Un Que sais-je sur l’Église arménienne
par Tigrane YEGAVIAN
Le pasteur René Léonian publie un ouvrage (1) qui dresse une véritable généalogie spirituelle et culturelle d’un peuple façonné par la foi chrétienne, depuis les premières heures du christianisme jusqu’aux recompositions contemporaines. Un livre didactique, visuel et profondément engagé, qui s’attache à montrer que, pour l’Arménie, le christianisme a agi comme un moteur de cohésion nationale et un repère intemporel permettant à son peuple de traverser les siècles malgré les coups du sort.
S’il tient à souligner la présence d’un christianisme arménien bien antérieur à 301, René Léonian commence son récit au début du IVᵉ siècle, moment où l’Arménie devient le premier pays à adopter le christianisme comme religion d’État, avant même Rome. Cette conversion, portée par saint Grégoire l’Illuminateur et le roi Tiridate III, n’est pas seulement un événement spirituel, elle donne naissance à une culture nationale articulée autour d’une foi commune. L’auteur retrace ensuite l’évolution d’une Église profondément enracinée dans l’espace arménien, qui servira de rempart culturel contre les puissances impériales successives — Perses, Byzantins, Arabes puis Ottomans — et permettra la préservation de la langue, de l’histoire et du lien communautaire. À travers ces siècles, la narration ne se contente pas d’aligner des dates et des faits : elle les relie à la manière dont la foi a façonné la conscience collective, transformant chaque difficulté en une occasion de renouvellement spirituel et commun. Cette lecture historique est l’une des grandes forces de l’ouvrage, car elle montre comment l’Église est devenue un “ peuple en formation continue ”, dans lequel la religion et l’identité sont inextricablement liées.
Ce qui distingue également cette œuvre, c’est son usage didactique des cartes issues de l’atlas de Claude Mutafian et Éric Van Lauwe. Disposées de manière stratégique dans les chapitres, ces cartes permettent au lecteur de visualiser les transformations territoriales et les dynamiques géopolitiques de l’Arménie à travers les âges. Les suivre, c’est comprendre comment un petit territoire, souvent réduit à une portion de son ancienne configuration, a su garder une présence géographique forte dans les mémoires et les imaginaires, grâce à l’empreinte durable de ses monastères, de ses villages et de sa diaspora. En plus des cartes, l’ouvrage est enrichi de photographies soigneusement sélectionnées : églises rupestres, monastères anciens, icônes lumineuses, paysages sacrés… La continuité entre les images et le récit construit un effet d’“ immersion pédagogique ”, rendant accessible une histoire complexe.
Un fil historique orienté par la foi
Au cœur de l’ouvrage se trouve une idée simple mais puissante : le christianisme a été et reste un ciment du peuple arménien. Pas seulement comme religion, mais comme facteur de survie culturelle et sociale. Même au XXᵉ siècle, dans les pires épreuves — notamment les massacres et le Génocide de 1915 —, l’Église n’a jamais été seulement un mur d’enceinte spirituel : elle a été un “ foyer de mémoire collective ”, un médiateur entre les déchirures, et un marqueur d’appartenance pour ceux qui, dispersés dans le monde entier, continuent à se définir comme Arméniens. René Léonian montre aussi comment les institutions religieuses ont joué un rôle éducatif, linguistique et intellectuel, faisant de l’Église un pivot autour duquel s’articule toute une civilisation. Ce faisant, il met en lumière une vérité souvent méconnue : pour l’Arménie, la foi chrétienne n’a jamais été une simple affaire de dogme, mais un principe constitutif de l’appartenance à un peuple unique, résilient et historiquement déterminé par la croix autant que par les carrefours géopolitiques. En conséquence, l’auteur a rédigé le Que sais-je sur l’Église arménienne que l’on attendait.
Arménie, terre chrétienne hier et aujourd’hui, René Léonian, Salvator, 2025, 256 pages, 20 €.

