Le Saviez vous : Etre femme, arménienne et photographe à la fin du 19e siècle
par Marie-Anne THIL
En cette fin de siècle émergèrent, en grand nombre, les ateliers photos des Arméniens au Moyen-Orient. Pour les femmes, le métier de photographe était impensable, tout comme celui de créer son atelier photo. Cependant, deux furent fondés par des femmes entre 1890 et 1898,
en Géorgie et en Azerbaïdjan.
Longtemps, la photographie a été un domaine exclusivement réservé aux hommes. C’est à partir de 1840 et notamment dans le nord de l’Europe, que les femmes exercent pour la première fois le métier de photographe, ouvrant des studios en Allemagne, au Danemark, en France et en Suède. Cependant, les discriminations de genre pèsent sur elles et d’une façon générale, sur la formation académique des artistes femmes.
Côté arménien, les entreprises de photographie les plus prospères appartenaient à des Arméniens, principalement au Moyen-Orient et en Iran. Le nombre de studios photo arméniens était extrêmement important, “ dans les villes Achgabat, Téhéran, Ispahan et la Nouvelle-Djoulfa, Tabriz, Chouchi, Bakou, Erevan, Alexandrapol (Gumri), Tiflis (Tbilissi), Manglisi, Akhaltsikhé, Koutaïssi, Batoumi, Kars, Constantinople (Istanbul), Partizak (Izmit), Bagdad, Alexandrie, Le Caire, Damas, Jérusalem, Athènes, Bourgas, Varna, Choumen, Paris et Londres. ” (1)
Mais deux femmes arméniennes mirent en pratique dans les années 1890 le métier de photographe et dirigèrent leur propre studio photo : celui d’Yelizaveta Musheghyan, établi à Alexandropol (Gumri) en 1890, (puis à Tiflis) et celui d’Ashkhen Aristakova, à Bakou en 1898. Des hommes aussi créèrent leur atelier photo dans ces villes et sur la même période, mais rien n’indique qu’ils auraient eu des échanges avec leurs homologues féminins.
Comment vivait-on à Alexandropol (Gumri) puis à Tiflis ?
Alexandropol commença à se développer au 19e siècle. C’est le tsar Nicolas 1er qui la nomma Alexandropol, la région étant passée sous contrôle russe en 1804. Elle était considérée comme le troisième centre commercial du Caucase, après Tiflis et Bakou.
A Tiflis, “ depuis l’été 1890, une Fédération révolutionnaire arménienne s’est constituée par la fusion de tous les comités patriotiques, les associations de bienfaisance et le parti Hentchak dont les dirigeants s’en séparent au début de 1891 afin de conserver leur liberté d’action ” (2). Le rôle politique, culturel et économique de Tiflis fut important pour la Géorgie et le Caucase. Des Arméniens célèbres résidèrent à Tiflis dont le poète, Hovhannès Toumanian (1869-1923) qui dès 1886, prit part activement aux cercles littéraires de la ville, écrivant des poèmes, des contes, des récits... L’écrivain Gabriel Sundukyan (1825-1912) passa sa vie à Tiflis. Il commença sa carrière littéraire dans les années 1860 et sa pièce Pepo, écrite en 1871, fut jouée au théâtre géorgien. Bien d’autres encore participèrent au foisonnement intellectuel de la ville. L’école Nersisyan fondée en 1824 fonctionna pendant un siècle. Elle contribua à former l’élite arménienne qui vivait dans la capitale géorgienne et ailleurs.
