l’exercice du droit à l’autodétermination de l’Artsakh comme un acte illégal. En jugeant les anciens dirigeants, Bakou souhaite accréditer la thèse selon laquelle la république du Karabagh avec ses 150 000 habitants et son armée était une entité terroriste. Ce qui est une aberration. Le Conseil de sécurité de l’ONU dispose des moyens de sanctionner des actes d’autodétermination, contraires au droit international. Il a, par exemple, considéré en 1983 que la déclaration d’indépendance de Chypre du Nord violait l’intégrité territoriale de la république de Chypre et appelé la communauté internationale à ne pas reconnaître cet Etat. Malgré quatre résolutions des Nations unies le concernant, le Karabagh n’a jamais fait l’objet d’une telle procédure. Pourquoi ? Parce que sa constitution sous forme d’un Etat indépendant n’était pas illégale. Si vraiment le Karabagh était un repaire de “ terroristes ” comme l’affirme Bakou, comment expliquer que les médiateurs du groupe de Minsk de l’OSCE aient discuté pendant trois décennies avec ses représentants, c’est-à-dire précisément les personnes incarcérées à Bakou ? Pourquoi les Etats-Unis ont-ils fourni, via l’organisme USAID, une aide financière à ce territoire ? Comment se fait-il que le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) ait, durant trente ans, maintenu une antenne à Stépanakert ? 

La déclaration d’indépendance du Karabagh a précédé celle de l’Azerbaïdjan. Mais même à supposer qu’elle ait violé des lois azerbaïdjanaises, les tribunaux de Bakou ne seraient pas pour autant compétents pour juger ces individus. J’en veux pour preuve l’exemple en 2017 du référendum d’indépendance de la Catalogne dont les organisateurs qui ont fui à l’étranger n’ont pas été renvoyés en Espagne, au motif que la Justice de ce pays n’était pas perçue comme objective dans cette affaire. Et il s’agit de l’Espagne ! Pas d’un Etat aussi arriéré en matière de droit que l’Azerbaïdjan dont le système judiciaire, entièrement au service de l’administration présidentielle, est utilisé comme un instrument de répression contre les journalistes ou les défenseurs de droits de l’Homme. 

Toutes les règles ont été violées. Comment peut-on poursuivre des gens pour avoir pris part à des opérations d’autodéfense conformément aux lois qui étaient alors en vigueur dans leur pays ? Pourquoi des civils comme Ruben Vartanyan sont-ils jugés par des tribunaux militaires ? Qu’en est-il des droits de la défense ? Mes compétences sont reconnues par la Cour européenne des droits de l’Homme et pourtant, malgré plusieurs tentatives, je n’ai jamais pu rencontrer mon client afin de lui apporter l’assistance juridique à laquelle il a droit. Et je ne suis pas la seule. Un avocat français a tenté la même démarche sans succès. Ainsi que Jared Genser, le défenseur américain de Ruben Vartanyan. Certes, en Azerbaïdjan, des avocats commis d’office sont officiellement chargés de la défense de nos otages. Sauf qu’ils n’ont aucune indépendance et travaillent pour le parquet : leurs demandes de libération sont de la poudre aux yeux !

Ces procès sont des farces judiciaires. Des informations, arrachées sous la torture, sont présentées aux audiences et des témoins qui n’ont jamais rencontré les prévenus défilent à la barre pour raconter n’importe quoi. Ruben Vartanyan s’est retrouvé accusé d’avoir participé à des opérations militaires au Karabagh dans les années 1980-1990, à un moment où il vivait en Russie ! Je n’ai aucun doute sur les condamnations qui seront prononcées par la Cour. Les anciens dirigeants obtiendront des peines de perpétuité car l’objectif est de punir l’Artsakh pour avoir exercé son droit à l’autodétermination et de mettre en cause l’Arménie pour sa pseudo-occupation d’un territoire azerbaïdjanais.


Le CICR qui visitait régulièrement les prisonniers à Bakou a annoncé son départ d’Azerbaïdjan... 

