Le saviez vous : La famille Zildjian une lignée de plus de 400 ans
par Marie-Anne THIL
En 1623 quand Avédis Zildjian découvrit l'alliage précieux qui lui permit de réaliser les meilleures cymbales au monde, se doutait-il que sa découverte serait d'une longévité à toute épreuve car encore aujourd'hui elles ont suivi l'évolution du paysage musical. Une histoire de famille, de savoir faire et de valeurs.
Le père d’Avédis Zildjian, arrivé en Anatolie vers 1600, trouva du travail auprès du sultan, notamment dans le coulage de bronze, pour réaliser des objets nécessaires aux bains, aux cuisines et aux harems. Avédis I, (comme il est indiqué sur le site officiel), né en 1596, suivit très jeune la carrière de son père. Il rêvait de fabriquer de l’or, cherchant différentes combinaisons de mélanges de métaux. Il reçut l’autorisation le 23 mars 1618 de fabriquer des cymbales pour la cour. Le sultan, Mustapha 1er (1591-1639), donna 80 pièces d’or à Avédis et reconnut son nom officiellement comme Zilicyan ou Zildjian (Zil en turc pour cymbale, Cy pour fabricant, et ian, le suffixe arménien pour « fils de ») en 1622.
Les cymbales et les cloches étaient faites de bronze mais Avédis I trouva un alliage particulier qui donnait une qualité sonore jamais entendue jusqu’alors. Il devint le fournisseur officiel du sultan qui lui commanda les cymbales pour le corps des Janissaires qui l’utilisaient, notamment pour les campagnes militaires ottomanes.
En 1623, Avédis I reçut l’autorisation du sultan pour ouvrir sa propre fonderie de cymbales à Samatya, quartier de Constantinople où vivaient principalement des Grecs. Il passa des années à perfectionner ses techniques de fabrication. Il ne fabriquait pas seulement des cymbales pour l’ordre militaire des Janissaires mais aussi pour les églises arméniennes et grecques qui l’utilisaient dans certains chants religieux.
En 1651, Akham, le fils aîné d’Avédis I, hérita de l’entreprise et du secret de fabrication de son père. Dès lors, jusqu’au début du 18e siècle, les noms des successeurs d’Avédis et de son fils ne sont pas connus ; c’est ensuite Avédis II qui ouvrira l’entreprise au marché international en exportant vers l’Europe, répondant ainsi à la demande croissante d’instruments de musique de qualité par les compositeurs qui, dès 1680, intégrèrent les cymbales à leurs compositions. Ainsi, le compositeur et violoniste allemand Nicolaus Strungk (1640-1700) fut le premier et l’utilisa dans son opéra Esther, puis Christoph Gluck dans Iphigénie en Tauride (1779), Wolfgang Amadeus Mozart dans L’Enlèvement au sérail (1782), et Joseph Haydn dans la Symphonie militaire (1793).
Tournées spectaculaires en Europe
Avédis II présenta ses cymbales dans les pays européens, remportant des médailles notamment lors des expositions de Paris et Londres en 1851, puis de Londres en 1862. Il mourut en 1865 et ses deux fils étant trop jeunes pour lui succéder, le contrôle de la société revint à son frère, Kérope, qui poursuivit les expositions et concours où il remporta des prix à Paris (1867), Vienne (1873), Boston (1883), Bologne (1888) et Chicago (1893). En 1909, l’année de sa mort, Kérope confia le secret du processus de fabrication à la famille d’Avédis II. Ce fut Aram, le second fils d’Avédis II qui reprit la succession.
Premiers massacres d’Arméniens en Turquie
L’ascension au pouvoir du sultan Abdülhamid (connu en Europe comme « le Grand Saigneur ») entraîna les violents massacres des Arméniens, entre 1894 et 1896. Le nombre de victimes est estimé à plus de 200 000. Pour leur défense, les Arméniens s’organisèrent en formations révolutionnaires. Selon l’essai très détaillé d’Audrey M. Woziak Forging a Lineage: Kinship, Mobility, and the Zildjian Cymbal, “ Aram rejoignit un groupe arménien de nationalistes pour participer à l’assassinat du sultan en 1905 ”. Le complot échoua et Aram dut se réfugier à Bucarest. Il ouvrit un atelier de cymbales sous le même nom tout en gardant le contact avec celui de Constantinople. Il resta à Bucarest jusqu’en 1936, puis gagna les Etats-Unis. Il légua le secret de la fabrication des cymbales à son neveu, Avédis III qui s’était installé en 1909 dans le Massachusetts. C’est à Quincy dans cet Etat, qu’ils créèrent la première fonderie de cymbales Zildjian.
