La montagne a accouché d’une souris
Par Arménag Bedrossian
Attaqué sur sa gestion des négociations avec l’Azerbaïdjan, Nikol Pachinian avait promis de publier toutes les versions négociées avec le groupe de Minsk de l’OSCE. Chose faite mais partiellement car plusieurs textes ne figurent pas renforçant, en boomerang, les accusations contre la mauvaise gestion diplomatique de l’Arménie.
C’est donc le 2 décembre 2025 que le site du gouvernement arménien a publié 13 documents, dont celui discuté à Kazan en 2011, mais surtout la dernière proposition des médiateurs présentée en 2019, ainsi qu’une lettre adressée en août 2016 par Serge Sarksian à Vladimir Poutine. Depuis plusieurs mois, pour ne pas dire depuis la fin de la guerre des 44 jours, le gouvernement de Nikol Pachinian est sous la pression de l’opposition qui l’accuse d’avoir sciemment saboté les négociations de paix menées jusqu’en 2019 sous l’égide des coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE à savoir, la France, les Etats-Unis et la Russie. Une rupture des négociations par l’Arménie qui a amené à la désastreuse guerre des 44 jours, l’occupation de la moitié de l’Artsakh avant son nettoyage ethnique en 2023, après que Nikol Pachinian a reconnu au nom de l’Arménie que l’Artsakh faisait partie de l’Azerbaïdjan lors du Traité de Prague d’octobre 2022.
A plusieurs reprises devant le Parlement ou les journalistes, Nikol Pachinian s’était défendu en indiquant que tous les documents du groupe de Minsk prouvaient que jamais l’indépendance de l’Artsakh n’avait été sur la table et que les négociations n’aboutissaient qu’à la perte de l’indépendance de l’Arménie. Une défense en forme d’accusations contre les anciens présidents Lévon Ter Petrossian, Robert Kotcharian et Serge Sarksian qui auraient menti au peuple sur le contenu des négociations. De fait, Nikol Pachinian avait promis depuis plusieurs années, de publier tous les textes des négociations avec l’OSCE, mais n’était pas encore passé à l’acte. Cette publication est donc censée répondre à ces questions, mais il faut le reconnaître la montagne a accouché d’une souris, car soit les textes avaient déjà été publiés et corroborent la version de l’opposition, soit il en manque, soit ils ne correspondent pas à un document officiel.
“ Manipulation ” a immédiatement réagi Kéram Manoukian l’un des députés du groupe Hayastan et de la FRA Dachnaktsoutioun, qui dénonce une nouvelle tentative de Nikol Pachinian d’induire le public en erreur en publiant de manière sélective des documents qui présentent l’initiative comme un acte de transparence. “ Tous les documents indiquent clairement que l’Artsakh devait être arménien. Pourtant, en 2019, Nikol Pachinian a rejeté une proposition viable ” a dénoncé Kéram Manoukian. Pour Lévon Zurabian, vice-président du Congrès national arménien, le parti de Lévon Ter Pétrossian “ nos affirmations se sont avérées fondées : l’adoption du document publié en 2019 aurait instauré la paix, la levée du blocus et un Artsakh de facto indépendant. Il est nécessaire maintenant de publier la réponse officielle d’Erevan à cette proposition, qui ne figure pas dans les documents ”. Car effectivement aucune des positions de l’Arménie en référence aux différents documents n’a été publiée.
Un plan de paix plutôt favorable à l’Artsakh
Ce que l’on retient du document de 2019 publié pour la première fois, c’est la confirmation de là où en étaient les négociations avant le rejet de Nikol Pachinian : une solution globale, prévoyant la restitution de 5 régions situées à l’est de l’Artsakh avec le maintien de 2 régions reliant l’Arménie au Haut-Karabagh au nord par le Guérarkounik et au sud par le Siounik, avec des observateurs de l’OSCE déployés pour garantir l’accord. Le statut juridique final du Haut-Karabagh devait être déterminé dans un délai convenu entre les parties, par le biais d’un référendum national organisé sous l’égide de l’ONU ou de l’OSCE. Ce référendum devait exprimer la volonté de la population du Haut-Karabagh et avoir une valeur juridique contraignante, conformément aux normes et principes du droit international.