En ce mois d’avril, France Arménie fête ses 44 ans, et reste le plus ancien journal arménien en activité de la Diaspora française. Au moment où vous allez ouvrir ce magazine chez vous, je vous invite, si vous avez un ordinateur, une tablette ou votre téléphone, à vous rendre sur le site france-armenie.fr. En effet, comme nous nous y étions engagés, notre site a fait peau neuve. Vous y retrouverez les articles parus depuis le début de l’année dans la version papier. Nos archives aussi ont été totalement numérisées grâce à votre soutien financier et vont s’insérer prochainement dans ce nouveau site. Tout en conservant notre version papier, vous pourrez retrouver sur le site france-armenie.fr, chaque jour, chaque semaine, des articles d’analyse et de décryptage de l’actualité arménienne faisant plus que jamais de France Arménie, le lien précieux entre tous les Arméniens. Mais, vous le savez, l’actualité de qualité a un coût et dans un contexte économique compliqué et la baisse des recettes publicitaires, plus que jamais nous avons besoin de vous car nous ne voulons pas voir s’arrêter la formidable aventure que constitue France Arménie. Face aux fake news, à l’IA, à tous les faux comptes sur les réseaux sociaux qui distillent quotidiennement la haine et le mensonge, les médias comme le nôtre sont, eux, périssables. Aussi, nous comptons sur vos abonnements, vos publicités et surtout sur vos dons pour pérenniser ce magazine et désormais sa version en ligne. Ce constat est d’autant plus vrai quand on regarde le climat délétère dans lequel l’Arménie sombre chaque jour, quand on voit les reculs de la Cause arménienne comme par exemple le licenciement d’Edita Gzoyan, la directrice du Musée du Génocide de Dzidzernagapert, pour avoir remis un livre sur l’Artsakh à JD Vance. Car dans cette Arménie, il ne faut plus prononcer le mot Artsakh, ne plus regarder l’Ararat, ne plus être fier de son histoire millénaire. Au contraire, il faut dénigrer son Eglise, sa Constitution, ses journalistes, ses chercheurs… Dans cette « Arménie réelle », on peut s’attendre à tout et notamment à un usage immodéré et partisan de la Justice pour régler des comptes avec ses opposants et se maintenir au pouvoir sous le regard bienveillant de l’Europe. On peut donc envisager, sans trop se tromper, que tout sera mis en œuvre pour assurer la victoire du pouvoir en place, au nom de la paix et de la démocratie. Tout cela pour plaire et complaire à la Turquie et à l’Azerbaïdjan pour une paix dont on sait qu’elle n’est pas garantie car aucun garant, pas même Trump et encore moins Macron, ne se portera au secours de l’Arménie si elle devait être menacée. L’Iran, le Liban, la Syrie, le Vénézuela, l’Ukraine, Gaza et la Palestine sont des exemples frappants que l’ordre mondial est en train de vaciller et qu’il faut se préparer à toutes les éventualités. En ce sens, l’Arménie et l’Artsakh ont servi de terrains de tests pour ce que nous voyons aujourd’hui. A partir du moment où l’Azerbaïdjan use de la force pour procéder à un nettoyage ethnique, un génocide, sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt, n’impose des sanctions et qu’elle se contente de promettre de l’aide humanitaire tout en faisant le commerce du gaz et du pétrole avec le bourreau d’un peuple, pourquoi en serait-il autrement pour ces autres pays, ces autres peuples ? Deux choix s’offrent désormais à nous, Arméniens de France : marcher la tête baissée, courber l’échine ou marcher la tête haute, continuer à revendiquer inlassablement « Justice pour le peuple arménien », être solidaire de sa Mère Patrie et œuvrer pour son indépendance et sa sécurité. Les commémorations du 24-Avril prochain nous donneront de nouveau l’occasion de répondre à ce choix. Il y aura ceux qui resteront chez eux à commémorer intérieurement et il y aura, nous l’espérons, la très grande majorité qui participera activement pour que vive la Cause arménienne.