Jazz et cymbales
C’était la période de l’essor du jazz. En 1930, Avédis III rencontra le batteur et chef d’orchestre, Gene Krupa (1909-1973) qui l’aida à adapter les cymbales de parade en l’encourageant à en fabriquer des plus fines.
Sur le site web actuel, la chronologie de la Zildjian Company, relative à l’année 1936, attribue les innovations d’Avédis en matière de cymbales au fait qu’il a “ rapidement accueilli les talentueux musiciens afro-américains qui menaient le mouvement jazz. Ayant lui-même subi des discriminations durant son enfance en tant qu’Arménien vivant en Turquie, Avédis III jure qu’il n’y aura aucune place pour la discrimination au sein de la Zildjian Company. L’histoire d’Avédis III est celle d’une intégration réussie et des bienfaits qui en découlent, incarnés par le rêve américain ”.
Avédis III transmit le secret du processus de fabrication des cymbales à son fils Armand qui, à 14 ans, travaillait dans la salle de fusion de l’usine. Il était déjà un batteur passionné. En 1945, Armand revint de la guerre. “ La société employait 15 personnes, augmentant la production à 70 000 cymbales par an. Armand travailla au plus près avec les grands noms du jazz comme Gene Krupa, Buddy Rich, Max Roach, Shelly Manne, Elvin Jones et Tony Williams ”. En 1963, il introduisit la « Charleston New Beat » (1). En 1964, lorsque les Beatles se produisirent dans la très populaire émission de variétés, The Ed Sullivan Show, la demande des cymbales explosa. A la fin de l’année, 90 000 cymbales étaient en attente de livraison. Dix ans plus tard, Armand ouvrit une nouvelle usine à Norwell dans le Massachusetts. C’était le 350e anniversaire de l’entreprise. Il en devint le président, l’ouvrant à sa petite-fille, Craigie Zildjian. En 1979, Avédis III décéda et Armand prit les commandes. Il fut nommé président du conseil d’administration en 1980.
Innovations révolutionnaires
Au début des années 1980, Armand réinvestit les bénéfices pour financer des outils nouveaux dans la fabrication, tels que “ le four rotatif, les laminoirs à double rouleau et le martelage aléatoire contrôlé par ordinateur ”. Un an plus tard, il redonna vie à la légendaire ligne ‘K’ artisanale (nommée d’après Kérope Zildjian) (2).
En 1986, le fils d’Armand, Rab Zildjian, inaugura le premier « Zildjian Day », une journée complète dédiée à la batterie, qui devint rapidement un modèle pour les « Percussion Days » dans l’industrie musicale. Deux ans plus tard, il installa une usine de fabrication de baguettes en Alabama. Elles devinrent rapidement le choix privilégié des batteurs. En 1980, furent créées avec le batteur américain, Vinnie Colaiuta, la série de cymbales « A Custom » (3). En 1996, Zildjian devint la première entreprise de percussion au monde à obtenir la prestigieuse certification de qualité ISO 9001.
L’année 1999 voit l’année des femmes au pouvoir de cette dynastie. Armand Zildjian nomme sa fille Craigie, directrice générale. C’est la première femme à occuper ce poste. Quelques années plus tard, après le décès d’Armand en 2002, “ La 15e génération des Zildjian, composée de Cady et Emily (les filles de Debbie, soeur de Craigie) et de Samantha (la fille de Craigie), poursuit la tradition de l’implication familiale dans la plus ancienne entreprise familiale des États-Unis ”.
Aujourd’hui, les innovations se poursuivent. La série « K. Custom Hybrid » (4) reçoit les plus prestigieuses récompenses. En 2025, Zildjian annonce la reprise de la « 22″ Mega Doom ». Conçue en 2021, en quantité limitée, cette “ cymbale monstrueuse de 22″ qui pousse des crashes sombres et complexes avec une projection infinie… ” est de retour !
Dans une interview que Craigie Zildjian donna en 1980 au Drummer’s journal, elle déclara : “ Nous sommes la plus ancienne entreprise du secteur musical et l’une des plus anciennes entreprises familiales d’Amérique ”. C’est toujours le cas aujourd’hui.
