Marseille en soutien du catholicos Karékine II
Dans le contexte d’une très vive tension entre Église arménienne et pouvoir de Pachinian, la visite à Marseille de Sa Sainteté Karékine II, patriarche suprême et catholicos de tous les Arméniens, avait pour fil conducteur la transmission et le partage.
PAR SACHA VAYTET-CAZARIAN ET MARIAM KHATLAMAJYAN
Le déplacement du catholicos de tous les Arméniens, Sa Sainteté Karékine II, à Marseille, s’inscrit comme un message puissant, un hommage vivant à la mémoire et à la diffusion de la langue, de la culture et de la foi arméniennes ; les piliers de la Nation arménienne.
Dès son arrivée à Marseille, le 4 décembre, le Catholicos a été accueilli par les représentants des principales collectivités territoriales — Mairie, Département et Région — soulignant la reconnaissance institutionnelle dont bénéficie la communauté arménienne dans la cité phocéenne. La journée s’est conclue par la célébration de la divine liturgie à la cathédrale apostolique arménienne des Saints-Traducteurs, dite cathédrale du Prado. Le lendemain, l’école bilingue franco-arménienne Hamaskaïne l’a accueilli solennellement. L’après-midi, il a donné le coup d’envoi de l’exposition « Trésors arméniens d’une culture en mouvement 1512-1828 » dans le musée de la basilique de Notre-Dame de la Garde avant d’inaugurer un double khatchkar devant une foule venue en nombre et avec la présence exceptionnelle du cardinal de Marseille, Jean-Marc Aveline. Ce dernier a mis en lumière ces pierres, symboles sacrés d’une identité millénaire et d’un peuple dont la foi chrétienne est chevillée au corps et à l’âme.
Mais dans le même temps, à Erevan, la controverse atteint des sommets. Depuis juin 2025, le Premier ministre Nikol Pachinian mène une campagne systématique pour salir le Catholicos, l’accusant d’avoir violé son vœu de célibat et réclamant son départ immédiat. Selon lui, la direction de lʼÉglise constituerait une “ menace pour la sécurité de l’État ”. Le pouvoir a constitué un “ conseil de coordination ” censé organiser l’élection d’un nouveau chef d’Église, multiplié les perquisitions et les arrestations d’ecclésiastiques.
À travers la visite de Karékine II à Marseille, le message envoyé est fort : l’Église arménienne, loin d’être une institution abîmée, reste la gardienne d’une histoire, d’une mémoire, d’une culture. Dans un pays bouleversé par les divisions internes, menacé dans ses repères, cette visite prend valeur de résistance spirituelle et culturelle. Marseille, à travers son école, ses églises, ses institutions historiques, ses associations culturelles et sportives, est un modèle de transmission et un bastion de la résistance arménienne. D’ailleurs, Ilham Aliev lui-même, le reconnaissait en 2020 en déclarant que “ si la France veut déterminer son propre destin pour le Haut-Karabagh, laissez-la leur donner la ville de Marseille ”. Nikol Pachinian n’a qu’à bien se tenir !
1er jour de la visite officielle
Le premier jour de sa visite officielle, Sa Sainteté a rencontré Benoît Payan, maire de la ville. Durant sa visite pontificale, le Catholicos était accompagné d’une délégation de la congrégation du Saint-Siège d’Etchmiadzine. Le primat du diocèse arménien de France, l’évêque Krikor Khachatryan, s’était joint à la délégation.
La réception officielle a eu lieu à la mairie. Renaud Muselier, président du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, et Martine Vassal, présidente de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, ont accueilli également Sa Sainteté et la délégation dans la même journée, qui s’est terminée par un accueil hautement chaleureux en la cathédrale apostolique des Saints-Traducteurs et au centre culturel Sahak-Mesrop.
2e jour : deux croix symboles d’amitié
Après la visite du Catholicos à l’école bilingue franco-arménienne Hamaskaïne, c’est le cardinal Jean-Marc Aveline qui l’a accueilli à Notre-Dame-de-la-Garde – « Bonne Mère » pour les Marseillais – afin d’inaugurer et bénir un nouveau monument au pied du sanctuaire (dans la montée de Notre-Dame-de la Garde, sous la basilique), symbole de l’amitié séculaire entre les Églises catholique et apostolique arménienne. Deux croix, latine et arménienne, se sont vues réunies par l’arbre de vie : symboles du lien particulier entre Marseille et l’Arménie, selon les organisateurs de ce projet.
Rappelons que la création de ce monument a été décidée lors de la visite effectuée en avril 2024 par sa Sainteté Karékine II, par Mgr Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, et par Ohan Hékimian, qui en est à l’initiative. Les créateurs du monument – réalisé en basalte volcanique d’Arménie – sont Areg Asrabyan, architecte, Arthur Sargsyan et Kamo Aloyan, sculpteurs du Saint-Siège d’Étchmiadzine. Ont été également efficients, l’association « Deux Croix à Notre-Dame-de la Garde » présidée par Maral Hékimian avec le soutien du père Olivier Spinoza, recteur de la basilique, et du père Romain Louge, délégué aux chrétiens orientaux de l’archevêché de Marseille.
Quelque deux cents personnes étaient présentes afin d’assister à l’inauguration de l’exposition du musée sur les « Trésors arméniens 1512-1828 ».

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