Le CICR a officiellement quitté l’Azerbaïdjan en septembre dernier. Mais sa dernière visite aux détenus remonte au mois de juin 2025. Depuis cette date, plus aucun représentant d’une organisation indépendante, qu’il s’agisse d’un avocat ou d’un médecin, n’a pu rencontrer les prisonniers. Ces derniers sont maintenus à l’isolement : les condamnés dans la prison de haute-sécurité de Gobustan, les autres dans les locaux du Service national de sécurité (NSS) d’Azerbaïdjan à Bakou. Les seuls renseignements dont nous disposons proviennent des coups de téléphone reçus par les familles, une fois par mois ou tous les deux mois pour les condamnés, une fois par semaine pour les autres. Ces appels sont très brefs et surveillés. Mais selon le ton et l’humeur, les proches parviennent à évaluer sur la situation psychologique ou l’état de santé de ces personnes. Nous avons appris que Vicken Eukjekian recevait très peu de nourriture, même pas des pommes de terre, et qu’il avait des problèmes d’habillement. Une autre fois, nous avons découvert qu’un des condamnés avait l’intention de se suicider. 

Les autorités de Bakou déclarent que la Défenseure des droits de la république d’Azerbaïdjan rencontre régulièrement ces prisonniers. Mais celle-ci n’a aucune crédibilité. Son époux est un haut dirigeant azerbaïdjanais et elle est très mal classée par les organismes internationaux chargés d’évaluer le niveau d’impartialité des personnalités nommées à ces postes. Et il y a bien d’autres anomalies. Plusieurs des prisonniers sont des citoyens arméniens qui auraient dû recevoir la visite des services consulaires de leur pays. Or, ce n’est pas le cas. Ce qui constitue une violation des conventions internationales, même si l’Arménie qui aurait pu se faire représenter par un Etat tiers a aussi sa part de responsabilité.

Le seul élément positif dont nous disposons est que nous avons récemment découvert par une déclaration du Département américain que des employés de l’ambassade des Etats-Unis assistaient aux procès “ lorsque cela est possible ”. Cela nous a permis de comprendre que la présence de diplomates à certaines audiences n’était pas exclue. Et de demander à plusieurs pays dont la France d’effectuer la démarche. Mais nous n’avons aucune illusion. La torture est une pratique courante en Azerbaïdjan. Les témoignages des anciens détenus arméniens font tous état de passages à tabac et d’humiliations répétées. Il faut rappeler que plus de 80 personnes dont nous disposons d’une preuve de vie sont toujours portées disparues au Karabagh. Il ne fait aucun doute que certaines d’entre elles ont été tuées à la suite des violences dont elles ont été victimes après leurs captures.


Avant son départ d’Azerbaïdjan, le CICR a annoncé qu’il négociait avec les autorités azerbaïdjanaises en vue de maintenir des visites. Qu’en est-il ? 

Le CICR demande à ce que ses autres bureaux dans la région ou des représentants de pays tiers soient autorisés à effectuer ces visites. Très bien qu’il négocie, nous n’avons rien à redire à cela. Mais quel est le résultat de ces négociations ? Nous sommes au mois de décembre 2025 et cela fait sept mois que ces prisonniers sont à l’isolement ! Il a pu leur arriver n’importe quoi au cours de cette période.


Exercer des pressions juridiques sur l’Azerbaïdjan pour obtenir la libération de ces prisonniers risque d’être difficile. La solution est-elle diplomatique ?

Je pense que le retour des prisonniers devrait être un préalable à toute signature d’un accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Malheureusement, Bakou se sert de ces personnes comme d’un moyen de pression sur l’Arménie. Si Erevan satisfait ses exigences alors peut-être qu’il les libérera au compte-gouttes mais si Erevan résiste aux pressions, il les gardera. Et il ne restera plus que la voie juridique. 


Le 15 septembre 2025, les agences de presse azerbaïdjanaises ont annoncé l’arrestation à la suite d’un mystérieux échange de coups de feu avec la police, de Karen Avanesyan, l’un des rares Arméniens restés à Stépanakert...

Oui effectivement. Cette personne a été récemment déférée devant un tribunal de Gandja. Nous ne savons pas grand-chose sur les circonstances de son arrestation. Des confrères arméniens ont porté l’affaire devant la CEDH qui a demandé à avoir accès au dossier. Une procédure est en cours en vue d’obtenir des mesures de protection et un droit de mise en relation avec la famille. 

(1) David Allaverdyan, Lévon Balayan, Vassili Beglaryan, Garik Martrosyan, Melikset Pashayan, Gurgen Stépanyan, Erik Ghazaryan et Madat Babayan. 