Pour aller plus loin : L’histoire de la marque Zildjian et Zildjian – official website – cymbals, headsets, e-drums, sticks
(1) “ La Charleston New Beat est considérée comme l’une des cymbales les plus polyvalentes au monde. Imaginée par le batteur Louie Bellson qui a notamment joué avec de grands musiciens dont Benny Goodman, Tommy Dorsey, Harry James et Duke Ellington ”. (In Zildjian A 14” new beat hi-hat | Algam Webstore
(2) “ Toute la courbure de la cymbale est martelée pour lui donner sa forme, une technique qui rappelle celles utilisées au milieu du XXe siècle pour fabriquer les K d’antan. Le motif de tournage complexe accentue le son de la baguette et favorise le jeu aux balais, tandis qu’un procédé unique d’encaustiquage concentre le son. ”. (In Kerope, une légende renaît).
(3) “ Reconnu pour leur finition éclatante remarquable, les cymbales « A Custom » présentent des rainures tonales uniques et des profils plus bas. Ensemble, ces caractéristiques produisent une cymbale au son plus lisse, plus cristallin et plus brillant, offrant plus de flexibilité lorsqu’on la frappe. ”. (In A Custom Cymbals | Zildjian – Zildjian)
(4) “ Descendantes directes de la série K, les « K Custom » élargissent la palette sonore du jazz contemporain. Grâce à de nouveaux procédés de martelage et à une combinaison entre vintage, moderne et tradition, le son des « K Custom » est unique : plus sec, et le caractère de chaque cymbale plus tranché ”. (In PACK ZILDJIAN K CUSTOM HYBRID + CRASH 18)

Le 24 avril 2026, la France commémorera le 111e anniversaire du génocide des Arméniens, reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. À cette occasion, le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) appelle solennellement à une mobilisation massive de l’ensemble de la communauté arménienne, de ses amis et de tous les défenseurs des droits de l'Homme. Cent onze ans après l’extermination planifiée de plus d’un million et demi d’Arméniens par l’Empire ottoman, ce crime imprescriptible demeure, aujourd’hui encore, nié par son État héritier, la Turquie. Ce négationnisme d’État, persistant et organisé, constitue une violence supplémentaire faite à la mémoire des victimes et à leurs descendants. Il demeure un obstacle majeur à toute perspective de réconciliation fondée sur la vérité, la justice et la paix. Aucune réconciliation, ni stabilité durable ne saurait faire l’économie d’une reconnaissance pleine et entière de ce génocide, ainsi que de celui, concomitants des Assyro-Chaldéens et des Grecs qui ont fait des centaines de milliers de victimes. L’impunité fait le lit de la récidive : Ainsi plus d’un siècle après 1915, les menaces qui pèsent sur le peuple arménien n’ont pas disparu. Au contraire, elles se sont réactivées sous d’autres formes. Après le nettoyage ethnique de l’Artsakh, vidé de sa population arménienne dans des conditions qui ont bouleversé la conscience internationale en 2023, la République d’Arménie elle-même demeure confrontée à des pressions existentielles. Ces développements s’inscrivent dans une continuité idéologique inquiétante, nourrie par des logiques panturquistes et totalitaires qui prolongent, sous des formes contemporaines, les ambitions qui avaient conduit à l’anéantissement de 1915. La collusion manifeste entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, dans leurs politiques à l’égard des Arméniens, témoignent de cette continuité. Face à cette réalité, la commémoration du 24 avril ne saurait se réduire à un simple devoir de mémoire. Elle constitue aussi un acte de vigilance, un engagement pour l’avenir, un refus de l’oubli et de l’indifférence, un moment pour réaffirmer les droits imprescriptible des victimes à la vérité et à des réparations. Elle est un moment de rassemblement pour affirmer, avec force, que les crimes contre l’humanité ne peuvent rester impunis, ni se répéter dans le silence du monde. En France, cette commémoration revêt une dimension particulière. Instituée comme journée nationale de commémoration du génocide des Arméniens, elle engage la République et ses valeurs. Elle rappelle que la lutte contre le négationnisme, le racisme et les violences de masse est au cœur de notre pacte démocratique. En ce 111e anniversaire, le CCAF appelle : à honorer la mémoire des victimes du génocide ; à exiger la reconnaissance officielle et sans ambiguïté de ce crime par la Turquie ; à défendre le droit à la sécurité et à l’existence de la République d’Arménie ; à soutenir le droit au retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres ; à obtenir la libération immédiate des prisonniers et otages arméniens détenus en Azerbaïdjan ; à faire vivre, partout en France, les valeurs de justice, de dignité et de vérité. Le CCAF appelle l’ensemble des citoyens, les élus, les institutions, les associations et les forces vives de la Nation à se joindre massivement aux commémorations organisées sur tout le territoire le 24 avril 2026 . Le 24 avril, soyons unis, nombreux et déterminés.