Le 24 avril 2026, la France commémorera le 111e anniversaire du génocide des Arméniens, reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. À cette occasion, le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) appelle solennellement à une mobilisation massive de l’ensemble de la communauté arménienne, de ses amis et de tous les défenseurs des droits de l'Homme. Cent onze ans après l’extermination planifiée de plus d’un million et demi d’Arméniens par l’Empire ottoman, ce crime imprescriptible demeure, aujourd’hui encore, nié par son État héritier, la Turquie. Ce négationnisme d’État, persistant et organisé, constitue une violence supplémentaire faite à la mémoire des victimes et à leurs descendants. Il demeure un obstacle majeur à toute perspective de réconciliation fondée sur la vérité, la justice et la paix. Aucune réconciliation, ni stabilité durable ne saurait faire l’économie d’une reconnaissance pleine et entière de ce génocide, ainsi que de celui, concomitants des Assyro-Chaldéens et des Grecs qui ont fait des centaines de milliers de victimes. L’impunité fait le lit de la récidive : Ainsi plus d’un siècle après 1915, les menaces qui pèsent sur le peuple arménien n’ont pas disparu. Au contraire, elles se sont réactivées sous d’autres formes. Après le nettoyage ethnique de l’Artsakh, vidé de sa population arménienne dans des conditions qui ont bouleversé la conscience internationale en 2023, la République d’Arménie elle-même demeure confrontée à des pressions existentielles. Ces développements s’inscrivent dans une continuité idéologique inquiétante, nourrie par des logiques panturquistes et totalitaires qui prolongent, sous des formes contemporaines, les ambitions qui avaient conduit à l’anéantissement de 1915. La collusion manifeste entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, dans leurs politiques à l’égard des Arméniens, témoignent de cette continuité. Face à cette réalité, la commémoration du 24 avril ne saurait se réduire à un simple devoir de mémoire. Elle constitue aussi un acte de vigilance, un engagement pour l’avenir, un refus de l’oubli et de l’indifférence, un moment pour réaffirmer les droits imprescriptible des victimes à la vérité et à des réparations. Elle est un moment de rassemblement pour affirmer, avec force, que les crimes contre l’humanité ne peuvent rester impunis, ni se répéter dans le silence du monde. En France, cette commémoration revêt une dimension particulière. Instituée comme journée nationale de commémoration du génocide des Arméniens, elle engage la République et ses valeurs. Elle rappelle que la lutte contre le négationnisme, le racisme et les violences de masse est au cœur de notre pacte démocratique. En ce 111e anniversaire, le CCAF appelle : à honorer la mémoire des victimes du génocide ; à exiger la reconnaissance officielle et sans ambiguïté de ce crime par la Turquie ; à défendre le droit à la sécurité et à l’existence de la République d’Arménie ; à soutenir le droit au retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres ; à obtenir la libération immédiate des prisonniers et otages arméniens détenus en Azerbaïdjan ; à faire vivre, partout en France, les valeurs de justice, de dignité et de vérité. Le CCAF appelle l’ensemble des citoyens, les élus, les institutions, les associations et les forces vives de la Nation à se joindre massivement aux commémorations organisées sur tout le territoire le 24 avril 2026 . Le 24 avril, soyons unis, nombreux et déterminés.