4 avril 2026
Le 24 avril 2026, la France commémorera le 111e anniversaire du génocide des Arméniens, reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. À cette occasion, le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) appelle solennellement à une mobilisation massive de l’ensemble de la communauté arménienne, de ses amis et de tous les défenseurs des droits de l'Homme. Cent onze ans après l’extermination planifiée de plus d’un million et demi d’Arméniens par l’Empire ottoman, ce crime imprescriptible demeure, aujourd’hui encore, nié par son État héritier, la Turquie. Ce négationnisme d’État, persistant et organisé, constitue une violence supplémentaire faite à la mémoire des victimes et à leurs descendants. Il demeure un obstacle majeur à toute perspective de réconciliation fondée sur la vérité, la justice et la paix. Aucune réconciliation, ni stabilité durable ne saurait faire l’économie d’une reconnaissance pleine et entière de ce génocide, ainsi que de celui, concomitants des Assyro-Chaldéens et des Grecs qui ont fait des centaines de milliers de victimes. L’impunité fait le lit de la récidive : Ainsi plus d’un siècle après 1915, les menaces qui pèsent sur le peuple arménien n’ont pas disparu. Au contraire, elles se sont réactivées sous d’autres formes. Après le nettoyage ethnique de l’Artsakh, vidé de sa population arménienne dans des conditions qui ont bouleversé la conscience internationale en 2023, la République d’Arménie elle-même demeure confrontée à des pressions existentielles. Ces développements s’inscrivent dans une continuité idéologique inquiétante, nourrie par des logiques panturquistes et totalitaires qui prolongent, sous des formes contemporaines, les ambitions qui avaient conduit à l’anéantissement de 1915. La collusion manifeste entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, dans leurs politiques à l’égard des Arméniens, témoignent de cette continuité. Face à cette réalité, la commémoration du 24 avril ne saurait se réduire à un simple devoir de mémoire. Elle constitue aussi un acte de vigilance, un engagement pour l’avenir, un refus de l’oubli et de l’indifférence, un moment pour réaffirmer les droits imprescriptible des victimes à la vérité et à des réparations. Elle est un moment de rassemblement pour affirmer, avec force, que les crimes contre l’humanité ne peuvent rester impunis, ni se répéter dans le silence du monde. En France, cette commémoration revêt une dimension particulière. Instituée comme journée nationale de commémoration du génocide des Arméniens, elle engage la République et ses valeurs. Elle rappelle que la lutte contre le négationnisme, le racisme et les violences de masse est au cœur de notre pacte démocratique. En ce 111e anniversaire, le CCAF appelle : à honorer la mémoire des victimes du génocide ; à exiger la reconnaissance officielle et sans ambiguïté de ce crime par la Turquie ; à défendre le droit à la sécurité et à l’existence de la République d’Arménie ; à soutenir le droit au retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres ; à obtenir la libération immédiate des prisonniers et otages arméniens détenus en Azerbaïdjan ; à faire vivre, partout en France, les valeurs de justice, de dignité et de vérité. Le CCAF appelle l’ensemble des citoyens, les élus, les institutions, les associations et les forces vives de la Nation à se joindre massivement aux commémorations organisées sur tout le territoire le 24 avril 2026 . Le 24 avril, soyons unis, nombreux et déterminés.
par Harout Mardirossian 3 avril 2026
Bienvenue sur le nouveau site Internet de France Arménie. Nous espérons qu'il vous plaira et que vous retrouverez ainsi toutes les informations de notre journal. Progressivement en tenant compte des remarques, nous allons l'améliorer et publié plus régulièrement des articles. Notre rubrique Archives qui renvoie vers les numéros gratuits et pour nos abonnés vers les anciens numéro sera complété prochainement par l'ensemble des numéros depuis la création de France Arménie en Avril 1982 dans le cadre du projet de numérisation que nous avons engagé et qui est en bonne voie. Vous pouvez aussi vous abonner en ligne ou faire un don pour aider France Arménie à continuer à se développer. Bonne lecture et encore merci de votre soutien !