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Le 3 février, l’Assemblée nationale française, à l’unanimité, a adopté une résolution demandant la libération des otages arméniens retenus à Bakou. Quelques jours plus tard, la plupart d’entre eux ont été condamnés pour l’exemple à la prison à vie. Le 17 février, Rouben Vartanian a été lui condamné à 20 ans de prison. Des otages dont le seul crime est d’avoir voulu défendre le droit à l’autodétermination des peuples, droit reconnu par la charte de l’ONU, droit qui est en train de s’effondrer sous les coups de boutoirs de Trump, Erdogan, Aliev ou Netanyahu. Il est évident pour tous que ces procès et ces peines de prison à vie sont des farces grotesques mises en place uniquement pour pouvoir justifier le nettoyage ethnique de l’Artsakh, faire chanter le gouvernement arménien et imposer le silence à la communauté internationale. Mais face à ce chantage, le gouvernement arménien pratique la politique de l’autruche et n’instaure aucune pression de peur que cela compromette le plan de paix négocié par Trump et les milliards de dollars annoncés. Or négocier, ce n’est pas n’avoir aucune exigence et céder sur tout. C’est avoir dans sa main des atouts que l’on met en avant dans la discussion pour équilibrer les points de vue. Affirmer le droit au retour des Arméniens en Artsakh, défendre la non-destruction du patrimoine arménien d’Artsakh, exiger la libération d’otages détenus illégalement, exiger le retrait du territoire souverain de l’Arménie, exiger des réparations pour le génocide commis en 1915 et le nettoyage ethnique de 2023 sont une partie des atouts que l’Arménie doit avoir dans sa main. L’atout le plus important étant le soutien des pays amis, comme la France ou les Etats-Unis, grâce au travail de fond mené par sa diaspora depuis plus de 50 ans. Mais voilà, le gouvernement arménien préfère se tromper d’ennemis. Au lieu de valoriser ses atouts, au lieu de les utiliser dans la négociation avec la Turquie et l’Azerbaïdjan en s’appuyant sur la France, la Russie ou les Etats-Unis, Nikol Pachinian préfère considérer comme des “ extrémistes ” mettant en péril l’indépendance de l’Arménie tous ceux qui défendent les droits légitimes du peuple arménien. Ainsi en est-il de l’Église arménienne et de son Catholicos qui est désormais empêché de quitter l’Arménie sous un prétexte fallacieux. Nikol Pachinian a récemment considéré les sermons prononcés dans les églises qui défendent l’unité avec l’Artsakh et les droits du peuple arménien comme comparables à “ l’islam radical ”. Tout cela pour justifier la répression politique engagée contre l’Eglise arménienne pour la réduire au silence, pour la mettre en position d’otage comme le sont déjà les minorités arméniennes en Turquie et dans le Moyen-Orient. Quant aux satrapes du pouvoir arménien, y compris ici en France, ils préfèrent qualifier tout soutien à la Cause arménienne, tout soutien à l’Église arménienne, d’agents de la Russie. Mais qui, si ce n’est leur champion, vient de se qualifier “ d’ami très proche de Poutine et de Michoutsine ” et d’indiquer au lendemain de la visite en Arménie de JD Vance “ que la Russie resterait un partenaire stratégique pour l’Arménie ” ? Ce qui serait acceptable pour Pachinian serait inacceptable pour ses opposants et devrait les conduire en prison ? Soyons sérieux ! Et puisqu’ils n’ont que la légitimité d’un “ gouvernement démocratiquement élu ” à la bouche, rappelons à ces nervis, qu’en 2018 et en 2021, Nikol Pachinian s’est fait élire sur un programme soutenant l’Artsakh et son droit à l’autodétermination, défendant comme à Sardarabad en 2018 la Cause arménienne, affirmant que chaque cm2 du territoire arménien serait défendu les armes à la main. Aussi, lorsqu’il accomplit chaque jour strictement le contraire, c’est lui qui trahit la confiance de ses électeurs et de son peuple, pas l’Église arménienne qui, depuis Khrimian Haïrig, reste fidèle à son rôle de défenseur de l’unité du peuple arménien autour de ses droits légitimes et ce, sous tous les régimes, qu’ils soient ottoman ou soviétique. Là est la vérité !