C’est un sujet que l’on évoque peu, mais transmettre son patrimoine dans de bonnes conditions et à une faible fiscalité est une préoccupation pour de nombreuses familles. Dans ce cadre avec son statut « reconnue d’utilité publique », la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) offre un cadre avantageux dans le respect complet des volontés des légataires. Rencontre avec Maître Nicolas Djolakian, car le notaire est le conseil indispensable en la matière. France Arménie : Pourquoi est-il important d’organiser sa succession auprès d’un notaire ? Maître Nicolas Djolakian : L’organisation de sa succession consiste à anticiper le règlement civil et fiscal de son patrimoine personnel et professionnel. Cette démarche est propre à chaque personne. Selon son environnement familial et/ou professionnel, la dévolution légale de la succession peut ne pas être pertinente ni refléter la volonté réelle. Il est donc judicieux de se renseigner auprès d’un notaire afin de connaître les règles applicables à sa situation actuelle et, le cas échéant, la modifier pour transmettre ses biens aux héritiers de son choix, dans un cadre fiscal optimisé. En quoi consiste un legs et quels avantages présente-t-il ? Un legs est l’attribution d’un ou plusieurs biens, au moment du décès, au profit d’une ou plusieurs personnes, physiques ou morales. Le legs présente plusieurs avantages. Il permet notamment d’attribuer un bien à toute personne de son choix, même en l’absence de lien de parenté. Toutefois, le montant des droits de succession dus par le bénéficiaire dépend de ce lien de parenté. Le legs doit être prévu par testament. Il existe plusieurs formes de testaments permettant à chacun de le rédiger ou de le faire rédiger. Il est toutefois conseillé de faire établir ce testament par un notaire afin d’éviter toute erreur de rédaction ou difficulté d’interprétation lors de l’ouverture de la succession. Il est également recommandé, lors de la rédaction du testament, de désigner un exécuteur testamentaire. Il s’agit d’une personne chargée de veiller à l’exécution des dernières volontés du testateur, qu’elles soient patrimoniales ou extrapatrimoniales. Cette mission est généralement exercée à titre gratuit. Il est tout à fait possible de désigner une association en qualité d’exécuteur testamentaire. Celle-ci agira de manière neutre et indépendante et veillera au respect des volontés exprimées. Est-ce qu’un legs peut se faire au détriment des héritiers ? Il existe plusieurs situations. Certains héritiers ne peuvent pas être totalement déshérités : ils disposent d’une réserve héréditaire (quote-part incompressible). Il s’agit, selon les cas, du conjoint survivant et des enfants. Il est toutefois possible de léguer une partie de son patrimoine à d’autres personnes, dans la limite de la quotité disponible. En l’absence de conjoint et d’enfants, il est possible de léguer l’ensemble de ses biens à toute personne de son choix. En quoi une association reconnue d’utilité publique comme la Croix Bleue des Arméniens de France, est-elle intéressante pour recevoir un legs ? Tout héritier ou légataire doit en principe s’acquitter de droits de succession. Le montant de ces droits dépend du lien de parenté avec le défunt. En l’absence de lien de parenté, ces droits peuvent atteindre 60 % des biens légués. En revanche, si le légataire est une association reconnue d’utilité publique, comme la Croix Bleue des Arméniens de France, celle-ci est exonérée de droits de succession. Cela constitue donc un avantage particulièrement important. Par ailleurs, certaines associations, comme la CBAF, disposent d’un service juridique spécialisé dans les successions, ce qui facilite les démarches. Peut-on orienter la destination de son legs et à qui peut-il profiter ? Chaque legs doit être fait au profit d’une personne précisément désignée. Il peut s’agir d’un legs universel (totalité de son patrimoine), à titre universel (une quote-part de son patrimoine), ou particulier (un bien désigné). Il est possible de léguer un bien avec une charge, c’est-à-dire d’imposer au légataire d’utiliser ce legs pour la réalisation d’une opération ou d’une œuvre déterminée. Il est également possible de prévoir un legs avec la charge de remettre un second legs net de frais et de droits. Il s’agit d’un dispositif permettant de soutenir une cause tout en gratifiant un proche, sans que celui-ci ne soit pénalisé fiscalement. Par exemple, la CBAF n’est pas soumise aux droits de succession. Lorsqu’un legs est