par La Rédaction 20 mars 2026
Le sommaire de notre numéro 539 d'avril 2026
par Harout MARDIROSSIAN 20 mars 2026
En ce mois d’avril, France Arménie fête ses 44 ans, et reste le plus ancien journal arménien en activité de la Diaspora française. Au moment où vous allez ouvrir ce magazine chez vous, je vous invite, si vous avez un ordinateur, une tablette ou votre téléphone, à vous rendre sur le site france-armenie.fr. En effet, comme nous nous y étions engagés, notre site a fait peau neuve. Vous y retrouverez les articles parus depuis le début de l’année dans la version papier. Nos archives aussi ont été totalement numérisées grâce à votre soutien financier et vont s’insérer prochainement dans ce nouveau site. Tout en conservant notre version papier, vous pourrez retrouver sur le site france-armenie.fr, chaque jour, chaque semaine, des articles d’analyse et de décryptage de l’actualité arménienne faisant plus que jamais de France Arménie, le lien précieux entre tous les Arméniens. Mais, vous le savez, l’actualité de qualité a un coût et dans un contexte économique compliqué et la baisse des recettes publicitaires, plus que jamais nous avons besoin de vous car nous ne voulons pas voir s’arrêter la formidable aventure que constitue France Arménie. Face aux fake news, à l’IA, à tous les faux comptes sur les réseaux sociaux qui distillent quotidiennement la haine et le mensonge, les médias comme le nôtre sont, eux, périssables. Aussi, nous comptons sur vos abonnements, vos publicités et surtout sur vos dons pour pérenniser ce magazine et désormais sa version en ligne. Ce constat est d’autant plus vrai quand on regarde le climat délétère dans lequel l’Arménie sombre chaque jour, quand on voit les reculs de la Cause arménienne comme par exemple le licenciement d’Edita Gzoyan, la directrice du Musée du Génocide de Dzidzernagapert, pour avoir remis un livre sur l’Artsakh à JD Vance. Car dans cette Arménie, il ne faut plus prononcer le mot Artsakh, ne plus regarder l’Ararat, ne plus être fier de son histoire millénaire. Au contraire, il faut dénigrer son Eglise, sa Constitution, ses journalistes, ses chercheurs… Dans cette « Arménie réelle », on peut s’attendre à tout et notamment à un usage immodéré et partisan de la Justice pour régler des comptes avec ses opposants et se maintenir au pouvoir sous le regard bienveillant de l’Europe. On peut donc envisager, sans trop se tromper, que tout sera mis en œuvre pour assurer la victoire du pouvoir en place, au nom de la paix et de la démocratie. Tout cela pour plaire et complaire à la Turquie et à l’Azerbaïdjan pour une paix dont on sait qu’elle n’est pas garantie car aucun garant, pas même Trump et encore moins Macron, ne se portera au secours de l’Arménie si elle devait être menacée. L’Iran, le Liban, la Syrie, le Vénézuela, l’Ukraine, Gaza et la Palestine sont des exemples frappants que l’ordre mondial est en train de vaciller et qu’il faut se préparer à toutes les éventualités. En ce sens, l’Arménie et l’Artsakh ont servi de terrains de tests pour ce que nous voyons aujourd’hui. A partir du moment où l’Azerbaïdjan use de la force pour procéder à un nettoyage ethnique, un génocide, sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt, n’impose des sanctions et qu’elle se contente de promettre de l’aide humanitaire tout en faisant le commerce du gaz et du pétrole avec le bourreau d’un peuple, pourquoi en serait-il autrement pour ces autres pays, ces autres peuples ? Deux choix s’offrent désormais à nous, Arméniens de France : marcher la tête baissée, courber l’échine ou marcher la tête haute, continuer à revendiquer inlassablement « Justice pour le peuple arménien », être solidaire de sa Mère Patrie et œuvrer pour son indépendance et sa sécurité. Les commémorations du 24-Avril prochain nous donneront de nouveau l’occasion de répondre à ce choix. Il y aura ceux qui resteront chez eux à commémorer intérieurement et il y aura, nous l’espérons, la très grande majorité qui participera activement pour que vive la Cause arménienne.
par Harout MARDIROSSIAN 25 février 2026