Notre numéro de mars est parti pour nos abonnés avec en une les otages arméniens détenus à Bakou dont les condamnations à vie viennent d'etre prononcées alors qu'en France l'Assemblée Nationale les a soutenu dans une résolution votée à l'unanimité. Ce numéro revient aussi sur le diner du CCAF, qui a été une nouvelle fois le rendez-vous de l'amitié franco arménienne. Vous trouverez aussi un très beau reportage sur les Arméniens du Dersim et toute l'actualité politique, diplomatique et culturelle de l'Arménie et des Arméniens.

Le 17 février, le révérend Jesse Jackson, figure du combat des droits civiques aux Etats-Unis est décédé à l'âge de 84 ans. Proche de Martin Luther King, premier candidat noir à la présidence des Etats-Unis, le révérend Jackson a utilisé sa voix non seulement sur la scène politique américaine, mais aussi sur la scène internationale. Ainsi, il s’est rendu en Arménie quelques jours après le tremblement de terre dévastateur de 1988 pour accompagner une partie de l’aide humanitaire récoltée par la communauté arménienne des Etats-Unis, en voulant marquer sa solidarité avec le peuple arménien. En février 1989, à la cathédrale arménienne Saint-Vartan à New York, il a participé à une cérémonie œcuménique en compagnie de Sa Sainteté Vasken Ier, Catholicos de tous les Arméniens, et de Sa Sainteté Karekin II Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, réunis pour lever des fonds en faveur de l’Arménie. Lors de cette cérémonie, avec son charisme et son éloquence légendaire, le Révérend Jackson a exhorté les dirigeants mondiaux à mettre de côté les rivalités de la Guerre froide et à répondre avec compassion et soutien humanitaire à l’Arménie. L’Église apostolique arménienne lui a rendu hommage à l’occasion de son décès.

Le monde selon Trump, Poutine, Erdogan, Netanyahu, Khamenei ou Aliev fait peur. Un monde où la loi du plus fort s’impose au mépris de la volonté des peuples, de leurs histoires et de leurs droits. Un monde où il suffit de menacer la planète entière d’une guerre, d’augmenter les droits de douanes, de bombarder un Etat i

Le 17 novembre 2025, médiatisée par les télévisions et les journaux, on apprenait la pose d’une rétine artificielle sur trois patients atteints de la DMLA sèche, atrophique, par le Professeur Laurent Kodjikian, opthalmologue à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Plus d’un million de patients en France sont concernés par cette maladie qui est incurable. Outre la prouesse technologique, c’est un grand espoir pour ceux qui en sont atteints. Rencontre avec le Professeur. France Arménie : Professeur Kodjikian, qu’est-ce que la DMLA sèche, atrophique ? Professeur Kodjikian : La DMLA, dégénérescence maculaire liée à l’âge, atrophique, c’est-à-dire très usée, touche les plus de 60 ans. Elle se caractérise par un point noir au centre mais ce qui est autour se perçoit. La personne n’est pas aveugle, elle peut marcher seule mais elle ne peut plus lire ou rendre la monnaie chez l’épicier. Dans cette maladie, la rétine centrale ou macula, ne comporte plus les photorécepteurs grâce auxquels on peut voir. Ces photorécepteurs sont des cellules qui vont transformer l’image lumineuse en signal électrique qui va du nerf optique au cerveau. Le cerveau dit : “ Je vois une chaise rouge ” ou tout autre chose. Pour ce qui concerne la DMLA humide, elle se soigne par des injections dans l’œil. En quoi consiste l’implant ? L’implant mesure 2mm sur 2 (comme une tête d’aiguille), et a l’épaisseur de 3 microns (la moitié d’un cheveu). Il est glissé sous la rétine à l’endroit de la macula où il n’y a plus de photorécepteurs, lesquels sont remplacés par 378 électrodes qui agissent comme tels. Le dispositif complet est constitué d’une paire de lunettes équipées d’une caméra. Le tout est connecté à un processeur miniature. La caméra va filmer ce que le patient doit lire. Un fil sur le processeur, ou ordinateur de poche, envoie l’information captée et celui-ci procède à la transformation de l’image qui repart dans le fil de la caméra. La caméra envoie dans l’œil en infrarouge pour ne pas l’éblouir, le signal lumineux traité qui retourne dans l’implant et le transforme en signal électrique. Lequel ira jusqu’au cerveau qui l’interprète grâce au nerf optique. L’opération a duré environ une heure et demie, sous anesthésie locale. J’opère seul avec un interne. Quels bienfaits pour le patient ? 