Un avenir toujours plus sombre
Par Tigrane YEGAVIAN
Est-ce que le gouvernement arménien fait le nécessaire pour venir en aide aux
Arméniens d’Iran et du Liban? Quel est l’état de leur situation à quelques semaines du déclenchement de la guerre israélo-américaine ?
Les conséquences humaines de cette guerre pourraient être particulièrement lourdes pour les communautés arméniennes du Moyen-Orient. L’Iran abrite une ancienne communauté concentrée à Téhéran, en moindre mesure à Tabriz et Ispahan, qui a historiquement bénéficié d’une certaine stabilité. Un effondrement de l’État iranien provoquerait probablement un exode massif, y compris parmi les Arméniens. Le Liban constitue un autre foyer de vulnérabilité. L’escalade militaire entre Israël et le Hezbollah entraîne des frappes sur le territoire libanais et provoque des déplacements massifs de population. Les Arméniens du Liban, qui ont déjà subi la crise économique et l’explosion du port de Beyrouth, pourraient être confrontés à une nouvelle vague d’instabilité. Face à ces risques, une question centrale se pose : l’État arménien est-il prêt à accueillir et à protéger les populations arméniennes susceptibles d’être déplacées par ce conflit ? Jusqu’à présent, les initiatives du gouvernement semblent limitées. Aucune déclaration de solidarité, aucun message, si ce n’est les efforts considérables déployés par les ambassades d’Arménie aux Émirats arabes unis et à Oman pour évacuer les ressortissants arméniens bloqués à Dubaï et à Abu Dhabi. Il n’existe pas de stratégie clairement visible visant à organiser un éventuel accueil de réfugiés ou à mobiliser les ressources de la Diaspora. Cette situation rappelle une faiblesse structurelle de la politique arménienne contemporaine. Malgré l’importance démographique et historique de la Diaspora, l’État arménien peine à élaborer une politique cohérente à son égard, notamment en situation de crise.
Dans ce contexte de bouleversement régional, la voix du catholicos Aram Ier de la Grande Maison de Cilicie s’est élevée avec une gravité particulière. Le 3 mars 2026, le bureau de presse du Catholicossat publiait une déclaration d’une sobriété alarmante : “ La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a effectivement englobé l’ensemble du Moyen-Orient. Elle a entraîné des morts, la panique, l’incertitude et une anxiété généralisée. Les communautés arméniennes des pays du Moyen-Orient ont naturellement été affectées, à des degrés divers, par les conséquences de cette guerre ”. Une session extraordinaire de l’Administration nationale centrale a été convoquée sous sa présidence. Sa Sainteté Aram Ier a lui-même tenté, avec difficulté, de prendre contact avec le primat du diocèse arménien de Téhéran, Mgr Sebouh Sargsyan, et les dirigeants de la communauté arménienne le matin du 16 juin 2025, lors de la première grande offensive, pour s’assurer que la communauté n’avait pas été directement touchée. Mais la situation a depuis considérablement évolué. Les représentants de la Grande Maison de Cilicie peinent à établir un contact régulier avec les trois diocèses en Iran (Téhéran, Tabriz et Ispahan) depuis le déclenchement des opérations américano-israéliennes de mars 2026. Cette rupture du lien pastoral entre le Catholicossat et ses fidèles iraniens dit, à elle seule, l’ampleur du chaos en cours. Depuis le déclenchement des hostilités, les autorités arméniennes ont été incapables de contacter les Arméniens d’Iran, les communications mobiles ayant été restreintes et même les connexions satellitaires Starlink brouillées.