Le 3 février, l’Assemblée nationale française, à l’unanimité, a adopté une résolution demandant la libération des otages arméniens retenus à Bakou. Quelques jours plus tard, la plupart d’entre eux ont été condamnés pour l’exemple à la prison à vie. Le 17 février, Rouben Vartanian a été lui condamné à 20 ans de prison. Des otages dont le seul crime est d’avoir voulu défendre le droit à l’autodétermination des peuples, droit reconnu par la charte de l’ONU, droit qui est en train de s’effondrer sous les coups de boutoirs de Trump, Erdogan, Aliev ou Netanyahu. Il est évident pour tous que ces procès et ces peines de prison à vie sont des farces grotesques mises en place uniquement pour pouvoir justifier le nettoyage ethnique de l’Artsakh, faire chanter le gouvernement arménien et imposer le silence à la communauté internationale. Mais face à ce chantage, le gouvernement arménien pratique la politique de l’autruche et n’instaure aucune pression de peur que cela compromette le plan de paix négocié par Trump et les milliards de dollars annoncés. Or négocier, ce n’est pas n’avoir aucune exigence et céder sur tout. C’est avoir dans sa main des atouts que l’on met en avant dans la discussion pour équilibrer les points de vue. Affirmer le droit au retour des Arméniens en Artsakh, défendre la non-destruction du patrimoine arménien d’Artsakh, exiger la libération d’otages détenus illégalement, exiger le retrait du territoire souverain de l’Arménie, exiger des réparations pour le génocide commis en 1915 et le nettoyage ethnique de 2023 sont une partie des atouts que l’Arménie doit avoir dans sa main. L’atout le plus important étant le soutien des pays amis, comme la France ou les Etats-Unis, grâce au travail de fond mené par sa diaspora depuis plus de 50 ans. Mais voilà, le gouvernement arménien préfère se tromper d’ennemis. Au lieu de valoriser ses atouts, au lieu de les utiliser dans la négociation avec la Turquie et l’Azerbaïdjan en s’appuyant sur la France, la Russie ou les Etats-Unis, Nikol Pachinian préfère considérer comme des “ extrémistes ” mettant en péril l’indépendance de l’Arménie tous ceux qui défendent les droits légitimes du peuple arménien. Ainsi en est-il de l’Église arménienne et de son Catholicos qui est désormais empêché de quitter l’Arménie sous un prétexte fallacieux. Nikol Pachinian a récemment considéré les sermons prononcés dans les églises qui défendent l’unité avec l’Artsakh et les droits du peuple arménien comme comparables à “ l’islam radical ”. Tout cela pour justifier la répression politique engagée contre l’Eglise arménienne pour la réduire au silence, pour la mettre en position d’otage comme le sont déjà les minorités arméniennes en Turquie et dans le Moyen-Orient. Quant aux satrapes du pouvoir arménien, y compris ici en France, ils préfèrent qualifier tout soutien à la Cause arménienne, tout soutien à l’Église arménienne, d’agents de la Russie. Mais qui, si ce n’est leur champion, vient de se qualifier “ d’ami très proche de Poutine et de Michoutsine ” et d’indiquer au lendemain de la visite en Arménie de JD Vance “ que la Russie resterait un partenaire stratégique pour l’Arménie ” ? Ce qui serait acceptable pour Pachinian serait inacceptable pour ses opposants et devrait les conduire en prison ? Soyons sérieux ! Et puisqu’ils n’ont que la légitimité d’un “ gouvernement démocratiquement élu ” à la bouche, rappelons à ces nervis, qu’en 2018 et en 2021, Nikol Pachinian s’est fait élire sur un programme soutenant l’Artsakh et son droit à l’autodétermination, défendant comme à Sardarabad en 2018 la Cause arménienne, affirmant que chaque cm2 du territoire arménien serait défendu les armes à la main. Aussi, lorsqu’il accomplit chaque jour strictement le contraire, c’est lui qui trahit la confiance de ses électeurs et de son peuple, pas l’Église arménienne qui, depuis Khrimian Haïrig, reste fidèle à son rôle de défenseur de l’unité du peuple arménien autour de ses droits légitimes et ce, sous tous les régimes, qu’ils soient ottoman ou soviétique. Là est la vérité !
24 février 2026
Notre numéro de mars est parti pour nos abonnés avec en une les otages arméniens détenus à Bakou dont les condamnations à vie viennent d'etre prononcées alors qu'en France l'Assemblée Nationale les a soutenu dans une résolution votée à l'unanimité. Ce numéro revient aussi sur le diner du CCAF, qui a été une nouvelle fois le rendez-vous de l'amitié franco arménienne. Vous trouverez aussi un très beau reportage sur les Arméniens du Dersim et toute l'actualité politique, diplomatique et culturelle de l'Arménie et des Arméniens.