consenti à un proche, celui-ci est en principe soumis aux droits de succession, généralement à sa charge. Avec le mécanisme du legs net de frais et de droits, ces droits peuvent être pris en charge par l’association. Les avantages du dispositif : ◗ L’assiette taxable revenant au bénéficiaire est réduite, ce qui limite la fiscalité globale. ◗ Le bénéficiaire reçoit son legs plus rapidement, tout en étant déchargé de formalités administratives complexes. ◗ Le bénéficiaire et son notaire disposent d’un interlocuteur unique : l’association, facilitant le suivi des démarches. Dans ce cas, l’association, exonérée de droits de succession, reçoit l’ensemble du patrimoine puis exécute les volontés du testateur. Ainsi, le legs net de frais et de droits permet de transmettre la même somme à un proche tout en soutenant significativement une cause d’intérêt général. Peut-on aussi faire un don de son vivant en faveur d’une association et quel avantage cela peut-il représenter dans une succession ? Le don permet également d’organiser la transmission de son patrimoine, sous réserve du respect de la réserve héréditaire. Il est possible de réaliser un don à une association de son vivant. Le principe est le même : une association reconnue d’utilité publique ne paie aucun droit. Le don présente également un avantage fiscal : son montant est déductible selon la qualité du donateur. Don des entreprises – Réduction de l’impôt sur les sociétés Réduction de 60 % du montant du don pour la fraction inférieure ou égale à 2 millions d’euros et 40 % pour la fraction supérieure à 2 millions d’euros, dans la limite de 20 000 € ou 5% du chiffre d’affaires annuel hors taxes. Don des particuliers – Réduction d’impôt sur le revenu 66 % du total des versements, dans la limite de 20 % du revenu imposable du foyer. Don des particuliers – Réduction d’IFI : 75 % de la valeur des dons, dans la limite de 50 000 € Il convient également de préciser que la transmission peut s’effectuer par d’autres biais, tels que l’assurance-vie, au moyen de la rédaction de la clause bénéficiaire. Chaque situation étant particulière, il est conseillé de prendre attache avec son notaire afin de faire un point sur sa situation, anticiper le règlement de la succession tant au niveau civil que dans une optique d’optimisation fiscale.

Arman Tatoyan, ancien médiateur des droits de l’homme, leader du nouveau mouvement d’opposition baptisé « Ailes de l’Unité » et candidat aux législatives, a affirmé le 4 mars en conférence de presse que l’armée azerbaïdjanaise, qui continue d’occuper plus de 200 km2 du territoire arménien, a renforcé ses positions l’été dernier, près des villes frontalières de Vardénis et Djermouk, en prévision du sommet Trump-Aliev-Pachinian organisé le 8 août à Washington. “ Le gouvernement azerbaïdjanais continue de prendre le contrôle de notre pays, de nos territoires souverains, puis il les envahit pour les morceler à nouveau. Voilà le prix que ce gouvernement a fixé pour la paix ”, a-t-il déclaré, images satellites à l’appui. Le ministre de la Défense, Souren Papikian, a traité Arman Tatoyan de “ menteur ”. Sissak Gabrielian, député du Contrat civil (CC), a lui aussi apporté son démenti. “ Si tel était le cas, vous en auriez entendu parler avant Tatoyan ”, a-t-il souligné, soutenant que les habitants des localités concernées auraient été les premiers à signaler de tels faits. Il n’empêche qu’au terme de leurs investigations, les journalistes de Civilnet et Factor TV ont constaté que les forces azerbaïdjanaises avaient établi une nouvelle position dans le secteur de Sotk, “ dont une partie se trouve sur le territoire souverain de l’Arménie ”. En outre, Civilnet a vérifié que Bakou avait amélioré les routes menant à ses positions en territoire arménien, mais aussi que des travaux de renforcement avaient été menés sur deux autres positions situées dans le secteur de Djermouk, en territoire occupé. Dès lors, les accusations de mensonge proférées par le pouvoir, qui assure que la question des territoires occupés sera résolue par la démarcation de la frontière arméno-azerbaïdjanaise, perdent de leur crédibilité. Et ce, d’autant plus que l’appel lancé aux autorités, par l’équipe d’Arman Tatoyan, à réfuter ses affirmations “ par des faits concrets ”, n’a reçu comme seul écho que la proposition d’une députée du CC, Lilit Minassian, d’adopter une loi visant à interdire aux journalistes d’aborder le sujet ! Un point sur lequel le ministre de la Défense s’est dit “ prêt à collaborer ”.