38 personnes dans le monde ont déjà été opérées avec succès, 80% ont récupéré une acuité visuelle importante, c’est-à-dire voir plus de 10 lettres, la moyenne en voit plus de 25, avec un gain de 1/10e ou 2/10e. Le meilleur patient mondial est un de mes 3 patients qui a gagné 59 lettres. Les éléments visuels apparaîtront en noir et blanc, les lignes formant des lettres et les lettres des mots. Ce n’est pas un miracle mais c’est un progrès majeur. L’implant ne va pas permettre de lire du jour au lendemain (une longue rééducation est nécessaire). Il n’est pas fait pour regarder la télévision ou conduire sa voiture. Outre les lettres, la rétine artificielle peut aider à visualiser un visage ou des objets. Vous avez déjà opéré trois personnes. Quels résultats chez elles ? Martine, 72 ans, opérée en 2021, a pu percevoir des formes pour la première fois grâce à l’implant rétinien. Les 3 patients vont bien mais Maurice est le seul à utiliser encore quotidiennement ce dispositif. Toutefois, il lit 6 à 7 fois plus lentement que la normale. Son acuité visuelle est remontée à 5/10e. Les deux autres sont trop âgés ou fatigués pour poursuivre des séances d’orthoptie à raison d’une fois par semaine sur un minimum d’un an. Il faut être motivé pour rééduquer l’oeil, lui réapprendre à lire. Quel avenir pour ce genre d’implant ? Les résultats des essais cliniques de cet implant ont été publiés dans The New England Journal of Medicine en octobre 2025. Ils sont suffisamment probants pour que la société qui l’a fabriqué demande une autorisation de commercialisation en Europe. Cette commercialisation permettra éventuellement, plus tard, que son coût, probablement plus de 100 000 euros (totalement gratuit pour les 3 patients lyonnais car inclus dans un essai clinique), soit pris en charge par la Sécurité sociale. Il faut savoir que d’autres essais cliniques sont en cours dans le service du Professeur Kodjikian, aussi bien pour la DMLA atrophique que pour la DMLA humide. Il emploie 4 attachés de recherche clinique pour l’aider et a déjà conduit personnellement le nombre impressionnant de plus de 120 études cliniques en tant qu’investigateur principal. L’intelligence artificielle (IA) permettra-t-elle des avancées ? La société a prévu des implants plus gros, avec plus d’électrodes, une amélioration de la caméra avec un processeur intégré et non plus relié par un fil et enfin l’IA qui devrait permettre d’améliorer le processus du traitement de l’image. Professeur Kodjikian, pouvez-vous nous parler de vous ? Je suis né à Valence d’où mes parents sont originaires. Mes grands-parents, rescapés du Génocide, étaient de Kharpet. J’étais membre de l’UMAF mais j’ai dû en partir car ma carrière me prenait trop de temps. Mais je fais partie de Santé Arménie où j’organise des RCP - réunions de concertation pluridisciplinaires -, avec des ophtalmologues d’Arménie qui exposent leurs cas difficiles. Pour la deuxième année, j’ai pu faire venir deux internes qui ont travaillé dans mon service trois mois, et pour lesquels j’ai réussi à leur faire allouer une bourse de 7 500 euros. J’aide à ma façon l’Arménie. Je me sens arménien et j’ai réussi à transmettre cette arménité à mes enfants. Mon fils de 20 ans est déjà parti deux fois en Arménie. Il adore. Je dois moi-même m’y rendre très prochainement à l’invitation d’un médecin arménien que j’ai reçu à mon congrès national LOR (Lyon-œil-rétine). Laurent Kodjikian est : - Professeur des Universités, praticien hospitalier, classe exceptionnelle, échelon 2, c’est-à-dire l’échelon maximal, - Chef de service adjoint du service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse, CHU de Lyon, - Responsable de l’enseignement de l’ophtalmologie à la Faculté de médecine Lyon-Est de l’Université de Lyon, - Président/Coordonnateur du collège d’ophtalmologie de Lyon -Ancien Président de la Société française d’ophtalmologie (2018-2020). Ses titres sont trop nombreux pour être tous cités. Il est âgé de 53 ans. Il a été nommé Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur en 2021.