par Armenag BEDROSSIAN 19 février 2026
Le 17 février, le révérend Jesse Jackson, figure du combat des droits civiques aux Etats-Unis est décédé à l'âge de 84 ans. Proche de Martin Luther King, premier candidat noir à la présidence des Etats-Unis, le révérend Jackson a utilisé sa voix non seulement sur la scène politique américaine, mais aussi sur la scène internationale. Ainsi, il s’est rendu en Arménie quelques jours après le tremblement de terre dévastateur de 1988 pour accompagner une partie de l’aide humanitaire récoltée par la communauté arménienne des Etats-Unis, en voulant marquer sa solidarité avec le peuple arménien. En février 1989, à la cathédrale arménienne Saint-Vartan à New York, il a participé à une cérémonie œcuménique en compagnie de Sa Sainteté Vasken Ier, Catholicos de tous les Arméniens, et de Sa Sainteté Karekin II Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, réunis pour lever des fonds en faveur de l’Arménie. Lors de cette cérémonie, avec son charisme et son éloquence légendaire, le Révérend Jackson a exhorté les dirigeants mondiaux à mettre de côté les rivalités de la Guerre froide et à répondre avec compassion et soutien humanitaire à l’Arménie. L’Église apostolique arménienne lui a rendu hommage à l’occasion de son décès.
image edito
par Harout MARDIROSSIAN 10 février 2026
Le monde selon Trump, Poutine, Erdogan, Netanyahu, Khamenei ou Aliev fait peur. Un monde où la loi du plus fort s’impose au mépris de la volonté des peuples, de leurs histoires et de leurs droits. Un monde où il suffit de menacer la planète entière d’une guerre, d’augmenter les droits de douanes, de bombarder un Etat i
France
par Varoujan MARDIKIAN 9 février 2026
La Croix Bleue des Arméniens de France a lancé en Arménie un programme innovant qui permettra à des familles réfugiées d’Artsakh de s’installer dans de bonnes conditions. Pour s’inscrire dans la durée.
par Zmrouthe AUBOZIAN 7 février 2026
Le 17 novembre 2025, médiatisée par les télévisions et les journaux, on apprenait la pose d’une rétine artificielle sur trois patients atteints de la DMLA sèche, atrophique, par le Professeur Laurent Kodjikian, opthalmologue à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Plus d’un million de patients en France sont concernés par cette maladie qui est incurable. Outre la prouesse technologique, c’est un grand espoir pour ceux qui en sont atteints. Rencontre avec le Professeur. France Arménie : Professeur Kodjikian, qu’est-ce que la DMLA sèche, atrophique ? Professeur Kodjikian : La DMLA, dégénérescence maculaire liée à l’âge, atrophique, c’est-à-dire très usée, touche les plus de 60 ans. Elle se caractérise par un point noir au centre mais ce qui est autour se perçoit. La personne n’est pas aveugle, elle peut marcher seule mais elle ne peut plus lire ou rendre la monnaie chez l’épicier. Dans cette maladie, la rétine centrale ou macula, ne comporte plus les photorécepteurs grâce auxquels on peut voir. Ces photorécepteurs sont des cellules qui vont transformer l’image lumineuse en signal électrique qui va du nerf optique au cerveau. Le cerveau dit : “ Je vois une chaise rouge ” ou tout autre chose. Pour ce qui concerne la DMLA humide, elle se soigne par des injections dans l’œil. En quoi consiste l’implant ? L’implant mesure 2mm sur 2 (comme une tête d’aiguille), et a l’épaisseur de 3 microns (la moitié d’un cheveu). Il est glissé sous la rétine à l’endroit de la macula où il n’y a plus de photorécepteurs, lesquels sont remplacés par 378 électrodes qui agissent comme tels. Le dispositif complet est constitué d’une paire de lunettes équipées d’une caméra. Le tout est connecté à un processeur miniature. La caméra va filmer ce que le patient doit lire. Un fil sur le processeur, ou ordinateur de poche, envoie l’information captée et celui-ci procède à la transformation de l’image qui repart dans le fil de la caméra. La caméra envoie dans l’œil en infrarouge pour ne pas l’éblouir, le signal lumineux traité qui retourne dans l’implant et le transforme en signal électrique. Lequel ira jusqu’au cerveau qui l’interprète grâce au nerf optique. L’opération a duré environ une heure et demie, sous anesthésie locale. J’opère seul avec un interne. Quels bienfaits pour le patient ? 