Le Premier ministre Nikol Pachinian et son épouse, Anna Hakobian, ont annoncé le 27 février leur séparation, après 30 années de vie commune. “ Durant toutes les épreuves de ces 30 dernières années, elle a été à mes côtés, mon refuge et mon soutien, a écrit Nikol Pachinian. Je ne suis pas certain d’avoir été à la hauteur pour elle. Peut-être lui ai-je causé plus d’amertume que de joie, et je m’en excuse. ” Leur divorce a été officialisé quelques jours seulement après que le chef du Comité anti-corruption (CAC) d’Arménie a signalé l’ouverture d’une enquête, suite aux accusations de l’opposition qui reproche à Anna Hakobian d’avoir enfreint la loi interdisant aux responsables politiques et à leurs proches de se livrer à des activités caritatives en période électorale. Le CAC a néanmoins fait savoir qu’aucune procédure pénale n’était engagée contre Anna Hakobian. Au sein de l’opposition, certains ont saisi l’annonce de cette séparation pour affirmer que le Premier ministre cherchait à marquer des points auprès des électeurs, en prenant ses distances avec les activités et les déclarations controversées de son épouse. En mai dernier, dans une série de publications sur les réseaux sociaux, celle-ci avait insulté des militants de l’opposition, des personnalités publiques et d’autres citoyens critiques à son égard. Mise en cause pour ces dérapages, Anna Hakobian avait déclaré avoir répondu aux calomnies qui la visaient ainsi que sa famille. Elle avait précisé que l’utilisation des mots “ âne ”, “ idiot ” et “ pou ” s’inscrivait dans le cadre de la campagne financée par le gouvernement pour promouvoir l’éducation en Arménie. En 2025, elle avait effectué une tournée dans les villes et les villages du pays, pour animer l’initiative baptisée « S’instruire, c’est tendance », lancée fin 2024. Nikol Pachinian avait pris la parole durant certaines de ces rencontres, auxquelles avaient assisté de nombreux élus locaux et fonctionnaires. Anna Hakobian mise sur la sellette pour propos discourtois tenus sur la place publique ? En matière d’entorse aux règles de la politesse, on n’oubliera pas de relever que Nikol Pachinian a souvent la gâchette facile. On ne compte plus, en effet, ses nombreux coups de sang ponctués de dérapages verbaux face à certains opposants qui le titillent un peu trop, à ses yeux, sur des sujets sensibles. L’insulte, c’est tendance ?

La question des alliances au sein de l’opposition va peser lourd dans le processus électoral. Notre objectif pour les prochaines élections législatives est d’atteindre la barre des 65 % ” : en visite le 7 mars à Gumri, Nikol Pachinian a fixé le cap pour son parti, le Contrat civil (CC). “ Nous avons accompli une révolution politique intérieure avec les élections de 2018 ; lors des élections de 2021, le peuple nous a conduits vers une révolution socio-psychologique et de la pensée ; et lors des élections du 7 juin 2026, nous réaliserons une révolution historico-politique qui sortira le peuple arménien du cycle de la politique de survie et l’engagera sur la voie du développement ”, a-t-il ajouté dans un survol de ses huit années de pouvoir. Dans un pays confronté à des enjeux qui le placent à la croisée des chemins, les autorités ont clairement défini leurs cibles prioritaires. Le 13 février, Nikol Pachinian a martelé que les élections du 7 juin “ [chasseraient] définitivement de la scène politique tous les anciens dirigeants et oligarques ”. Le 24 février, Rouben Roubinian, vice-président de l’Assemblée nationale et émissaire d’Erévan pour la normalisation des relations arméno-turques, a appelé le peuple à ne donner “ aucune voix à Robert Kotcharian et aux deux oligarques [Samvel Karapétian et Gaguik Tsaroukian] ”, qui menacent de “ piétiner [les] acquis ” obtenus au prix “ d’innombrables sacrifices consentis pour instaurer la justice et la paix dans [le] pays ”. Ces propos systématiquement orientés dans la même direction ont alimenté les craintes de l’opposition, qui se demande si le pouvoir ne va pas recourir à un coup « tordu » pour empêcher certaines forces de se présenter aux élections. Iveta Tonoyan, porte-parole de Gaguik Tsaroukian, a bien résumé cet état d’esprit à travers un trait d’ironie : “ Je conseille au Contrat civil de publier dès maintenant une liste de ceux qu’il n’autorisera pas à participer aux législatives. ” Robert Kotcharian, l’atout de l’expérience L’opposition, quant à elle, fourbit ses armes dans ce climat délétère. L’ancien président Robert Kotcharian (1998-2008) a été officiellement désigné le 16 mars tête de liste de l’alliance Hayastan aux législatives et candidat au poste de Premier ministre. “ Notre objectif est la victoire ”, a-t-il déclaré (1), convaincu que “ le gouvernement actuel, qui incarne le mal, sera vaincu ”. L’équipe de Robert Kotcharian a opté pour le slogan de campagne « Ensemble, nous pouvons ». Dans un podcast YouTube diffusé le 7 mars, il avait clairement affiché ses intentions, en envoyant aux électeurs un message centré sur la notion d’expérience : “ Nous devons désormais nous positionner comme une force politique dirigée par quelqu’un qui a déjà fait ses preuves à deux reprises, qui a obtenu des succès significatifs en situation de crise et qui peut le refaire une troisième fois. ” Robert Kotcharian devra néanmoins composer avec la montée en puissance de Samvel Karapétian. Les sondages indiquent que le parti Arménie forte (AF) a détrôné Hayastan comme force politique d’opposition la plus populaire du pays. Robert Kotcharian a d’ailleurs reconnu que son alliance avait perdu une partie de ses soutiens depuis 2021, tout en affirmant que le Premier ministre avait vu lui aussi sa cote de popularité s’éroder dans le même temps, ouvrant la voie à l’émergence de nouvelles figures de proue au sein de l’opposition. L’allusion à Samvel Karapétian est claire ; cependant, l’ancien chef de l’Etat se dit plus qualifié pour diriger le pays que “ ceux qui ont cette ambition mais pas encore l’expérience nécessaire et qui n’ont pas encore fait leurs preuves sur le terrain ”. Du côté de Samvel Karapétian, on ne l’entend pas de cette oreille. Narek Karapétian, qui est le neveu du magnat russo-arménien et le coordonnateur des activités d’AF, émanation du mouvement Mer Dzevov (A notre manière) créé en août dernier (2), a rappelé le 24 février qu’AF visait une victoire écrasante aux législatives. “ Je pense que la priorité pour l’Arménie est de changer le dirigeant actuel du pays, et nos actions sont entièrement tournées vers l’objectif d’obtenir le soutien de la société. ” Selon la Constitution arménienne, Samvel Karapétian ne pourrait toutefois pas devenir Premier ministre, en cas de victoire de son parti aux élections, en raison de sa double nationalité russe et arménienne. Néanmoins, AF avait indiqué début février qu’il tenterait de lever cet obstacle constitutionnel s’il remportait les législatives.

Un certain nombre de revalorisations de diverses natures, décidées dans un climat préélectoral tendu, soulèvent la question de leur timing. A trois mois et demi des élections législatives, le Premier ministre Nikol Pachinian a annoncé le 25 février une hausse des pensions de retraite, qui entrera en vigueur le 1er avril. “ Les pensions relativement faibles augmenteront de 10 000 drams (22 euros) et les pensions relativement élevées augmenteront d’un montant inférieur ”, a-t-il indiqué. Le ministre du Travail et des Affaires sociales, Arsen Torossian, a précisé que la hausse de 10 000 drams s’appliquera aux pensions “ de base ”, d’un montant de 24 000 drams (54 euros) par mois à ce jour. La pension moyenne s’élève actuellement à 49 000 drams (110 euros) mensuels. Le gouvernement avait déjà augmenté les pensions de retraite en 2022, mais avait rejeté les demandes de l’opposition d’accorder une nouvelle revalorisation les années suivantes. “ Si nous augmentons les pensions de 11 000 drams par mois, que feront les retraités de cet argent ? ”, s’était même interrogé Nikol Pachinian le 5 décembre dernier, provoquant l’indignation de nombreux retraités