Nazareth Agopian, le “ peintre maquilleur ”

par Annie Arslan 

C’est ainsi que se définit Nazareth Agopian, celui qui “ polit sa vie pour la faire briller ”, lors de l’exposition de ses œuvres du 21 au 30 novembre 2025 au Domaine Miremont à Plan de Cuques. 

Né à Erevan en 1968, c’est à l’âge de cinq ans qu’il découvre Marseille en famille. Après quelques années dans la cité phocéenne, puis à Paris, il se pose à Villeneuve-lès-Avignon.
Dès que l’on franchit le seuil de l’exposition, ce qui frappe c’est le format des tableaux accrochés aux murs : d’immenses toiles pour laisser libre cours à sa créativité. Avec un talent inné pour les Beaux-Arts, Nazareth avoue être un véritable autodidacte. Enfant, un livre sur Martiros Saryan (1880-1972, le père de la peinture arménienne moderne) le fascinait. Il peindra toute sa vie mais sans exposer pour autant. Une envie plus forte le pousse vers la scène en tant que comédien, metteur en scène, auteur. La peinture restera un loisir. C’est après une carrière de près de vingt ans sous les feux de la rampe, qu’il décide enfin de mettre sa peinture en lumière. Son art est brut, naïf et prend tout son sens dans l’expressionisme. 

Une féerie de couleurs des plus vives au plus obscures enchante le visiteur et reflète ses états d’âmes. Il aime “ colorer sa solitude ”. Il marche et peint à l’instinct ! Des pierres, il en fait des êtres vivants. Ses peintures, huiles sur toiles intitulées Révolution humaine, Totem, Cairn, ADN2, Diamants ou Equilibre, captent la lumière et offrent à travers la savante juxtaposition des galets, côte à côte ou superposés, une farandole de sensations… “ Peindre pour moi, c’est comme transformer les cailloux en pierres précieuses, c’est une révolution humaine ! ”. L’art géométrique se retrouve à travers les formes circulaires ou organiques, dans la maîtrise de la peinture à l’huile, aux doigts, ou bien du grattage au pinceau retourné qui produit un relief saisissant.
La visite se poursuit en découvrant un autre sujet d’inspiration : les fleurs. Ici et là, un feu d’artifice de bouquets chatoyants, des tiges aux feuilles en passant par les plumes, tout est harmonieusement relié et coloré. On en prend plein les yeux, le regard souvent s’éternise sur une toile qui nous invite à la contemplation. En plein été, Aux pays des fleurs, Fleurs d’artifices, Bouquet plumeau, des titres qui laissent rêveur…

Nazareth a le don d’offrir une âme aux pierres, aux fleurs, mais il n’en oublie pas l’humain en la personne des femmes et hommes qu’il peint ; autant de portraits mystérieusement attirants, aux traits marqués, maquillés. “ Je maquille la vie pour la rendre plus belle, permettant à chacun de découvrir sa propre beauté ”. 
Nazareth confie “ être en transe ” à chaque fois qu’il laisse ses émotions l’envahir en peignant. Elevé par un père sévère, c’est auprès de sa mère et de ses sœurs qu’il trouve du réconfort, entouré d’affection. C’est en peignant les femmes qu’il cherche sa part de “ féminité au-delà des genres ”. Ses influences ? Elles viennent de l’enfance et des comics américains (bandes dessinées), des super héros, des dessins de Frisano ou des films de Bunuel, John Ford ou Almodovar. Pour lui, la couleur embellit, habille la grisaille de la vie. Il veut sa peinture spectaculaire, harmonieuse et théâtrale comme sa précédente vie où parfois le travesti dans un sketch hilarant, exprime sa douleur, comme un clown au maquillage contrasté…
Oui, Nazareth est un peintre atypique. Le classer serait faire offense à la poésie qui transparaît dans chacune de ses œuvres. Elle émane de chaque pierre, de chaque fleur, de chaque portrait même du sien qu’il a représenté au milieu d’un couloir, ou sous la protection de “ La bonne Mère ” de Marseille qu’il aime peindre aussi.
Nazareth Agopian a une qualité essentielle, celle qui ne s’apprend pas : il crée à partir du coeur. Un peintre attachant qui relie son art à son public en lui offrant de belles déclarations. 
Pour le retrouver : facebook, Instagram

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