38 personnes dans le monde ont déjà été opérées avec succès, 80% ont récupéré une acuité visuelle importante, c’est-à-dire voir plus de 10 lettres, la moyenne en voit plus de 25, avec un gain de 1/10e ou 2/10e. Le meilleur patient mondial est un de mes 3 patients qui a gagné 59 lettres. Les éléments visuels apparaîtront en noir et blanc, les lignes formant des lettres et les lettres des mots. Ce n’est pas un miracle mais c’est un progrès majeur. L’implant ne va pas permettre de lire du jour au lendemain (une longue rééducation est nécessaire). Il n’est pas fait pour regarder la télévision ou conduire sa voiture. Outre les lettres, la rétine artificielle peut aider à visualiser un visage ou des objets. Vous avez déjà opéré trois personnes. Quels résultats chez elles ? Martine, 72 ans, opérée en 2021, a pu percevoir des formes pour la première fois grâce à l’implant rétinien. Les 3 patients vont bien mais Maurice est le seul à utiliser encore quotidiennement ce dispositif. Toutefois, il lit 6 à 7 fois plus lentement que la normale. Son acuité visuelle est remontée à 5/10e. Les deux autres sont trop âgés ou fatigués pour poursuivre des séances d’orthoptie à raison d’une fois par semaine sur un minimum d’un an. Il faut être motivé pour rééduquer l’oeil, lui réapprendre à lire. Quel avenir pour ce genre d’implant ? Les résultats des essais cliniques de cet implant ont été publiés dans The New England Journal of Medicine en octobre 2025. Ils sont suffisamment probants pour que la société qui l’a fabriqué demande une autorisation de commercialisation en Europe. Cette commercialisation permettra éventuellement, plus tard, que son coût, probablement plus de 100 000 euros (totalement gratuit pour les 3 patients lyonnais car inclus dans un essai clinique), soit pris en charge par la Sécurité sociale. Il faut savoir que d’autres essais cliniques sont en cours dans le service du Professeur Kodjikian, aussi bien pour la DMLA atrophique que pour la DMLA humide. Il emploie 4 attachés de recherche clinique pour l’aider et a déjà conduit personnellement le nombre impressionnant de plus de 120 études cliniques en tant qu’investigateur principal. L’intelligence artificielle (IA) permettra-t-elle des avancées ? La société a prévu des implants plus gros, avec plus d’électrodes, une amélioration de la caméra avec un processeur intégré et non plus relié par un fil et enfin l’IA qui devrait permettre d’améliorer le processus du traitement de l’image. Professeur Kodjikian, pouvez-vous nous parler de vous ? Je suis né à Valence d’où mes parents sont originaires. Mes grands-parents, rescapés du Génocide, étaient de Kharpet. J’étais membre de l’UMAF mais j’ai dû en partir car ma carrière me prenait trop de temps. Mais je fais partie de Santé Arménie où j’organise des RCP - réunions de concertation pluridisciplinaires -, avec des ophtalmologues d’Arménie qui exposent leurs cas difficiles. Pour la deuxième année, j’ai pu faire venir deux internes qui ont travaillé dans mon service trois mois, et pour lesquels j’ai réussi à leur faire allouer une bourse de 7 500 euros. J’aide à ma façon l’Arménie. Je me sens arménien et j’ai réussi à transmettre cette arménité à mes enfants. Mon fils de 20 ans est déjà parti deux fois en Arménie. Il adore. Je dois moi-même m’y rendre très prochainement à l’invitation d’un médecin arménien que j’ai reçu à mon congrès national LOR (Lyon-œil-rétine). Laurent Kodjikian est : - Professeur des Universités, praticien hospitalier, classe exceptionnelle, échelon 2, c’est-à-dire l’échelon maximal, - Chef de service adjoint du service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse, CHU de Lyon, - Responsable de l’enseignement de l’ophtalmologie à la Faculté de médecine Lyon-Est de l’Université de Lyon, - Président/Coordonnateur du collège d’ophtalmologie de Lyon -Ancien Président de la Société française d’ophtalmologie (2018-2020). Ses titres sont trop nombreux pour être tous cités. Il est âgé de 53 ans. Il a été nommé Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur en 2021.