Raphaëlle Bédoian : “ Le théâtre pour mettre en mots l’innommable ”
par Varoujan MARDIKIAN
Raphaëlle Bédoian a écrit et mis en scène la pièce intitulée « Le Procès Tehlirian ». Quel a été son cheminement ? Pourquoi maintenant ? Et que veut-elle transmettre ?
France Arménie : Comment vous est venue l’idée d’écrire Le Procès Tehlirian, et pourquoi avoir traité ce sujet via une pièce de théâtre ?
Raphaëlle Bédoian
: Le Génocide des Arméniens fait partie intégrante de mon histoire collective et familiale. J’ai tenté de m’extraire de ce poids familial en essayant de comprendre et de mettre en mots l’innommable, d’abord à travers des études en sciences humaines. J’ai travaillé sur la mémoire collective des Arméniens de France face au Génocide de 1915 perpétré par la Turquie ottomane, puis sur la transmission du Génocide des Arméniens chez la troisième génération des Arméniens de France… C’est devenu le fil conducteur de mon travail pendant plusieurs années et, progressivement, je me suis rapprochée du théâtre pour en parler de façon plus corporelle, plus charnelle, pour que l’histoire s’incarne. Et aujourd’hui, ma nécessité de dire passe davantage par les corps, les tripes et moins de manière cérébrale. J’approche de la cinquantaine et c’est, je pense, le temps qu’il m’a fallu pour digérer les choses et pour pouvoir les sublimer, un temps nécessaire à la maturité pour les traiter artistiquement.
Quand j’ai commencé à faire du théâtre, il y a une dizaine d’années, je savais que je voulais traiter artistiquement du Génocide des Arméniens mais j’ignorais comment. L’idée du procès Tehlirian est arrivée très vite, et s’est tout naturellement imposée à moi comme une évidence : un procès, c’est du théâtre dans le théâtre, la configuration d’une salle de théâtre s’apparente à celle d’une salle de procès… A partir de 2020 et du contexte de la guerre en Artsakh, l’urgence de parler théâtralement du Génocide se faisait de plus en plus sentir. J’ai commencé un travail de recherche plus poussé. A travers les minutes du procès Tehlirian publiées par Ara Krikorian dans le livre Justicier du Génocide Arménien et traduites par Marcus Fisch, j’ai travaillé autour de la dramaturgie, et j’ai écrit une histoire entre Tehlirian et ses fantômes. Puis en septembre dernier, l’Association Relq m’a donné l’opportunité de monter concrètement ce spectacle dans le cadre de la semaine de l’Arménie qu’elle organise chaque année à Sceaux, et la pièce est née comme ça.
Quels sont les messages que vous souhaitez faire passer à travers l’écriture et la mise en scène de cette pièce ?
Cette pièce s’adresse à tous, elle traite d’un thème qui est tragiquement universel.
Je souhaite faire connaître au plus grand nombre l’histoire du premier génocide du XXe siècle, encore méconnue du public, et toujours non reconnue par la Turquie actuelle. En ces jours sombres pour l’avenir de l’Arménie, il est aujourd’hui plus que nécessaire de rappeler qu’un génocide impuni se répète inexorablement.
Cette pièce s’inscrit dans la perspective d’un devoir de mémoire : rendre hommage à nos aïeux, à travers les témoignages qui ont réellement existé, et transmettre la parole des témoins de la manière la plus juste possible – des témoins qui veulent avant tout qu’on sache ce qu’il s’est réellement passé.
Cette pièce, c’est aussi la nécessité de raconter l’histoire de la résistance de jeunes Arméniens à travers l’Opération Némésis.
La pièce a été présentée le 13 septembre à Sceaux et programmée le 12 décembre à Alfortville. Comptez-vous poursuivre ces représentations itinérantes en 2026 ?
Elle se jouera le 10 avril 2026 au Théâtre l’Acte 12 de l’école Hamaskaïne à Marseille, et nous cherchons des lieux de diffusion dans Paris et en banlieue parisienne.
Contact : compagnie.attract@gmail.com
Tél. : 07 77 20 37 29

Notre éditorial du mois d'Octobre 2026 KAKISTOCRATIE Merci à George Clooney d’avoir remis au goût du jour ce mot « Kakistocratie » qui désigne un pays dirigé par les personnes les moins qualifiées. Certes, pour Clooney, ce terme visait le gouvernement américain dirigé par Donald Trump, mais il apparaît également totalement approprié pour l’Arménie tant nous sommes sidérés par l’amateurisme dont fait preuve dans tous les domaines le gouvernement de Nikol Pachinian.

En couverture "Carnets d'Alep" le reportage exclusif de Tigrane Yegavian. Nous reviendrons aussi sur la situation des otages arméniens détenus à Bakou et sur le voyage de la honte des diplomates en poste en Azerbaidjan en Artsakh. Vous pourrez aussi découvrir un très beau reportage sur l'ascension de l'Ararat réalisée par Vana et Vartan qui fut pour eux un "Baptème de l'arménité".

L’histoire de l’industrie pétrolière de Bakou remonte au milieu du 19e siècle. La découverte du pétrole attira un grand nombre d’Arméniens, parmi lesquels deux figures emblématiques, aux noms russifiés : Yvan Mirzoev qui fora le premier puits de pétrole en 1871 et Alexander Mantashev, industriel, magnat du pétrole et philanthrope.

Il est des livres qui passent sous les radars des rentrées littéraires, échappentaux modes, aux prix et aux conversations convenues, alors même qu’ils portenten eux une véritable nécessité intérieure. Tel est le destin injuste des troisrecueils d’aphorismes que Denis Donikian a publiés l’an dernier:L’intime,l’infime, l’infini, AnapatetÊtre ou ne pas naître. Trois livres qui composent moinsune trilogie qu’une longue méditation sur la condition humaine.

Du 12 au 19 juillet 2026, Erevan a vibré au rythme de la XXIIIe édition du Golden Apricot Yerevan International Film Festival (GAIFF / Vozké Dziran). Fondé en 2004, l’événement s’est imposé au fil de plus de deux décennies comme un rendez-vous cinématographique de premier plan dans le Caucase et sur la scène internationale. Le point d'orgue a été, sans conteste, la présence de Simon Abkarian et Sev Ohanian.