C’est ce plan de paix là, qui a été rejeté par Nikol Pachinian comme le prouvent les documents publiés, et ce qu’avaient déjà indiqué les 3 pays coprésidents du Groupe de Minsk en désavouant le Premier ministre arménien qui affirmait le contraire. Un plan de paix qui à l’époque pouvait convenir à Ilham Aliev qui négociait sur la durée au bout de laquelle le référendum d’autodétermination serait réalisé et sur le statut transitoire, refusant que l’on considère l’Artsakh comme indépendant durant la période transitoire.
Autre bizarrerie, l’absence dans les documents publiés des accords de Key West de 2001. A la place, un article de presse de Haygagan Jamanak dont le rédacteur en chef était Nikol Pachinian, qui critique l’accord de Key West. Pas vraiment un texte officiel ! Cette non-publication suscite d’autant plus de doutes, que Nikol Pachinian avait accusé Robert Kotcharian d’avoir voulu, à Key West, échanger la frontière arménienne et Meghri contre l’Artsakh. De fait, le document non publié devait trancher cette question puisque selon Robert Kotcharian, il ne contient aucune mention à Meghri ou à la frontière iranienne. Pour le gouvernement, ce texte a été perdu. Une version qui ne tient pas la route, car l’OSCE aurait pu le fournir à l’Arménie et son remplacement par un article de presse l’interprétant est tout, sauf sérieux.
Dans une note explicative publiée le lendemain, toujours sur le site du gouvernement, deux éléments sont maladroitement avancés pour essayer de soutenir la position du Premier ministre. Premièrement, que le référendum d’autodétermination aurait concerné toute la population de l’Azerbaïdjan et non juste les Arméniens d’Artsakh, ce qui n’apparaît dans aucun des documents publiés. Deuxièmement, que le droit à l’autodétermination devait se comprendre comme une autonomie politique mais pas une indépendance, ce que là encore aucun des textes publiés ne laissent supposer puisqu’ils disent explicitement que “ la volonté de la population du Haut-Karabagh sera pleinement respectée ” ce qui inclut l’indépendance totale si celle-ci est demandée, ce qui était le cas.
Attaqué encore une fois sur ce sujet devant le Parlement, Nikol Pachinian, sans fournir le moindre élément probant, a affirmé que le processus de négociations sur l’Artsakh était un “ piège pour l’Arménie mais aussi pour l’Azerbaïdjan ”. Formulant une sorte de théorie du complot, il a déclaré que “ le processus de négociations mené pendant près de 30 ans sur le Karabagh n’a jamais porté sur la résolution de la question du Karabagh, jamais, pas une seule seconde, à aucun moment ” a-t-il martelé, mais en fait “ il s’agissait pour la Russie, les Etats-Unis et la France de maintenir l’Arménie mais aussi l’Azerbaïdjan dans un piège. L’objectif était de faire en sorte que la République d’Arménie n’ait aucune chance d’être un État indépendant ” indique le Premier ministre.
Pachinian a sacrifié l’Artsakh
Une déclaration en totale contradiction avec les documents publiés où rien de tout cela ne transparaît, ni même en fournissant des arguments factuels. Il faut juste le croire sur parole. “ L’Arménie est désormais sortie de ce piège géopolitique ” a conclu Nikol Pachinian faisant référence à la paix établie à Washington (août 2025) et à Prague (octobre 2022), alors même que cette paix place l’Arménie sous la coupe des Etats-Unis, de l’Europe mais aussi de l’Azerbaïdjan et de la Turquie. C’est à cette aune qu’il faut juger les choix calamiteux du Premier ministre arménien qui, et c’est désormais prouvé par ces documents, a fait le choix de sacrifier l’Artsakh et de rendre l’Arménie dépendante de ses pires ennemis, en se basant sur une théorie du complot fumeuse que rien ne vient corroborer. De cela aussi, il devra rendre des comptes démocratiquement lors des prochaines élections.

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