En Iran : une communauté stable mais sous pression
Pour l’instant, les informations provenant des responsables communautaires indiquent que les Arméniens n’ont pas subi de pertes humaines directes liées aux frappes et aux tensions militaires. Toutefois, plusieurs incidents ont été signalés. Le bâtiment du quotidien arménien Alik, principal organe de presse de la communauté arménienne de Téhéran fondé en 1931, a été endommagé lors d’explosions à proximité. Les responsables communautaires signalent également des dégâts matériels dans certains quartiers où vivent des Arméniens, des coupures d’internet et de communications qui compliquent les contacts avec l’extérieur et une atmosphère d’incertitude liée à l’évolution du conflit. La plupart des familles arméniennes restent cependant chez elles et tentent de poursuivre une vie quotidienne relativement normale, contrairement aux Arméniens vivant dans certaines zones directement exposées à la guerre au Moyen-Orient. Autre élément notable : les autorités arméniennes chargées de la Diaspora indiquent ne pas avoir reçu de demandes massives d’évacuation vers l’Arménie, ce qui montre que la communauté ne se trouve pas dans une situation d’exode. La presse arménienne d’Iran, notamment Alik, insiste également sur la loyauté civique des Arméniens envers l’État iranien et sur leur participation à la société iranienne. Ce discours traditionnel vise à éviter toute suspicion envers la minorité chrétienne dans un contexte de tension géopolitique. En revanche, les inquiétudes sont fortes sur le plan économique et social. Les sanctions internationales, la perturbation des échanges et l’instabilité politique fragilisent les entreprises arméniennes, souvent actives dans le commerce, l’artisanat et les professions libérales.
Au Liban : la guerre aggrave une crise déjà profonde
La situation paraît tout aussi préoccupante au Liban. La communauté arménienne libanaise, qui comptait encore 150 000 personnes dans les années 1970, a été profondément affectée par la crise économique déclenchée en 2019. Aujourd’hui, les estimations tournent plutôt autour de 70 000 à 90 000 personnes. Un chiffre revu continuellement à la baisse en raison des secousses multiples qui ébranlent le pays depuis la crise de 2019. La guerre actuelle survient dans un pays déjà en situation de quasi effondrement économique.
Pour les Arméniens du Liban, cela signifie que les institutions communautaires fonctionnent dans des conditions extrêmement précaires. Les écoles arméniennes ont vu leurs effectifs diminuer en raison de l’émigration. De nombreuses familles dépendent désormais de l’aide des leurs à l’étranger pour payer les frais scolaires ou médicaux. Les écoles ont fermé, puis rouvert, sans que les enfants en état de stress ne puissent retourner dans leurs salles de classe en masse. À Bourdj-Hammoud, la population vit au rythme des drones et des bombes israéliens lâchés à quelques kilomètres seulement et dans la crainte d’une extension des bombardements. Les commerces, ateliers et petites entreprises arméniennes en subissent déjà les effets, comme la baisse de l’activité économique, la perturbation des transports et l’augmentation du coût des produits importés. Les responsables communautaires craignent qu’une nouvelle guerre pousse une autre vague de départs, ce qui affaiblirait encore davantage la présence arménienne dans un pays qui a longtemps été l’un des poumons de la Diaspora.

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Ce 24 Avril marque un double rendez-vous : la ressortie en salles de Sans retour possible (1983), film co-réalisé par Serge Avédikian et Jacques Kébadian, et la publication d'Un mur contre l'oubli, ouvrage conçu par ce dernier à partir de cette matière filmique. À cette occasion, Serge Avédikian revient sur un geste cinématographique né de la nécessité de transmettre et de faire mémoire, dont la portée et les résonances se prolongent encore aujourd'hui.
Des souvenirs familiaux aux tapis rouges des Oscars, il trace un parcours singulier entre héritage, identité et création. À travers ses films, il explore l’intime pour mieux toucher à l’universel et porter une voix encore trop rare à Hollywood. Le film qu’il a coproduit Sinners (Les Pécheurs) avec le réalisateur Ryan Coogler et son épouse Zinzi Coogler a été nommé dans 16 catégories aux Oscars. Sinners a remporté quatre statuettes.

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Entre crises économiques, tensions géopolitiques et guerres régionales, les Arméniens de Syrie, du Liban et d'Iran ont commémoré le 24-Avril dans des conditions exceptionnellement difficiles. Alors que ces communautés historiques, autrefois poumons de la Diaspora arménienne, luttent pour leur survie, le silence d'Erevan résonne comme un abandon.