Le studio d’Yelizaveta Musheghyan à Alexandropol puis à Tiflis
La base de données remarquable de Vigen Galstyan (3), malgré des recherches approfondies, n’a pu recueillir que quelques informations concernant cette photographe. Cependant, il livre dans sa courte biographie des précisions intéressantes. Ainsi, pour Yelizaveta Musheghyan : “ L’entreprise E.G. Musheghyan a été fondée dans les années 1890 à Alexandropol (Gumri) et au cours de la décennie suivante, elle a déménagé à Tiflis ”. Il relève également que “ le portrait de studio de Yelizaveta était assez conventionnel pour son époque, limité aux portraits de famille orthodoxes et parfois, à des séances plus extravagantes dans le style « Belle Epoque » ”. Les sceaux de la photographe offrent des affirmations intéressantes sur les réalisations du studio. Selon eux, Musheghyan a reçu des prix du prince russe Michel Nikolaïevitch ainsi qu’une “ grande médaille d’argent pour de magnifiques images photographiques ”. Les éloges du prince Nikolaïevitch étaient très probablement associés aux centaines de portraits que Musheghyan a faits des soldats russes. La photographe a également eu de nombreuses séances avec des intellectuels arméniens, dont son portrait de l’actrice Siranush est particulièrement mémorable.
Comment vivait-on à Bakou à la même époque ?
En Azerbaïdjan, à partir des années 1878, l’essor de l’industrie pétrolifère s’empara du pays. Bakou, la capitale surnommée « ville noire », vit sa population exploser et passer de 14 000 habitants à 200 000 en 1900. Le premier puits productif fut foré par l’Arménien, Ivan Mirzoeff (Hovhannès Mirzoyan) en 1871. (4)
Les travailleurs affluèrent, venus de Russie et notamment d’Arménie. On appela la capitale azerbaïdjanaise, le « Paris du Caucase » en raison des nombreux lieux de plaisirs qui s’étaient ouverts. Les Arméniens établirent une communauté dynamique dans la ville, avec des églises, des écoles et une vie littéraire florissante. Les conditions économiques favorables offertes par le gouvernement impérial russe permirent à beaucoup d’Arméniens d’intégrer le secteur pétrolier de Bakou. Arméniens et Russes formaient l’élite financière de la ville et le capital local était principalement concentré entre leurs mains.
Le studio d’Ashkhen Aristakova à Bakou
Vigen Galstyan précise : “ Selon une annonce publiée dans un journal de Bakou, le studio d’Ashkhen Aristakova a ouvert ses portes dans la rue Gubernskaya de Bakou en 1898. Il offrait “ toutes sortes de services photographiques, y compris la coloration à la main avec des aquarelles et, plus surprenant, l’impression sur des matériaux allant de la soie au marbre. Comme mentionné dans cet avis de journal, l’exploitante du studio est Mme Aristakova elle-même ”.
A Tiflis et à Bakou, les ateliers masculins furent un peu plus nombreux mais il n’en reste pas moins que Yelizaveta Musheghyan et Ashkhen Aristakova furent deux pionnières, même si leur nom n’évoque rien aujourd’hui. Elles ouvrirent la voie à celles qui suivirent, toujours plus nombreuses aujourd’hui.
(1) Pictorial Modernity and the Armenian Women of Iran par Houri Berberian et Talinn Grigor.
(2) “ L’objectif de ce nouveau parti est aussi d’obtenir la libération de l’Arménie. La F.R.A. invite toutes les organisations à se réunir autour d’un même objectif : l’émancipation économique et politique du paysan arménien, libéré de l’oppression des nomades kurdes, et l’indépendance nationale ”. (in La communauté arménienne de Trébizonde et le mouvement national (1878-1896).
(3) In lusarvest.org, base de données des photographes arméniens dans le monde, à partir du 19e siècle. La conception et la construction de la base de données ont été réalisées par la Fondation pour la photographie arménienne Lusadaran d’Erevan. Le concept du projet et son chef de projet est le cofondateur de Lusadaran, l’historien de l’art et commissaire d’exposition Vigen Galstyan.
(4) De grands noms comme Mirzoeff, qui fut le premier à forer avec succès du pétrole en 1871, ou encore Mantacheff, Lianosoff, Tsaturoff ou Adamoff, furent parmi les plus riches de leur génération, rivalisant avec les Rothschild et les Nobel, pour ne citer que deux autres acteurs dans les champs de pétrole de Bakou. (In Le premier puits de pétrole à Bakou fut foré par Ivan Mirzoeff (Hovhannès Mirzoyan) en 1871.

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