qui peinent à joindre les deux bouts. Un sentiment d’injustice exacerbé par le deux poids, deux mesures qui leur était infligé, car dans le même temps, les ministres, leurs adjoints et d’autres hauts fonctionnaires continuaient de recevoir des primes exorbitantes accordées par le gouvernement. Nikol Pachinian a attribué cette hausse des pensions de retraite à une croissance économique plus forte que prévu en 2025. L’opposition s’est élevée contre ce lien de cause à effet, estimant que le Premier ministre s’est lancé dans une opération séduction des 600 000 retraités du pays, à trois mois et demi des élections législatives. Kegham Manoukian, député FRA de l’alliance Hayastan, a qualifié cette augmentation de “ pot-de-vin électoral ”. Quant à Narek Karapétian, le neveu de Samvel Karapétian et coordonnateur des activités de son nouveau parti, Arménie forte, il s’est fendu d’un trait d’ironie : “ Si Samvel Karapétian les a forcés à augmenter les pensions avant les élections, imaginez ce qu’il fera s’il devient Premier ministre ! ”, a-t-il déclaré en réaction à l’annonce de Nikol Pachinian. Il a souligné en outre que le gouvernement s’était engagé à porter la pension moyenne à 60 000 drams (135 euros), alors qu’elle est aujourd’hui de 49 000 drams (110 euros). L’opposition, dans son ensemble, voit dans cette augmentation surprise des pensions de retraite un signe supplémentaire que le chef du gouvernement craint de perdre les élections. Tel n’est pas le cas pour le ministre de l’Economie, Guévorg Papoyan, qui s’est aligné sur la position de Nikol Pachinian en affirmant que cette augmentation des pensions a été rendue possible par une croissance de 7,2 % en 2025. Et ces pensions seront de nouveau revalorisées, a-t-il promis, dans le cas d’une croissance forte en 2026. Comment cette mesure sera-t-elle financée ? Cette augmentation, non prévue par le budget de l’Etat pour 2026, nécessitera environ 75 milliards de drams (170 millions d’euros) de dépenses publiques supplémentaires, lesquels seront prélevés sur le Fonds de réserve du gouvernement.

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C’est un universitaire et expert en économie internationale qui s’en est allé le 5 mars dernier. Né le 4 octobre 1939 au Liban, Gérard Achdjian a travaillé à Beyrouth comme sous-directeur à la Banque du Liban et a enseigné l’économie à l’université Saint-Joseph. Il quitte le pays meurtri par la guerre, en 1990, pour s’installer en France où il donnera des cours d’économie à l’université d’Angers et sera professeur invité à La Sorbonne. Président du G2IA en France (1999-2003), il a coordonné les programmes du Centre de formation CEMA en Arménie. En 2010, il fonde avec des partenaires le groupe Apricot (commerce interentreprise). Il collaborait depuis une bonne dizaine d’années à France Arménie, où il tenait la rubrique « Economie ». C’était un bourreau de travail, qui mettait tout le soin nécessaire à peaufiner sa chronique en glanant jour après jour un maximum d’informations. Il avait à cœur de promouvoir l’Arménie et le monde arménien, et était animé par le souci de rapprocher des données politiques, géopolitiques et économiques, afin d’élargir le champ de réflexion du lecteur. Il s’intéressait également au monde artistique et littéraire. Ses articles pour L’Eglise arménienne, le bulletin mensuel de l’Eparchie Sainte-Croix des Arméniens catholiques, traitaient de peintres, de poétesses. Ses obsèques ont été célébrées le 13 mars en la cathédrale Sainte-Croix. Il repose au cimetière de Boulogne-Billancourt. France Arménie présente ses condoléances émues à sa veuve Chaké, à ses trois enfants, Aline, Chahé et Houri, et à ses sept petits-enfants. Nous avons eu l’immense chance de connaître Gérard ! C’était un homme affable, respectueux, discret, d’une grande gentillesse, pondéré dans ses propos, tout en sachant affirmer ses idées et ses valeurs. Discuter avec lui était un vrai régal. Cette chance, Gérard, elle n’aura d’égale que le vide que tu vas laisser. Repose en paix !

